Transformation de l’État centrafricain en entreprise criminelle

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Transformation de l'État centrafricain en entreprise criminelle
Transformation de l'État centrafricain en entreprise criminelle

Africa-Press – CentrAfricaine. Interview exclusive avec Igor Ngala, expert économiste centrafricain, qui analyse le rapport explosif de la Global Initiative Against Transnational Organized Crime sur le détournement massif des recettes du carburant en République centrafricaine. Des chiffres accablants, des révélations fracassantes et une conclusion sans appel sur la criminalisation de l’État sous la présidence de Faustin-Archange Touadéra.

Propos recueillis par Alain Nzilo, directeur de rédaction de Corbeau News Centrafrique.

Igor Ngala: Bonjour Alain, merci de me recevoir.

Alain Nzilo: Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs?
IGOR Ngala: Je suis Igor Ngala, économiste de formation. J’ai obtenu mon doctorat en sciences économiques à l’Université de Sherbrooke au Canada, avec une spécialisation en économie des ressources naturelles et gouvernance financière. J’ai travaillé pendant quinze ans comme consultant pour plusieurs institutions internationales, dont la Banque mondiale et le FMI, sur des questions de transparence budgétaire et de lutte contre la corruption dans les pays en développement.

ALAIN Nzilo: La Global Initiative Against Transnational Organized Crime vient de publier un rapport intitulé “Parti en fumée: Comment le carburant en RCA est devenu une arme de guerre et une source d’enrichissement criminel”. Vous avez lu ce document de 28 pages. Quelle est votre première réaction?
IGOR Ngala: Oui monsieur Alain, ce rapport confirme ce que beaucoup d’observateurs avertis savaient déjà, mais avec une précision et une documentation qui ne laissent aucune place au doute. Nous sommes face à une criminalisation organisé de l’État centrafricain. Le président Touadéra n’est pas un chef d’État qui lutte contre la corruption, il dirige une organisation criminelle qui a capturé l’appareil étatique pour le transformer en machine à piller les ressources du pays. Les chiffres sont accablants: entre 17,5 et 30 millions de dollars de profits excédentaires générés en 2024 par un système pyramidal de corruption. C’est l’équivalent de 15 à 25% du budget national de la République centrafricaine qui disparaît dans les poches d’un cercle restreint de prédateurs.

ALAIN Nzilo: Le rapport pointe du doigt Neptune Oil, l’entreprise camerounaise d’Antoine Ndzengue qui détient le monopole d’importation depuis septembre 2023. Comment expliquez-vous qu’une entreprise étrangère non enregistrée légalement puisse obtenir un tel monopole?
IGOR Ngala: C’est justement parce qu’elle n’est pas enregistrée que Neptune Oil a obtenu ce monopole. Une entreprise non enregistrée échappe à la plupart des obligations fiscales et comptables. Elle ne publie aucun compte, ne paie pas d’impôt sur les sociétés au taux normal, et surtout, elle permet de voiler l’identité des véritables bénéficiaires du système. Le ministre de l’Énergie Arthur Bertrand Piri déclarait en octobre 2024 que l’entreprise était “en cours d’enregistrement”. Nous sommes en novembre 2025, plus d’un an après, et toujours rien. Cette absence d’enregistrement n’est pas un dysfonctionnement administratif, c’est une stratégie délibérée pour maintenir l’opacité totale sur les flux financiers.

ALAIN Nzilo: Le rapport montre que Neptune Oil bénéficie de prix gonflés artificiellement. Pouvez-vous nous expliquer ce mécanisme?
IGOR Ngala: Les enquêteurs de la GI-TOC ont comparé les structures de prix officielles entre la République centrafricaine et le Cameroun. Neptune Oil et les importateurs camerounais opèrent sur le même marché international, achètent auprès des mêmes négociants, utilisent les mêmes infrastructures à Douala. Pourtant, les coûts appliqués en RCA sont systématiquement plus élevés. L’écart atteint 160 francs CFA par litre d’essence et 185 francs CFA par litre de gazole. Cet écart ne correspond à aucun coût réel. Il existe notamment une catégorie appelée “différentiel” dans les calculs centrafricains qui n’apparaît nulle part dans les structures camerounaises et qui ne correspond à aucune dépense identifiable. Sur les volumes importés en 2024, ces coûts injustifiés ont généré au moins 17,5 millions de dollars de profits excédentaires pour Neptune Oil, uniquement sur ses importations routières.

