Africa-Press – Cameroun. Le réseau routier camerounais, la résilience d’un État face à l’épreuve des moyens, titre le confrère Zéphirin Koloko. Il commet une tribune dans laquelle il sort plusieurs vérités. La rédaction de CamerounWeb relaie sa sortie.
En 2026, le ministère des Travaux publics entend bitumer plus de 1 800 km de routes. Entre 2018 et 2025, plus de 3 300 km de routes ont été bitumées et réhabilitées. Malgré ce résultat, le débat sur l’état des routes camerounaises revient avec une régularité presque mécanique, porté par l’impatience légitime des usagers et la dure réalité d’un réseau vieillissant.
Nids-de-poule persistants, axes stratégiques dégradés, corridors économiques sous pression: le diagnostic est connu. Mais l’analyse serait incomplète, et injuste, si elle faisait abstraction du contexte économique et financier dans lequel l’État du Cameroun est aujourd’hui contraint d’agir.
La mobilisation des ressources financières constitue, à l’évidence, l’un des défis majeurs de l’action publique. Rareté des financements concessionnels, resserrement des conditions d’accès aux marchés internationaux, priorités sociales concurrentes, pressions sécuritaires: l’État évolue dans une équation budgétaire complexe. Dans ce contexte, reconstruire simultanément l’ensemble du réseau routier national relève moins de la volonté politique que de la faisabilité économique.
Et pourtant, malgré ces contraintes, le Cameroun avance. Sous l’impulsion du président de la République, Paul Biya, l’agenda routier national n’a jamais été abandonné. Il s’est, au contraire, adapté. Plus réaliste, plus sélectif, mais résolument tourné vers la résilience. À travers le ministère des Travaux publics (MINTP), le gouvernement a fait le choix d’une action graduée, ciblée et structurante, privilégiant les axes stratégiques, l’entretien du patrimoine existant et la sécurisation des investissements.
Les résultats, bien que parfois en deçà des attentes populaires, traduisent une capacité de résistance institutionnelle. En 2025, dans un contexte de contraction budgétaire et de tensions de trésorerie, le MINTP a maintenu un niveau d’exécution budgétaire proche de l’optimum, tout en livrant des centaines de kilomètres de routes, des ouvrages d’art et en poursuivant des chantiers structurants sur l’ensemble du territoire. Ce n’est pas un exploit anodin ; c’est une prouesse de gestion dans un environnement contraint.
Il serait illusoire de nier que ces efforts ne suffisent pas encore à satisfaire pleinement les populations. Le vieillissement avancé du réseau routier, hérité de décennies d’usage intensif et parfois d’entretien insuffisant, impose des besoins bien supérieurs aux capacités financières actuelles de l’État. Mais c’est précisément là que s’exprime la résilience de l’action publique: dans la capacité à faire des choix difficiles sans renoncer à l’essentiel.
Le travail mené par le MINTP, en étroite collaboration avec le Minepat et le Minfi, illustre cette dynamique. Recherche de financements innovants, mobilisation des partenaires techniques et financiers, montage de projets autoroutiers, recours aux partenariats public-privé, priorisation des corridors économiques: l’État ne se replie pas, il s’adapte. Chaque kilomètre livré, chaque axe réhabilité est le fruit d’arbitrages rigoureux et de négociations financières complexes.
La résilience, ici, n’est pas synonyme d’immobilisme. Elle est la capacité à tenir le cap dans la tempête, à avancer sans promesses démagogiques, à faire mieux avec moins. Elle s’incarne aussi dans les choix techniques: recours accru à l’entretien, utilisation des matériaux locaux, promotion de l’approche Himo, amélioration de la qualité de la contractualisation pour éviter les dérives coûteuses.
À l’opinion publique, souvent tentée par le découragement, un message s’impose: l’État camerounais n’a pas déserté le chantier routier. Il le mène avec lucidité, dans un contexte mondial et national contraignant, mais avec constance. Les routes ne se refont pas au rythme des slogans, mais au tempo des ressources mobilisables.
La résilience du Cameroun dans le secteur routier se mesure donc moins à la perfection immédiate du réseau qu’à la continuité de l’effort, à la capacité de planifier sur le long terme et à la volonté affirmée du gouvernement de préserver, reconstruire et moderniser ce patrimoine stratégique. Dans un pays où les routes sont des vecteurs d’unité, de commerce et de développement, cette résilience n’est pas un luxe: elle est une nécessité.





