Bataille pour le Contrôle du Septentrion au Cameroun

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Bataille pour le Contrôle du Septentrion au Cameroun
Bataille pour le Contrôle du Septentrion au Cameroun

Africa-Press – Cameroun. Jeune Afrique révèle les manœuvres en coulisses pour le contrôle du Nord du Cameroun. Entre la débâcle du RDPC dans la région, l’offensive d’Issa Tchiroma Bakary et les hésitations de Bello Bouba, une recomposition politique majeure se dessine.

Derrière le silence de Bello Bouba Maïgari se cache une partie d’échecs aux enjeux considérables pour l’avenir politique du Cameroun. Selon une enquête exclusive de Jeune Afrique, le contrôle du Grand Nord est devenu l’enjeu stratégique majeur du pouvoir de Yaoundé, qui fait face à un « rejet sans précédent » dans cette région autrefois acquise au régime.

Les chiffres révélés par Jeune Afrique lors des élections régionales de décembre dernier sont éloquents: dans le fief traditionnel de l’UNDP en Adamaoua, le parti d’opposition a obtenu 34 sièges de conseillers régionaux contre 36 pour le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). Un score serré qui témoigne de la fragilité du parti au pouvoir dans cette région.

Mais c’est la suite qui révèle l’ampleur de la défiance, selon Jeune Afrique: malgré ce résultat équilibré, le RDPC a refusé de laisser l’UNDP accéder à la présidence du conseil régional, préférant conserver coûte que coûte le contrôle de l’exécutif. Une décision qui, selon nos confrères, traduit la nervosité du pouvoir face à la montée des contestations dans le Septentrion.

Jeune Afrique révèle une donnée cruciale dans l’équation politique du Grand Nord: la présence d’Issa Tchiroma Bakary, ancien cadre de l’UNDP devenu opposant radical et désormais en exil, bouleverse les calculs du régime.

« Avec Issa Tchiroma Bakary et Maurice Kamto comme adversaires, Yaoundé ne peut pas simplement compter sur ses alliés actuels, qui n’ont pas d’envergure nationale, pour tenir le Nord », confie à Jeune Afrique un observateur local. Cette analyse souligne la faiblesse des relais actuels du pouvoir dans la région.

Selon les informations recueillies par Jeune Afrique, Issa Tchiroma, qui revendique sa victoire à la présidentielle depuis l’exil, bénéficie d’une popularité croissante dans le Septentrion. Même Paul Mbafor, leader des jeunes de l’UNDP, a publiquement salué « la victoire » de cet opposant radical, comme l’ont révélé nos confrères.

Jeune Afrique dévoile les contours d’une possible stratégie de Yaoundé pour reprendre le contrôle du Grand Nord: la récupération de Bello Bouba Maïgari et de l’UNDP comme alliés. « Avoir l’UNDP et son leader parmi ses partenaires demeure un coup à jouer dans la perspective du contrôle du Grand Nord », estime un observateur interrogé par nos confrères.

Cette hypothèse expliquerait, selon l’enquête de Jeune Afrique, le silence postélectoral de Bello Bouba et sa présence remarquée au palais présidentiel en janvier lors de la cérémonie de présentation des vœux. Des gestes interprétés comme des signaux envoyés à Yaoundé.

Jeune Afrique rappelle un précédent troublant: en 1992, après la percée de l’UNDP avec 14 % des voix, le pouvoir avait lancé une opération de récupération des cadres du parti, leur offrant des maroquins ministériels pour isoler les « durs ». Parmi les transfuges figurait un certain Issa Tchiroma Bakary, alors secrétaire administratif du parti.

Trente-quatre ans plus tard, les rôles seraient-ils en train de s’inverser? Tandis qu’Issa Tchiroma a choisi la rupture totale et l’exil, Bello Bouba Maïgari semblerait, d’après les révélations de Jeune Afrique, opter pour la voie de la négociation avec le pouvoir.

Mais l’enquête de Jeune Afrique soulève une contradiction majeure: comment imaginer une alliance RDPC-UNDP quand le parti au pouvoir vient de refuser à l’opposition la présidence du conseil régional de l’Adamaoua, alors même que les scores étaient très serrés?

« Fidèle à ses habitudes, Bello Bouba Maïgari privilégie une diplomatie de coulisses, laissant filtrer peu d’éléments sur ses intentions », notent nos confrères, qui qualifient cette stratégie de « risquée ».

Les révélations de Jeune Afrique mettent en lumière la transformation de l’Adamaoua et du Grand Nord en véritable champ de bataille politique. Entre un RDPC affaibli, une UNDP tiraillée entre alliance et opposition, et des figures radicales comme Issa Tchiroma ou Maurice Kamto qui gagnent en influence, la région devient le théâtre d’une recomposition majeure.

Selon l’analyse de Jeune Afrique, le prochain test décisif sera celui des élections locales à venir. Le pouvoir de Yaoundé aura-t-il réussi à convaincre Bello Bouba de redevenir un allié? Ou l’UNDP basculera-t-elle dans le camp de l’opposition radicale, suivant l’exemple de sa jeunesse et d’Issa Tchiroma?

La bataille pour le Grand Nord ne fait que commencer, et elle pourrait redéfinir l’équilibre politique de tout le Cameroun

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