Africa-Press – Togo. Le spécimen d’Haolong dongi, découvert dans la formation de Yixian (Jehol) au nord-est de la Chine, documente une architecture tégumentaire sans équivalent connu chez les dinosaures. Pour la première fois, les paléontologues ont pu révéler la présence d’épines fossilisées presque parfaitement conservées, jusqu’au niveau des cellules et de leurs noyaux.
Un dinosaure hérissé de piquants
Le squelette, presque complet et articulé, repose en vue latérale dans une posture recourbée. Long d’environ 2,45 mètres, l’animal est un juvénile qui appartient aux iguanodontiens, un clade d’ornithischiens herbivores relativement répandus dans les écosystèmes du Crétacé, en Chine. Dès sa découverte il a suscité l’intérêt des paléontologues car il arborait d’étranges excroissances autour de son cou, sur son dos et sur son poitrail. « On a assez vite remarqué que c’était inhabituel, il possédait de très nombreuses excroissances très fines, et quelques-unes plus robustes, réparties sur tout le corps », explique Ninon Robin (Géosciences Rennes), coautrice de l’étude publiée dans la revue Nature Ecology & Evolution.
Examinées au scanner, elles révèlent une organisation tout à fait particulière, et sont différentes des plumes des dinosaures saurischiens à la racine du groupe des oiseaux ou des filaments présents chez certains dinosaures ornithischiens. « En coupe, on voit une structure externe formée d’une gaine dense avec quelque chose de plus poreux à l’intérieur, comme un tube creux », explique la paléontologue. Dit autrement, ces excroissances ressemblent fortement à des épines ou à des piquants semblables à ceux des porcs-épics. C’est le tout premier dinosaure doté d’un tel équipement ! Les sections histologiques, fines de 40 micromètres, livrent aussi des détails rarement atteints pour des tissus aussi anciens. « On observe des cellules de tissu mou avec leurs noyaux. On est clairement dans de l’épiderme ».
La question de l’homologie de ces épines demeure ouverte. Chez les saurischiens, on connaît une succession de monofilaments puis de plumes ramifiées. Chez les ornithischiens, des écailles variées et des filaments ont été décrits, mais leur correspondance avec les structures des théropodes reste débattue. « Ici, on ne sait pas si les épines sont homologues des filaments décrits ailleurs. Au niveau histologique, cela ressemble davantage à des replis de peau, donc plus à des écailles qu’à des plumes », précise Ninon Robin.
Un jeune herbivore dans un monde instable
La formation de Yixian appartient au célèbre biote du Jehol, un ensemble de dépôts lacustres et volcaniques du Crétacé inférieur qui a livré les premiers fossiles de dinosaures à plumes. Les cendres émises par des éruptions répétées ont enseveli brutalement des organismes entiers, expliquant la qualité de conservation exceptionnelle. Ce monde était peuplé de dinosaures prédateurs, des théropodes carnivores de taille moyenne mais présents en grand nombre. Et les juvéniles des dinosaures herbivores pouvaient représenter des proies faciles. Dans ce contexte, les épines de Haolong prennent sens. « Le bon sens suggère une protection contre d’autres prédateurs. La forme est assez rigide, assez dure », avance Ninon Robin.
D’autres hypothèses sont évoquées. Un rôle thermorégulateur n’est pas exclu dans un climat relativement frais, même si la densité des épines semble insuffisante pour former une couche isolante continue. Aucun mélanosome n’a été identifié, impossible donc de savoir si les épines étaient colorées et pouvaient aussi avoir une fonction d’affichage. Le statut juvénile du spécimen laisse enfin une incertitude majeure. Ces épines persistaient-elles à l’âge adulte? Disparaissaient-elles au cours du développement? « Est-ce que cela témoigne d’un caractère ancien acquis chez des dinosaures matures il y a plusieurs millions d’années? », interroge la chercheuse. Pour le savoir, il faudrait découvrir des individus matures ou des dinosaures d’espèces différentes également équipés de piquants. La chasse est lancée.