ALAIN Nzilo: Le rapport mentionne également des exonérations fiscales massives. Comment fonctionnent-elles?
IGOR Ngala: Des volumes importants de carburant entrent en République centrafricaine sans payer les droits et taxes à l’importation, soit environ 200 francs CFA par litre. Le prétexte invoqué est que ce carburant serait destiné à des missions diplomatiques ou à de l’aide bilatérale. En réalité, ce carburant commercial est revendu au prix fort dans les stations-service. Ces exonérations sont accordées avec la complicité d’agents douaniers centrafricains à Douala et aux postes-frontières. Les procédures de dédouanement sont détournées pour permettre l’entrée en franchise de carburant qui devrait normalement être taxé. L’État perd ainsi plusieurs millions de dollars par an. Les recettes fiscales sur le carburant sont passées de 41,6 millions de dollars en 2021 à seulement 29,5 millions en 2024, malgré une reprise quasi complète des volumes d’importation. Une chute de 12 millions de dollars en trois ans.

ALAIN Nzilo: Parlons du groupe Wagner. Le rapport expose comment cette organisation criminelle sanctionnée internationalement a créé ses propres sociétés écrans pour s’approvisionner en carburant. Que vous inspire cette situation?
IGOR Ngala: Wagner opère en République centrafricaine comme dans un État conquis. Les sociétés Petrolex et Capex, créées début 2021, ne sont que des façades légales pour des activités criminelles. Ces entreprises importent du carburant d’origine russe en violation des sanctions internationales. Elles approvisionnent les opérations militaires de Wagner, incluant les frappes aériennes et les massacres de civils documentés par les Nations unies. Elles fournissent aussi la mine d’or de Ndassima qui rapporte plus de 100 millions de dollars par an sans aucune production officielle. Le plus scandaleux, c’est que Petrolex approvisionne désormais également les Forces armées centrafricaines. L’armée nationale dépend d’une société écran d’une organisation criminelle russe pour son carburant. C’est une perte totale de souveraineté.

ALAIN Nzilo: Wagner maintient aussi une présence permanente au poste douanier de Béloko, selon le rapport…
IGOR Ngala : Absolument. Le contrat de coopération douanière entre la Russie et la RCA a été résilié en octobre 2021, mais Wagner n’a jamais quitté les postes douaniers. Les mercenaires russes supervisent les importations, vérifient les documents, prélèvent leur part sur les recettes. Cette présence illégale permet à Wagner de contrôler physiquement les flux de carburant. L’attaque du 3R contre Béloko le 21 janvier 2023, qui a détruit 23 camions et tué 2 soldats FACA et 1 mercenaire Wagner, visait justement ce dispositif de contrôle. Les 500 millions de francs CFA partis en fumée ce jour-là témoignent des enjeux financiers colossaux autour de ce poste-frontière.

ALAIN Nzilo: Le rapport révèle également que l’épouse du chef d’état-major, madame Prisca Mamadou, contrôle, à elle seule, quatre des stations-service confisquées à TAMOIL. Comment analysez-vous cette situation?
IGOR Ngala : oui, c’est une véritable mafia. C’est la première femme mafieuse de la RCA. Prisca Rosaline Mamadou, épouse du général Zéphir Mamadou, chef d’état-major des FACA, incarne la fusion totale des sphères militaire, politique et économique. Chaque camion-citerne revendu dans ces stations rapporte 25 000 dollars de profit. Si la moitié des importations de Neptune Oil transite par les stations confisquées, nous parlons de plus de 30 millions de dollars de bénéfices excédentaires en 2024. Une partie de cet argent finance directement le MCU, le parti du président Touadéra. Le général Mamadou est identifié comme l’un des principaux bailleurs de fonds du parti au pouvoir. Nous avons ici la preuve que l’armée nationale finance le parti présidentiel avec de l’argent volé aux Centrafricains qui paient le carburant deux fois plus cher qu’ils ne le devraient.

