Africa-Press – CentrAfricaine.
Human Rights Watch, l’organisation de droit de l’homme reconnaît quelques maigres avancées en République centrafricaine, mais la réalité demeure accablante pour les droits humains.
Le rapport 2026 de l’organisation internationale dévoile une situation bien plus sombre que ne le laissent croire les annonces officielles. Derrière les quelques éléments positifs mis en avant, se cache une répression constante et des violations systémiques que le gouvernement de Faustin-Archange Touadéra continue d’instrumenter en toute impunité. Les forces gouvernementales et les groupes armés poursuivent leurs attaques contre les populations civiles, notamment par l’enlèvement et le recrutement forcé d’enfants soldats, les violences sexuelles répétées et les agressions contre les établissements scolaires et sanitaires.
Ces pratiques n’ont jamais cessé malgré les discours rassurants destinés à la communauté internationale. Entre janvier et octobre, 103 incidents visant les travailleurs humanitaires ont été enregistrés, dont un décès, rendant certaines zones du territoire quasiment inaccessibles à l’aide humanitaire. Les populations civiles continuent de subir au quotidien la brutalité des forces armées nationales autant que celle des milices, dans une indifférence généralisée des autorités.
La prétendue amélioration de la sécurité repose en réalité sur la présence massive des mercenaires russes de Wagner, rebaptisés Africa Corps mais toujours aussi violents. Ces forces criminelles russes, financées par Moscou, contrôlent les principales villes du pays et sont directement impliquées dans de nombreux abus. En août, d’anciens combattants des 3R qui avaient accepté de déposer les armes ont été attaqués par ces mercenaires russes, faisant un mort et trois blessés, leurs bases incendiées et pillées en violation de l’accord de paix.
Cette violence des forces russes contre ceux qui ont choisi la démobilisation montre l’hypocrisie totale du processus de désarmement. Comment parler d’avancée quand ceux qui rendent les armes deviennent les nouvelles cibles des mercenaires censés garantir la sécurité? Le gouvernement ferme les yeux sur ces exactions, prouvant que l’accord de cessez-le-feu signé à N’Djamena en avril n’est qu’un rideau de fumée destiné à rassurer la communauté internationale.
Les élections locales de décembre, présentées comme une victoire démocratique après 36 ans d’absence, relèvent davantage de la parodie que du scrutin libre et transparent. Reportées à plusieurs reprises sous prétexte de manque de financement, ces élections n’ont servi qu’à légitimer des nominations et non le choix du peuple. L’opposition réunie dans le Bloc républicain pour la défense de la Constitution ne s’y est pas trompée, dénonçant des irrégularités majeures et l’absence totale d’équité dans le processus.
L’Autorité nationale des élections, gangrénée par des dysfonctionnements internes selon un expert onusien en juin, n’offre aucune garantie d’indépendance. Le pouvoir a méthodiquement verrouillé toute possibilité d’alternance démocratique, transformant ce qui devrait être un exercice citoyen en simple opération de légitimation du régime en place. La population centrafricaine le sait pertinemment, même si certains observateurs extérieurs ou la MINUSCA préfèrent fermer les yeux.
La modification constitutionnelle de 2023 constitue d’ailleurs la preuve ultime de cette dérive autoritaire. En allongeant le mandat présidentiel de cinq à sept ans et en supprimant toute limite au nombre de mandats, Touadéra s’est offert la possibilité de se maintenir au pouvoir indéfiniment. Cette manipulation de la loi fondamentale, dans un pays où les institutions sont déjà fragiles, annule tout espoir de changement pacifique par les urnes.
La réintroduction de la criminalisation des délits de presse en mai vient parachever l’étau qui se resserre sur les libertés. Après avoir dépénalisé ces infractions en 2020, l’Assemblée nationale a fait marche arrière, permettant aux autorités d’arrêter arbitrairement les journalistes gênants. Landry Nguéma Ngokpélé, rédacteur en chef du Quotidien de Bangui, a été appréhendé pour diffusion présumée d’informations troublant l’ordre public, un chef d’accusation suffisamment vague pour faire taire n’importe quelle voix critique.
L’affaire Joseph Figueira Martin montre jusqu’où peut aller la répression. Cet ancien analyste d’International Crisis Group et chercheur pour une ONG américaine a été condamné à dix ans de travaux forcés et à une amende colossale de 50 millions de francs CFA pour complicité d’association de malfaiteurs et atteinte à la sécurité intérieure. Arrêté par les forces russes à Zémio dans le sud-est, il a été jugé dans des conditions opaques qui rappellent les heures les plus sombres de la justice expéditive.
L’explosion au lycée Barthélemy Boganda de Bangui en juin a tué 29 élèves et blessé 250 autres, un drame qui aurait dû provoquer un sursaut national. Au lieu de cela, les autorités ont réprimé une veillée en mémoire des victimes en arrêtant brièvement sept personnes, dont trois organisateurs, pour avoir violé une interdiction de manifester dans l’espace public datant de 2022. Même le deuil est devenu suspect aux yeux du pouvoir.
Les quelques condamnations prononcées par la Cour pénale spéciale et la Cour pénale internationale ne peuvent masquer l’ampleur des crimes qui restent impunis. Si Alfred Yékatom et Patrice-Édouard Ngaïssona ont été condamnés à quinze et douze ans de prison pour des crimes de guerre et crimes contre l’humanité, combien de responsables de violences continuent de circuler librement dans le pays? La justice ne touche qu’une infime partie des coupables tandis que les exactions se poursuivent.
La ratification du Protocole de Maputo sur les droits des femmes en août ressemble à un engagement de façade quand on connaît la réalité des violences sexuelles utilisées comme arme de guerre. Les forces gouvernementales et les groupes armés continuent d’agresser les femmes et les filles sans que les autorités ne mettent en œuvre de mesures concrètes de protection ou de sanction. Les textes internationaux s’empilent tandis que les victimes attendent toujours justice et réparation.
Human Rights Watch mentionne prudemment quelques éléments positifs, peut-être par diplomatie ou pour ne pas décourager totalement les efforts internationaux. Mais la réalité du terrain contredit largement ces maigres satisfactions. Le pays reste profondément instable, les populations civiles demeurent à la merci des hommes armés qu’ils portent l’uniforme national ou celui des milices, et les perspectives d’amélioration véritable semblent s’éloigner à mesure que le régime se durcit
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