Africa-Press – CentrAfricaine. Dans le débat Patara animé par la radio Ndékè-luka à Paoua, dans la préfecture de Lim-Pendé, la question du désarmement des groupes armés cantonnés a occupé une place centrale. La préfète Pierrette Bengueré a expliqué que le processus de DDR a été mis en pause à cause des élections groupées organisées le 28 décembre. Selon elle, cette suspension était nécessaire pour concentrer les efforts sur le scrutin, qui s’est déroulé dans de bonnes conditions. Elle a assuré que le ministère chargé du désarmement reprendra bientôt ses opérations pour récupérer les armes encore en circulation et intégrer ceux qui le souhaitent dans la vie civile ou militaire.
Esther Guettel, ancienne leader de RJ faction Belanga et membre du comité pour la paix, a contesté cette explication en pointant du doigt la persistance des 3R à Bembere et dans les zones environnantes. Elle a décrit ces hommes comme toujours armés, installés depuis longtemps, et continuant à racketter la population: vols de bœufs, extorsions sur les cultivateurs qui préparent leurs champs, et même des agressions physiques en périphérie. Pour elle, la fin des élections n’a pas changé la donne sur le terrain, et l’absence d’action concrète du gouvernement maintient un climat de peur.
Jules Baitoloum, président préfectoral de l’URCA, a estimé que la sécurité réelle dans les villages reculés reste très faible, autour de 35 %. Il a dénoncé les taxations permanentes par ces groupes cantonnés, qui occupent encore le terrain malgré les promesses répétées de désarmement. Il a ajouté que cette situation crée un sentiment d’abandon chez les habitants des communes éloignées.
Francis Béret, observateur de la société civile à Paoua, a reconnu que les actes les plus violents ont diminué par rapport à avant, mais que la présence prolongée de ces hommes armés suffit à inquiéter la population. Il a rappelé que les barrières de racket ont disparu en ville, mais que dès que les autorités s’éloignent, les exactions reprennent dans les zones comme Bembere, Bemal ou Bédakha.
Les échanges ont aussi évoqué la transhumance en cours, qui aggrave les tensions. Les 3R et d’autres éléments armés profitent de cette période pour racketter les éleveurs ou les agriculteurs, avec des vols récurrents de bétail et des menaces directes. Plusieurs intervenants ont insisté sur le fait que ces groupes ne se montrent plus aussi agressifs qu’auparavant – moins d’enlèvements ou de tueries ouvertes –, mais que leur simple présence avec des armes crée une insécurité diffuse.
La préfète a défendu les efforts locaux: sensibilisations menées sur le terrain, accompagnement par le comité pour la paix, et déploiement de renforts des FACA à Bémal pour étendre le contrôle vers les zones concernées. Elle a ajouté que ces hommes cantonnés ne sont plus dans la brousse pour attaquer, mais qu’ils cherchent parfois à se procurer de quoi vivre, sans violence extrême.
Esther Guettel a lancé un appel pressant au ministère du DDR pour qu’il se déplace rapidement à Paoua et procède au désarmement massif. Elle a souligné que l’attente prolongée risque de pousser ces groupes à reprendre leurs anciennes habitudes si aucune prise en charge n’arrive. Jules Baitoloum et d’autres ont réclamé des moyens concrets pour les forces de sécurité, comme des véhicules adaptés au terrain, afin d’éviter que Bembere et Bemal restent des zones où les 3R continuent de dicter leur loi.
Le débat a montré un fossé net: d’un côté, les annonces officielles d’un retour imminent du DDR après les élections ; de l’autre, les témoignages directs d’habitants et d’acteurs locaux qui constatent que, des mois après le scrutin, les racketteurs des 3R restent en place, armés, et continuent d’imposer leur pression sur les populations de Lim-Pendé.
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