Africa-Press – CentrAfricaine.
Ce mardi 20 janvier, un camion transportant des tonnes de denrées congelées impropres à la consommation a été pris d’assaut par des jeunes affamés à la station Total du 4e arrondissement de Bangui. La scène montre l’ampleur de la misère qui étreint la population.
Le véhicule devait acheminer sa cargaison de poulets de chair, viande de porc et poissons avariés vers la décharge derrière Boy-Rabe. Mais lors d’un arrêt pour ravitaillement en carburant, l’information s’est répandue comme une traînée de poudre. Un membre de l’équipage aurait donné l’alerte, selon certaines sources.
En quelques minutes, des dizaines de personnes ont grimpé sur le plateau du camion, bousculant tout sur leur passage pour s’emparer de ces victuailles destinées à la poubelle. Femmes, hommes, jeunes garçons – tous ont participé au déchargement frénétique. Les mains se tendaient, les bras tiraient, arrachaient ces cartons et sachets remplis de produits dont la date de péremption était largement dépassée.
Les gendarmes présents sur place ont assisté à la scène sans intervenir. Après avoir demandé des explications sur ce qui se passait, ils se sont contentés d’observer à distance. Aucune tentative pour disperser la foule ou empêcher la récupération de ces denrées dangereuses pour la santé. Ils sont restés là, spectateurs impassibles d’un pillage né du désespoir.
Cette passivité des forces de l’ordre face à un enjeu de santé publique laisse perplexe. Ces aliments congelés, conservés dans des conditions douteuses et largement périmés, représentent un danger réel. La consommation de viande ou de poisson avarié peut entraîner des intoxications alimentaires graves, des infections bactériennes, voire pire. Mais la faim chasse toute prudence.
Le camion n’a pas pu repartir avec sa charge complète. Une partie substantielle des denrées a été emportée par les habitants du quartier. Certains ont rempli des sacs entiers, d’autres ont pris ce qu’ils pouvaient porter. La probabilité que ces produits se retrouvent sur les étals du marché dès le soir même est forte. Des vendeurs peu scrupuleux les écouleront à bas prix, sans mentionner leur provenance ni leur état.
Les acheteurs, ignorant tout de l’origine de cette marchandise, rapporteront ces aliments chez eux pour nourrir leurs familles. La viande sera cuisinée, le poisson frit, les poulets grillés. Personne ne saura qu’il s’agit de poubelles récupérées sur un camion en route vers la décharge. La chaîne de contamination s’enclenche ainsi, invisible et redoutable.
Cette scène rappelle des images que l’on associe généralement à d’autres contextes, d’autres pays frappés par la famine. L’Éthiopie dans les années de grande sécheresse, où les populations se déplaçaient par milliers vers les pays voisins pour échapper à la mort. Ces exodes massifs, ces files interminables de réfugiés cherchant simplement de quoi survivre. Aujourd’hui, c’est Bangui qui offre ce visage de détresse.
À peine 24 heures après que le Conseil constitutionnel, dirigé par l’oncle du dictateur de Bangui Faustin-Archange Touadera, a validé le troisième mandat de son neveu, la capitale centrafricaine donne à voir le vrai visage de sept années de gouvernance. Pendant que les institutions valident la reconduction du dictateur de Boy-Rabe, le peuple se bat pour des restes de viande pourrie. Le contraste entre la célébration du pouvoir et la déchéance du quotidien ne pourrait être plus saisissant.
La Centrafrique s’enfonce dans une pauvreté que beaucoup pensaient impossible à atteindre. Les salaires ne suivent pas l’inflation galopante. Les prix des denrées de base explosent. Le pouvoir d’achat s’évapore. Les familles doivent faire des choix déchirants: payer le loyer ou acheter du riz, soigner un enfant malade ou manger. Dans ce contexte, des aliments périmés deviennent une aubaine.
Nos journalistes présents sur place ont pris des images. Celles-ci montrent des gens agglutinés sur le camion, certains debout sur le plateau en train de fouiller, d’autres tendant les bras depuis le sol pour attraper ce qu’on leur passe. Des motos stationnées à proximité attendent d’être chargées. L’ambiance n’est ni à la joie ni à la fête, juste à l’urgence de la survie. Chacun prend ce qu’il peut avant que le camion ne reparte ou que les autorités ne changent d’avis.
La station-service du 4e arrondissement a ainsi été le témoin involontaire de cette dérive. Un lieu ordinaire transformé en scène de pillage alimentaire. Le personnel de la station a également observé sans pouvoir ou vouloir intervenir. Que faire face à une foule mue par la nécessité? Comment s’opposer à des gens qui n’ont pas mangé depuis des jours?
Les conséquences sanitaires de cet épisode se feront sentir dans les jours et semaines à venir. Combien de personnes tomberont malades après avoir consommé ces produits? Combien finiront à l’hôpital avec des infections graves? Combien n’auront même pas accès aux soins faute de moyens? Ces questions resteront sans réponse précise, car personne ne fera le lien entre une intoxication alimentaire et ce camion arrêté à la station Total.
Le silence des autorités sur cet incident en dit long. Aucune déclaration, aucune mise en garde, aucune tentative de récupérer les produits distribués. La machine administrative semble absente, comme dépassée par l’enchaînement des crises. Le ministère de la Santé devrait pourtant lancer une alerte, informer la population des dangers, organiser des contrôles sur les marchés. Mais rien de tout cela ne se produira.
Ce troisième mandat s’ouvre sur des images qui annoncent la couleur des années à venir. Si au lendemain même de la validation constitutionnelle, les Centrafricains en sont réduits à fouiller les camions poubelles, que reste-t-il à espérer pour la suite? La trajectoire semble tracée, descendante, vers toujours plus de privations.
Source: Corbeau News Centrafrique
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