Africa-Press – CentrAfricaine.
Parfois, ce sont les petits détails qui disent les grandes catastrophes. Un simple document de la Fédération Centrafricaine de Football pour la Coupe de l’Unité Nationale du 1er décembre 2025 vient de confirmer ce que tout le monde sait mais que personne n’ose quantifier: la Centrafrique est coupée en morceau à cause des route dans des mauvais état. Quatre préfectures – Mbomou, Basse-Kotto, Haute-Kotto et Haut-Mbomou – sont exclues de la compétition pour “contraintes logistiques”. Comprendre: routes inexistantes, ponts effondrés, pays en ruine. Le football, dans sa simplicité, vient de dresser le constat le plus accablant de l’ère Touadéra.
L’ironie est cruelle. Une compétition baptisée “Coupe de l’Unité Nationale” qui commence par exclure près d’un tiers des régions du pays. Mais derrière cette contradiction sémantique se cache une vérité bien plus grave: les routes reliant ces préfectures à la capitale sont devenues totalement impraticables, particulièrement pendant la saison des pluies.
Comment organiser un simple match de football quand les équipes ne peuvent même pas se déplacer? Et si le ballon rond ne peut pas circuler, qu’en est-il des services essentiels? Comment les fonctionnaires rejoignent-ils leurs postes? Comment les malades accèdent-ils aux soins? Comment les enfants vont-ils à l’école? Comment le commerce peut-il fonctionner?
Les déclarations du président Faustin-Archange Touadéra sur le développement et la reconstruction nationale sonnent désormais comme une sinistre plaisanterie face à cette réalité. Le pays a été ramené plus de 150 ans en arrière, à une époque antérieure même à la colonisation. Car il faut le rappeler: les colons français, malgré toutes les horreurs de leur système, avaient au moins construit des routes, des ponts, des écoles, des dispensaires, quelques usines.
Aujourd’hui, sous l’ère Touadéra, surtout avec la colonisation russe, c’est le néant. Les routes sont devenues des pistes défoncées, impraticables dès les premières pluies. Les ponts se sont effondrés ou sont sur le point de le faire. Les écoles, quand elles existent encore, sont dans un état de délabrement avancé. Les infrastructures industrielles ont disparu. Le pays s’est littéralement désintégré sous nos yeux.
Cette exclusion sportive n’est que le reflet visible d’une fracture bien plus profonde. Des régions entières sont désormais coupées du reste du pays pendant plusieurs mois de l’année. Les populations de Mbomou, Basse-Kotto, Haute-Kotto et Haut-Mbomou vivent dans un isolement quasi-total, abandonnées par un État qui n’existe plus que sur le papier.
Pendant que le pouvoir en place multiplie les discours sur la reconstruction et l’unité nationale, pendant que des millions sont engloutis dans des projets opaques ou détournés par des réseaux de corruption, les Centrafricains des provinces subissent un enclavement qui les ramène au Moyen-Âge. Pas de routes pour transporter les productions agricoles vers les marchés. Pas de ponts pour franchir les cours d’eau en crue. Pas d’ambulances pour évacuer les urgences médicales.
Le football, sport populaire par excellence, pose ici une question que les statistiques officielles et les rapports administratifs tentent souvent de masquer. Quand treize équipes seulement peuvent participer à une compétition nationale, cela en dit long sur l’état réel d’un pays qui compte 20 préfectures.
La Fédération Centrafricaine de Football, en écrivant noir sur blanc que des “contraintes logistiques” empêchent la participation de quatre préfectures, fait involontairement œuvre de vérité. Elle documente, avec une note administrative surlignée au stylo rouge, l’échec monumental d’une gouvernance qui a laissé pourrir les infrastructures les plus élémentaires d’un pays.
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