ALAIN Nzilo: Le rapport documente aussi un système de bons d’essence qui permet de convertir le carburant en liquidités…
IGOR Ngala : C’est un mécanisme est d’une perversité remarquable. Des agences publiques délivrent des bons d’essence aux forces de sécurité pour leurs besoins opérationnels. Ces bons sont ensuite échangés contre de l’argent liquide dans les stations confisquées. Les stations versent les espèces aux détenteurs de bons, puis se font rembourser par l’État. Entre les deux, une partie de l’argent est prélevée et redistribuée à de hauts fonctionnaires du ministère de l’Énergie et à des membres du MCU. L’État paie deux fois: une première fois en délivrant les bons, une seconde fois en remboursant les stations. Les militaires reçoivent leur part pour garantir leur loyauté. Le carburant devient un outil de patronage politique qui permet d’acheter les fidélités au pouvoir.

ALAIN Nzilo: en Janvier 2025, un navire russe sanctionné livre 30 000 tonnes de carburant à la Centrafrique, présentées par le Président Vladimir Poutine comme un don. Le rapport qualifie cette opération de fraude. Pourquoi?
IGOR Ngala : Le navire Serenade appartient à la flotte fantôme russe, sanctionnée par l’UE, les États-Unis et le Royaume-Uni. Ce bateau sert à exporter du pétrole russe malgré l’embargo. Présenter cette cargaison comme un don humanitaire est un mensonge éhonté. Neptune Oil apparaît dans les registres comme importatrice, ce qui révèle qu’elle sert d’agent maritime du gouvernement pour des transactions qui ne peuvent pas être menées officiellement. Le gouvernement prétend que les recettes de vente financeront le transport fluvial. C’est absurde. Kinshasa ne laissera jamais passer des cargaisons liées à des navires sanctionnés. Cette opération n’a qu’un but: permettre au régime Touadéra d’importer du carburant russe à prix cassé en violation des sanctions, tout en empochant des profits considérables.

ALAIN Nzilo: Vous évoquiez le transport fluvial. Le rapport montre que le régime a inversé la répartition historique pour privilégier la route camerounaise. Pourquoi?
IGOR Ngala : Pendant des décennies, 80% du carburant arrivait par voie fluviale, solution la moins chère. Sous Neptune Oil, 70% arrive par la route camerounaise, solution la plus coûteuse. Cette inversion ne répond à aucune logique économique. Elle répond à une logique de prédation. Le transport fluvial est trop transparent, trop difficile à manipuler. La route camerounaise offre de multiples points de contrôle où chacun peut prélever sa part: Douala, le transit, Béloko contrôlé par Wagner. Chaque litre qui arrive par camion plutôt que par barge coûte 100 francs CFA de plus. Sur les 87 millions de litres importés par route en 2024, cela représente 15 millions de dollars de surcoût qui ne correspondent à aucune valeur ajoutée réelle. C’est une rente de situation captée par Neptune Oil, les transporteurs, les douaniers corrompus et Wagner.

ALAIN Nzilo: Le rapport documente aussi l’éviction de TotalEnergies. Peut-on parler d’une stratégie délibérée?
IGOR Ngala: Absolument. Le président Touadéra a mené une campagne systématique pour chasser les entreprises françaises du secteur énergétique. SOCATRAF, filiale de Bolloré, perd son contrat en avril 2022. TotalEnergies subit des campagnes de désinformation organisée par Wagner et la présidence entre avril et juin 2022. L’incident de l’aéroport M’Poko où l’employé de Total est arrêté et 110 000 litres de Jet A-1 détournés vers Wagner n’est pas un fait exceptionnel. C’est le point culminant d’un harcèlement délibéré. TotalEnergies quitte en septembre 2022. Ses actifs passent à TAMOIL qui sera à son tour confisquée en juin-juillet 2024. Le cycle est bouclé en deux ans: les intérêts français éliminés, le secteur livré à Wagner et à un réseau de prédateurs centrafricains.

ALAIN Nzilo: Certains pourraient dire que ce rapport émane d’organisations occidentales hostiles au régime Touadéra. Que répondez-vous?
IGOR Ngala : Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La GI-TOC a travaillé à partir de données officielles: registres d’importation, structures de prix publiées par le ministère de l’Énergie, données douanières. Le rapport cite des dizaines de sources vérifiables: communiqués officiels, décisions ministérielles, registres du commerce, bases de données commerciales internationales. Les enquêteurs ont interrogé des dizaines d’acteurs du secteur en RCA et au Cameroun entre novembre 2024 et juillet 2025. Ils ont recoupé chaque information avec plusieurs sources. Ce n’est pas de la propagande anti-Touadéra, c’est du journalisme d’investigation rigoureux qui expose des faits documentés. D’ailleurs, le FMI arrive aux mêmes conclusions dans ses rapports sur la République centrafricaine, même s’il utilise un langage plus diplomatique.

