Disparition de Boganda et Instrumentalisation Historique

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Disparition de Boganda et Instrumentalisation Historique
Disparition de Boganda et Instrumentalisation Historique

Africa-Press – CentrAfricaine. Le compte rendu du Conseil des ministres du 26 février 2026 consacre une partie notable à la préparation du 29 mars 2026, date marquant le 67e anniversaire de la disparition de Barthélemy Boganda.

Le gouvernement prévoit des offices religieux, des manifestations artistiques et culturelles, un concours de rédaction pour les élèves, le tout organisé sur trois sites: Bangui, le village de Boganda et la sous-préfecture du même nom. Le lendemain, 30 mars, aura lieu la prestation de serment du dictateur de Bangui, présentée comme l’entrée dans la « Septième République », dont les fondements seraient inspirés de la philosophie du président-fondateur.

Cette juxtaposition n’est pas un hasard. Elle sert à coller l’image du régime actuel sur celle de Boganda, figure historique incontestée, symbole d’indépendance, d’unité nationale et de lutte contre la domination étrangère. En liant directement la commémoration de sa mort à la cérémonie de serment présidentiel, le pouvoir cherche à faire passer sa propre continuité comme une suite logique de l’héritage bogandien. Le message implicite est clair: Touadéra et sa « Septième République » prolongent l’œuvre du fondateur, alors que les faits racontent une tout autre histoire.

Boganda prônait l’émancipation économique, la souveraineté réelle, la réduction des inégalités et la construction d’un État au service du peuple. Aujourd’hui, le pays reste parmi les plus pauvres au monde, les ressources forestières et minières continuent de fuir vers des intérêts privés ou étrangers, les salaires des fonctionnaires stagnent, les routes sont défoncées, les hôpitaux manquent de tout, et la sécurité reste fragile dans de vastes zones. Les idéaux d’autonomie et de justice sociale que Boganda défendait sont loin d’être réalisés ; au contraire, le régime actuel accumule les accusations de concentration du pouvoir, de répression des voix dissidentes et de gestion opaque des deniers publics.

Pourtant, le Conseil instruit le ministre des Finances de dégager les ressources budgétaires nécessaires pour financer ces célébrations. Dans un pays où les priorités criantes manquent cruellement de moyens – éducation, santé, agriculture, reconstruction des infrastructures –, consacrer de l’argent public à des offices religieux, des spectacles et un concours scolaire sert surtout à entretenir une narration politique. C’est une opération de communication qui détourne l’attention des échecs quotidiens et tente de légitimer un pouvoir qui s’accroche aux symboles du passé pour masquer les insuffisances du présent.

Boganda n’a jamais cherché à se perpétuer par des rituels grandioses ou des changements de numérotation constitutionnelle. Il voulait un État efficace et juste. Associer son souvenir à une prestation de serment qui consacre la prolongation d’un mandat et d’un système contesté transforme un devoir de mémoire en outil de propagande. Les Centrafricains ne demandent pas plus de commémorations fastueuses ; ils demandent des résultats concrets. Tant que les ressources serviront à glorifier le régime plutôt qu’à soulager la misère, cette instrumentalisation de l’histoire restera un affront à la mémoire même de celui qu’on prétend honorer.

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