Une vie possible dans l’ombre radioactive d’Europe

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Une vie possible dans l'ombre radioactive d'Europe
Une vie possible dans l'ombre radioactive d'Europe

Africa-Press – Togo. ERRATUM. Dans la première publication de cet article, il était indiqué à tort qu’Europe était la plus grosse lune de Jupiter. Cette erreur a été corrigée le 16 mars 2026. Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir n° 949, daté de mars 2026.

Lune de Jupiter, Europe fascine les scientifiques depuis des décennies. Sous sa croûte de glace, Europe recèle en effet un gigantesque réservoir d’eau liquide et salée deux fois plus volumineux que la totalité des océans terrestres – idéal, potentiellement, pour abriter la vie. Des mesures réalisées en 2024 par la sonde américaine Juno ont cependant douché cet espoir.

Elles indiquent que l’enveloppe glacée est bien plus épaisse que prévu (jusqu’à 35 kilomètres) ; la chaleur interne d’Europe susceptible d’alimenter une forme de vie étant de ce fait considérablement amoindrie. Cette lune serait-elle donc, tout compte fait, un astre « mort »? Certainement pas, estiment des planétologues du centre de vol spatial Goddard de la Nasa.

Ils viennent de montrer, lors du congrès de l’Union américaine de géophysique, qu’une vie microbienne pourrait s’épanouir dans l’océan souterrain d’Europe… grâce à l’énergie fournie par des éléments radioactifs !

Des espèces chimiques très réactives

Les chercheurs ont tout d’abord estimé la quantité d’isotopes radioactifs – uranium 235, uranium 238 et potassium 40 – présents dans les roches d’Europe en exploitant les données terrestres, ainsi qu’une variété d’observations sur les lunes du Système solaire. Ces roches sont en contact avec le fond de l’océan.

Elles libèrent ainsi, par dissolution dans l’eau liquide, des éléments radioactifs qui, en se désintégrant peu à peu sur de longues périodes (la demi-vie du potassium 40 est de 1,2 milliard d’années), décomposent les molécules d’eau en ions oxygène et hydrogène. Or, ces espèces chimiques, très réactives, pourraient servir à alimenter un métabolisme microbien, même en l’absence totale de lumière, comme on l’observe sur Terre dans les fonds océaniques profonds. Selon les calculs des planétologues, cette source d’énergie pourrait produire dans l’océan d’Europe une biomasse de plusieurs millions de milliards de milliards de cellules… l’équivalent de milliers de baleines bleues !

Leur théorie pourra être testée dans les années qui viennent, certains paramètres tout du moins. « La désintégration radioactive du potassium 40 engendre en effet différents isotopes, dont le calcium 40 « , précisent les auteurs. Un élément que la mission de la Nasa Europa Clipper, lancée en 2024, sera capable de détecter lorsqu’elle effectuera une quarantaine de survols d’Europe au début des années 2030. Mais « ce n’est pas uniquement sur Europe qu’un tel mécanisme pourrait fonctionner « , anticipent les chercheurs. Il pourrait ensemencer « d’autres lunes-océans du Système solaire comme Ganymède, Jupiter, Titan ou les satellites d’Uranus « .

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