ALAIN Nzilo: Le comité anti-fraude du ministère de l’Énergie, censé lutter contre la contrebande, participe lui-même au système de détournement selon le rapport…
IGOR Ngala : C’est une illustration parfaite de la perversion du système. Le comité anti-fraude ne lutte pas contre la fraude, il l’organise et en tire profit. Les saisies officielles ne représentent qu’une fraction des volumes réellement confisqués. Le reste est revendu au marché noir et l’argent est empoché par les membres du comité et des hauts fonctionnaires du ministère. Sur les 2 000 barils saisis chez le baron de la contrebande Laouali en mars 2023, seulement 427 ont été enregistrés officiellement. Les 1 573 autres ont disparu. Le comité opère dans une zone grise juridique: sur 90 agents recensés, moins de la moitié sont actifs et aucun n’est sous contrat officiel. Cette absence de cadre légal permet toutes les dérives.

ALAIN Nzilo: Le rapport évalue les pertes fiscales à 12 millions de dollars par an. Comment arrive-t-on à un tel montant?
IGOR Ngala : Ce chiffre est même probablement sous-estimé. Il se décompose ainsi: Neptune Oil échappe à l’impôt sur le chiffre d’affaires grâce à son statut de non-résident, plusieurs millions de dollars par an. Les exonérations frauduleuses sur les droits d’importation: plusieurs millions supplémentaires. Le trafic nigérian qui entre via Béloko sans payer les taxes: encore des millions. Les saisies du comité anti-fraude dont l’argent ne parvient jamais au Trésor: des centaines de milliers de dollars. Les pots-de-vin versés aux douaniers qui remplacent les taxes légales: des millions. Additionnez tout cela et vous obtenez facilement 12 millions de dollars de pertes annuelles. Dans un pays où le budget national tourne autour de 120 millions de dollars, perdre 12 millions par an dans un seul secteur représente 10% du budget total.

ALAIN Nzilo: Qui sont les véritables bénéficiaires de ce système?
IGOR Ngala : Il y a une pyramide clairement identifiable. Au sommet, le président Touadéra et son entourage immédiat. Juste en dessous, le ministre Bertrand Arthur Piri et les autres membres du gouvernement impliqués. Puis les hauts fonctionnaires des ministères de l’Énergie, des Finances et des Douanes. Les officiers supérieurs des forces de sécurité, avec en tête le général Mamadou. Les opérateurs économiques: Neptune Oil, Prisca Mamadou, Souleymane Bassou, Laouali. Et bien sûr Wagner qui prélève sa part à chaque étage. Chacun reçoit selon son rang et son importance dans la machine. Le rapport parle d’un système pyramidal de rétrocommissions bien organisé. C’est exactement ça: une structure mafieuse qui fonctionne comme un cartel.
ALAIN Nzilo: Les Centrafricains paient 2,17 dollars le litre de gazole. Est-ce justifié économiquement?
IGOR Ngala : Absolument pas. Les prix internationaux du pétrole ont fortement baissé en 2023-2024. Cette baisse aurait dû se traduire par une réduction significative des prix à la pompe. Mais les Centrafricains paient toujours des prix parmi les plus élevés d’Afrique. Cette rigidité à la baisse prouve que les prix ne reflètent pas les coûts réels mais les besoins de financement du système de corruption. Dans un pays où 70% de la population vit avec moins de 1,90 dollar par jour, payer 2,17 dollars le litre de gazole est tout simplement inabordable. Les gens font la queue pendant des heures, achètent le carburant au compte-gouttes, rationnent leurs déplacements. Pendant ce temps, l’épouse du chef d’état-major s’enrichit en revendant le carburant volé.

