Africa-Press – CentrAfricaine. Au marché Ngawi, dans le 3ème arrondissement de Bangui, se trouve un atelier discret où le temps semble avoir une autre dimension. Depuis 1986, Monsieur Samuel Siada répare inlassablement montres et horloges, témoignant d’une époque révolue et d’un savoir-faire transmis par la patience et la persévérance. À travers les bouleversements politiques et les crises qu’a connus la République Centrafricaine, cet artisan a su maintenir son activité et élever sa famille grâce à ce métier. La rédaction du Corbeau News Centrafrique a rencontré cet homme au parcours exceptionnel pour recueillir son témoignage et comprendre les secrets de sa longévité professionnelle.
CNC: Bonjour Monsieur Siada. Je suis venu vous voir aujourd’hui en tant que journaliste. J’étais déjà venu une fois ici pour réparer ma montre, et vous m’aviez alors dit quelque chose qui m’avait beaucoup impressionné: vous exercez ce métier depuis plus de 40 ans. Avant d’entrer dans le vif du sujet, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs?
Samuel Siada: Je m’appelle Siada Samuel. J’ai commencé à réparer les montres en 1986. C’est grâce à ce travail de réparation horlogère que je me suis marié et que j’ai élevé mes enfants. Cette activité m’a beaucoup aidé. Elle m’a permis de fonder une famille et de faire vivre tous mes enfants. Aujourd’hui encore, je continue ce travail avec la même passion.
CNC: Si je ne me trompe pas, vous avez donc débuté cette activité à l’époque du président André Kolingba, n’est-ce pas?
Samuel Siada: Oui, effectivement. J’ai commencé à l’époque du président Kolingba, en 1986.
CNC: Vous avez traversé plusieurs régimes politiques: Kolingba, puis Patassé pendant dix ans, ensuite François Bozizé pendant dix ans également, et enfin la période de la Séléka. Vous êtes installé ici au quartier KM5, dans le 3ème arrondissement, qui a connu des moments très difficiles. Notamment lors des événements liés à la Séléka, vous qui êtes chrétien dans un quartier à majorité musulmane, vous êtes resté ici. Comment avez-vous réussi à maintenir votre activité et à vivre en paix pendant toutes ces années? Quel est votre secret?
Samuel Siada: Vous savez, dans ce métier, il y a un secret fondamental: il faut exercer son travail dans le respect de la déontologie et dans le respect des autres. Avec vos collaborateurs, vous ne devez jamais chercher les problèmes. Avec vos voisins, il faut toujours entretenir de bonnes relations. Il faut être bien avec tout le monde, sourire à chacun, discuter avec les gens. Quand vous agissez ainsi, même s’il arrive un problème dans le quartier, les voisins témoignent en votre faveur. Ils disent: “Cette personne n’a jamais eu de problème avec nous.” C’est ce qui fait que je suis toujours en vie parmi eux. Je vis ici au KM5 sans problème jusqu’à ce jour.
CNC: Dans votre activité de réparation de montres, quels sont vos revenus quotidiens lorsque les affaires marchent bien?
Samuel Siada: Vous savez, le travail de montre a beaucoup évolué. À l’époque où nous avons débuté, nous installions les montres par terre. Nous travaillions avec des Sénégalais et des Maliens. Nous étalions nos montres à même le sol. À cette époque, il n’y avait que des moutons dans ce quartier. Nous venions nettoyer la place et nous installions notre marchandise. Nos clients, notamment les Peuls qui vendaient leur bœufs au marché abattoir, venaient ici pour acheter leurs montres. Même des gens qui habitaient au PK12 ou au quartier Wango venaient jusqu’ici, au marché Ngawi, pour acheter chez nous. Si Dieu le voulait et que les affaires marchaient bien, nous pouvions gagner trente à quarante mille francs CFA par jour.
CNC: Trente à quarante mille francs CFA par jour? C’était une belle somme !
Samuel Siada: Oui, absolument. À l’époque, les montres étaient très chères. Une montre pouvait coûter vingt et quelques mille francs. Même une simple pile de montre coûtait 2 500 francs CFA. C’était vraiment cher. L’activité horlogère était très rentable. Il y avait aussi le contrôle des autorités. Si on vous surprenait avec plus de 15 montres, vous deviez payer des amendes et des droits. Au-delà de 15 montres, c’était considéré comme du commerce en gros.
CNC: Donc, si je comprends bien, vous avez commencé par la vente de montres avant de vous orienter vers la réparation?
Samuel Siada: Exactement. Au début, je vendais des montres. Puis, au fur et à mesure, j’ai acquis de l’expérience et j’ai commencé à les réparer. C’est cette activité de réparation que j’exerce aujourd’hui.
CNC: Vous nous avez dit que vous avez fondé une famille grâce à ce travail, que vous avez construit une maison et élevé vos enfants. Pouvez-vous nous parler de votre famille?
Samuel Siada: J’ai épousé ma première femme à l’âge de 26 ans, dans ma jeunesse. Avec elle, nous avons eu quatre enfants. Malheureusement, elle est décédée. Je me suis ensuite remarié avec une deuxième femme avec qui j’ai eu trois enfants, soit sept enfants au total. Après notre séparation, j’ai épousé ma troisième femme.
CNC: Tout au long de votre vie, avez-vous exercé un autre métier que celui de l’horlogerie?
Samuel Siada: Non, aucun autre métier. Au départ, je vendais des montres, maintenant je les répare. C’est mon seul et unique travail. Je ne connais pas d’autre métier. C’est le travail vers lequel Dieu m’a orienté, et je le fais jusqu’à ce jour.
CNC: Avec toute l’expérience que vous avez accumulée dans ce domaine, quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui cherchent aujourd’hui un métier, une activité pour gagner leur vie?
Samuel Siada: Vous savez, nous avons des conseils à donner aux jeunes, mais malheureusement, ils ne nous écoutent plus vraiment. Ce métier, comme tout autre travail, dépend de deux choses essentielles: la volonté et la patience. Dans tout travail, il faut avoir de la patience et la volonté de réussir. Il faut exercer son métier avec foi, en sachant que c’est ce travail qui vous nourrit et qui protège votre famille. Mais les jeunes d’aujourd’hui, quand vous leur proposez de venir apprendre un métier, quand vous essayez de leur transmettre votre savoir-faire, ils manquent de patience. Ils veulent tout obtenir rapidement, sans effort. C’est très mauvais. Le travail demande de la patience, mais les jeunes actuels veulent tout, tout de suite. C’est vraiment dommage.
CNC: Monsieur Siada Samuel, je vous remercie infiniment d’avoir accepté de nous recevoir et de partager avec nous votre parcours exceptionnel. Votre témoignage est précieux et inspirant pour toute une génération. Merci pour votre temps et votre disponibilité.
Samuel Siada: C’est moi qui vous remercie de m’avoir donné cette opportunité de témoigner. Je suis honoré que vous vous soyez intéressé à mon humble parcours.
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