Par Pacôme Pabandji
Africa-Press – CentrAfricaine. Pour la première fois depuis près de quarante ans, la Centrafrique a organisé quatre élections le même jour. Le président sortant croit en une victoire dès le premier tour, même si des violences localisées et des accusations de fraude rappellent la fragilité du processus.
La Centrafrique a vécu, le 28 décembre, une séquence électorale d’ampleur inédite. Quatre scrutins – présidentiel, législatifs et locaux – se sont tenus simultanément sur l’ensemble du territoire, une première depuis près de quarante ans. Près de 2,5 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes pour désigner leurs dirigeants, dans un pays encore marqué par des années de conflit mais engagé dans une tentative de normalisation institutionnelle.
Pour la présidentielle, sept candidats étaient en lice. Le président sortant, Faustin-Archange Touadéra, briguait un nouveau mandat face, notamment, à deux poids lourds de l’opposition: Henri-Marie Dondra, son ancien Premier ministre, et Anicet-Georges Dologuélé, son éternel challenger. Tous trois ont voté dans la matinée à Bangui, affichant calme et confiance. Touadéra s’est rendu au lycée Barthélémy Boganda, Dondra à l’école Lakouanga et Dologuélé à la mairie.
Un dispositif sécuritaire très renforcé
Selon l’Autorité nationale des élections (ANE) – dont l’indépendance avait été mise en doute par Dologuélé -, le vote s’est déroulé dans un climat globalement calme sur la majorité du territoire. Aucun incident majeur n’a été officiellement signalé dans les grands centres urbains, et la participation a été jugée satisfaisante par les observateurs nationaux. Les autorités y voient un signal encourageant pour la consolidation du processus démocratique.
La journée n’a cependant pas été exempte de tensions. Dans le sud-est du pays, notamment à Mboki, des affrontements ont opposé un groupe armé aux forces armées centrafricaines. Les membres d’A Zandé actif dans cette zone ont attaqué une position de l’armée régulière, perturbant le déroulement du vote dans plusieurs localités. Cette milice, initialement formée et équipée par des mercenaires russes de Wagner avant de se retourner contre le pouvoir, illustre la volatilité persistante du paysage sécuritaire.
Conscient des risques, le pouvoir avait renforcé en amont le dispositif sécuritaire. Faustin-Archange Touadéra avait multiplié les initiatives, notamment en concluant des accords avec certains groupes armés afin de limiter les violences. Les forces de défense et de sécurité ont surtout été massivement déployées autour des bureaux de vote, avec l’appui de leurs alliés russes – des anciens de Wagner passés sous la bannière d’Africa Corps – et rwandais, en particulier dans les zones jugées sensibles.
Le camp Touadéra croit en une victoire au premier tour
À peine les bureaux de vote fermés, l’opposition a commencé à faire entendre ses critiques, essentiellement par des canaux sur des réseaux sociaux. Plusieurs candidats des législatives ont dénoncé des irrégularités, évoquant des retards dans l’ouverture de certains bureaux, des dysfonctionnements dans les listes électorales et des soupçons de bourrage d’urnes. Dans ses dernières communications publiques, l’ANE a rejeté ces allégations et appelé à la patience.
L’organe de gestions des élections assure que les procédures ont été respectées et que les mécanismes de contrôle permettront de traiter les éventuels recours après la publication des résultats provisoires. Du côté du président sortant, la confiance est affichée sans détour. « Selon l’engouement qu’il y a eu autour de notre candidat, nous sommes confiants », a déclaré à Jeune Afrique Évariste Ngamana, porte-parole du parti présidentiel, évoquant déjà la perspective d’une victoire dès le premier tour.
Au quartier général de Faustin-Archange Touadéra, l’activité est restée intense tout au long de la journée et de la nuit électorale. Une cellule stratégique, coordonnée par Pascal Bida Koyagbele, a joué un rôle central. Composée de spécialistes de la communication politique, dont certains recrutés à l’étranger – notamment au Rwanda et en Russie –, elle a surveillé les tendances, réagi aux rumeurs et diffusé des messages ciblés appelant à la mobilisation et à la vigilance.
Une opposition circonspecte
Chez l’opposant Anicet-Georges Dologuélé, l’atmosphère était plus réservée. Après une campagne éprouvante, son équipe s’est concentrée sur l’analyse de la participation et la remontée d’informations du terrain, sans déclaration prématurée. L’ancien Premier ministre, qui a critiqué l’organisation des scrutins et mis en doute la crédibilité du processus, avait choisi de s’aligner et de ne pas boycotter le rendez-vous.
De son côté, Henri-Marie Dondran a opté pour une approche plus opérationnelle, multipliant les réunions pour suivre le déroulement du vote, vérifier le respect des procédures et se préparer aux différents scénarios de l’après-scrutin. Défendant une place plus centrale et un rapport moins frontal avec le pouvoir, l’ancien ministre des Finances et Premier ministre pourrait bénéficier d’une éventuelle ouverture politique post-électorale.
Les résultats provisoires des scrutins sont attendus au plus tard le 5 janvier.
Source: JeuneAfrique
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