ALAIN Nzilo: Le FMI a imposé la publication mensuelle des structures de prix depuis juillet 2024. Cette transparence a-t-elle changé quelque chose?
IGOR Ngala : Cette mesure visait à renforcer la transparence, mais elle a surtout exposé l’ampleur de la fraude sans rien changer au système. Le gouvernement publie uniquement les prix officiels et les marges théoriques, jamais les exonérations accordées, les volumes bénéficiant de ces exonérations, ou l’identité des bénéficiaires. C’est une transparence de façade. Les experts du FMI savent parfaitement ce qui se passe. Ils ont les données, ils ont calculé que les recettes devraient être 12 millions de dollars plus élevées. Mais ils ne peuvent rien faire tant que Touadéra refuse de démanteler le système qu’il a créé. Les missions se succèdent, les rapports s’accumulent, les recommandations sont ignorées.

ALAIN Nzilo: Que préconisez-vous pour sortir de cette situation?
IGOR Ngala: Le rapport de la GI-TOC formule des recommandations claires que je partage entièrement. D’abord, un audit indépendant de toute la structure d’approvisionnement en carburant, incluant la divulgation complète des accords d’importation et des exonérations fiscales. Ensuite, des enquêtes judiciaires en RCA et au Cameroun sur la contrebande, l’évasion fiscale et l’enrichissement illégal. Le renforcement des autorités douanières et anti-fraude avec des moyens réels et une professionnalisation. La relance du transport fluvial pour réduire la dépendance à la route camerounaise. Et surtout, des sanctions internationales contre les opérateurs qui travaillent avec Wagner et les entités russes sanctionnées. Mais soyons réalistes: rien de tout cela n’arrivera tant que Touadéra sera au pouvoir. Ce système, c’est lui. Le démanteler reviendrait à se couper de ses sources de financement et à exposer ses crimes.

ALAIN Nzilo: Vous parlez de crimes. C’est un terme fort…
IGOR Ngala : C’est le terme approprié. Nous parlons de détournement de fonds publics à hauteur de dizaines de millions de dollars. De violation des sanctions internationales contre une organisation criminelle. De collaboration avec des mercenaires responsables de massacres de civils. D’évasion fiscale organisée. De corruption de fonctionnaires. De confiscation illégale de biens privés. Tout cela constitue des infractions pénales graves dans n’importe quel système juridique fonctionnel. Le problème en République centrafricaine, c’est que les auteurs de ces crimes contrôlent la justice. Les procureurs reçoivent leurs instructions du sommet de l’État. Les juges qui oseraient enquêter seraient écartés ou menacés. L’impunité est totale.

ALAIN Nzilo: Quel message souhaitez-vous adresser aux Centrafricains?
IGOR Ngala: Le message est simple. Vous êtes victimes d’un vol organisé par ceux qui sont censés vous gouverner. Chaque fois que vous faites le plein, vous financez l’enrichissement du président, de ses ministres, de ses généraux et de mercenaires russes qui tuent des civils centrafricains. Les 12 millions de dollars volés chaque année pourraient construire des hôpitaux, des écoles, des routes. Ils pourraient payer les enseignants contractuels et autres agents de santé qui ne reçoivent pas leurs salaires depuis des mois. Mais ils finissent dans les comptes offshore de Touadéra et de son clan. Ce rapport de la GI-TOC doit circuler, être traduit en sango, être expliqué dans tous les quartiers. Les Centrafricains doivent comprendre qu’ils ne sont pas pauvres parce que le pays est pauvre, mais parce qu’ils sont méthodiquement pillés par des prédateurs qui ont capturé l’État.

ALAIN Nzilo: Un dernier mot?
IGOR Ngala : La République centrafricaine ne sortira de cette situation que par un changement radical de régime. Touadéra doit partir, et avec lui tous ceux qui ont participé à ce système criminel. Il faut des poursuites judiciaires, des confiscations d’avoirs mal acquis, des sanctions exemplaires. Il faut reconstruire un État de droit où les voleurs vont en prison au lieu de diriger le pays. Tant que les Centrafricains accepteront d’être gouvernés par des mafieux, rien ne changera. Le rapport de la GI-TOC est un outil précieux pour la prise de conscience. Maintenant, il faut passer à l’action.

ALAIN Nzilo: Merci Monsieur Igor Ngala pour cet éclairage sans concession.
IGOR Ngala : Merci à vous Alain, et merci à Corbeau News Centrafrique de donner la parole à ceux qui dénoncent la criminalisation de l’État. Le journalisme indépendant est notre dernière ligne de défense contre la dictature et la corruption.

Source: Corbeau News Centrafrique

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