Sarayebo: 36 Morts Après Attaques de Mercenaires Russes

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Sarayebo: 36 Morts Après Attaques de Mercenaires Russes
Sarayebo: 36 Morts Après Attaques de Mercenaires Russes

Africa-Press – CentrAfricaine.
Le décompte final des attaques menées par les mercenaires russes et syriens du groupe Wagner à Sarayebo dépasse désormais les trente-six victimes. Deux mercenaires russes, deux miliciens de Boromata, 2 rebelles du FPRC et trente-deux civils ont péri dans cette opération sanglante. Trente-quatre blessés civils et deux combattants rebelles blessés complètent ce tableau funeste.

L’ampleur réelle de l’offensive russe sur Sarayebo dépasse ce que les premières informations laissaient entrevoir. Le trajet parcouru par les colonnes Wagner depuis Sikikédé jusqu’à cette ville frontalière s’apparente à une razzia sans précédent dans la région. Sur leur passage, les mercenaires russes et syriens du groupe Wagner ont semé la mort et la destruction parmi les campements d’éleveurs soudanais venus chercher pâturages et points d’eau sur le territoire centrafricain.

Ces bergers arabes misseria traversent régulièrement la frontière pendant la saison sèche pour venir nourrir leurs troupeaux. Le Soudan connaît à cette période du mois de décembre et janvier une aridité qui pousse ces nomades vers les terres plus verdoyantes de la Vakaga. Leur présence dans cette zone reste habituelle et acceptée, mais parfois conflictuelle depuis des décennies par les populations locales qui entretiennent des relations commerciales avec eux.

Lors de l’opération, les mercenaires russes n’ont fait aucune distinction en apercevant ces campements disséminés dans la forêt le long de leur route. Ils ont ouvert le feu sur tout ce qui bougeait. Les bergers tombaient les uns après les autres sous les rafales d’armes automatiques. Les animaux subissaient le même sort dans un déluge de violence aveugle. Selon le décompte fait par la rédaction du CNC, huit chevaux ont été abattus. Cinq ânes ont également été tués sans raison apparente.

Ces chevaux représentent pourtant l’unique moyen de transport pour ces communautés nomades arabes misseria, Massalite, Zakawa arabe. Les chevaux et les ânes servent à déplacer les familles entières avec leurs maigres possessions d’un point d’eau à l’autre. Ils constituent le patrimoine principal de ces éleveurs qui n’ont ni pick-up ni camions pour traverser ces immenses étendues arides. Leur destruction équivaut à condamner des familles entières à l’errance et à la misère.

Les bovins n’ont pas échappé à ce carnage gratuit. Des dizaines de bêtes appartenant aux éleveurs soudanais ont été massacrées par les tirs des mercenaires. Ces animaux représentent des années d’efforts et d’économies pour leurs propriétaires. Leur perte plonge des familles dans un dénuement total dont elles ne se relèveront peut-être jamais.

Après avoir détruit ces campements d’éleveurs, les colonnes Wagner ont poursuivi leur progression vers Sarayebo. La ville frontalière faisait face à la cité tchadienne de Tissi située de l’autre côté de la ligne invisible séparant les deux pays. Cette proximité favorise depuis toujours les échanges commerciaux et les va-et-vient incessants entre les deux rives.

Le marché hebdomadaire de Sarayebo attirait chaque jeudi des centaines de commerçants venus du Tchad, du Soudan et de diverses régions centrafricaines. Cette mosaïque humaine composée de multiples ethnies créait une animation particulière dans cette ville habituellement tranquille. Les Soudanais venaient écouler leurs produits agricoles et acheter des denrées introuvables chez eux. Les Tchadiens apportaient du bétail et repartaient avec des marchandises diverses. Les Centrafricains profitaient de cette circulation pour vendre leur production locale.

Le 25 décembre, la première attaque avait fait huit morts parmi cette foule bigarrée présente au marché. Des commerçants tchadiens et soudanais figuraient déjà parmi les victimes de cette journée sanglante. Le lendemain 26 décembre, l’assaut aérien amplifie considérablement le nombre de morts. Vingt-quatre personnes supplémentaires périssent sous les bombes larguées depuis les hélicoptères russes.

Les appareils volants survolent la zone à basse altitude en déversant leur cargaison mortelle sur tout ce qui ressemble de loin à un rassemblement humain. Les pilotes ne prennent aucune peine pour identifier leurs cibles. Ils bombardent indistinctement les habitations, les campements temporaires des commerçants venus passer la nuit à Sarayebo, et même les enclos à bétail situés en périphérie du marché.

Les explosions provoquent des incendies qui se propagent rapidement dans les constructions en matériaux légers. Les toits de chaume s’embrasent instantanément tandis que les structures en bois s’effondrent dans un craquement sinistre. Les gens courent en tous sens pour échapper aux flammes et aux déflagrations qui continuent de secouer le sol sous leurs pieds.

Beaucoup de victimes du 26 décembre sont des étrangers venus simplement faire du commerce. Des familles soudanaises entières ont été pulvérisées dans leurs abris de fortune montés à la hâte à proximité du marché. Des commerçants tchadiens qui dormaient près de leurs marchandises pour les surveiller n’ont jamais vu venir la mort qui fondait sur eux depuis le ciel. Des bergers qui gardaient leurs troupeaux à l’écart de l’agitation urbaine ont été fauchés par les éclats d’obus.

Sur les trente-deux civils tués durant ces deux journées d’horreur, une proportion importante vient donc des pays voisins. Ces victimes étrangères compliquent encore le décompte final car leurs familles résident souvent à des centaines de kilomètres de là. Certains corps ne seront jamais réclamés faute de pouvoir identifier leurs propriétaires dans le chaos ambiant.

Les blessés se comptent par dizaines. Trente-quatre civils souffrent de plaies diverses allant de la simple éraflure causée par un éclat à des mutilations nécessitant une amputation d’urgence. Les structures sanitaires inexistantes à Sarayebo obligent les rescapés à transporter leurs proches vers le Soudan ou le Tchad dans des conditions épouvantables. Beaucoup mourront probablement en chemin faute de soins appropriés.

Deux combattants du FPRC figurent également parmi les blessés. Ces rebelles présents à Sarayebo pour leurs propres affaires ont tenté de riposter face aux mercenaires russes. Leur intervention a permis de ralentir l’avancée ennemie et peut-être d’éviter un bilan encore plus lourd. Mais ils ont payé le prix fort en perdant deux des leurs durant l’accrochage du 25 décembre et en comptant deux blessés graves dans leurs rangs.

Les deux mercenaires russes et les deux miliciens de Boromata tués lors de la première attaque constituent la raison officieuse de l’acharnement Wagner sur cette zone. La mort de leurs camarades a déclenché une soif de vengeance qui s’est abattue sur les populations civiles n’ayant aucun lien avec les combattants rebelles. Cette logique punitive collective rappelle les pires heures des guerres coloniales où les représailles frappaient des villages entiers pour l’action de quelques résistants.

Les campements détruits jalonnent désormais la route entre Sikikédé et Sarayebo comme autant de témoignages muets de la sauvagerie déployée par les forces russes. Les carcasses calcinées des habitations nomades fument encore plusieurs jours après le passage des colonnes blindées. Les cadavres d’animaux pourrissent au soleil en dégageant une odeur pestilentielle que les vautours tentent d’éliminer en se repaissant de cette chair abandonnée.

Source: Corbeau News Centrafrique

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