En Afrique, des mercenaires avancent les pions russes

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En Afrique, des mercenaires avancent les pions russes
En Afrique, des mercenaires avancent les pions russes

Africa-PressCentrAfricaine. Les interventions des mercenaires de la société militaire privée Wagner dans d’autres pays se sont traduites par de graves violations des droits de l’homme, une ingérence dans le fonctionnement de l’État, une prédation sur les ressources naturelles et les populations, et une détérioration de la situation sécuritaire, notamment en République centrafricaine.

Lors d’un point presse le 27 septembre, la diplomatie française affichait ses craintes quant au recours, en Afrique, de sociétés militaires privées russes.

Les Français voient leur influence contestée au Mali (1), notamment par la Russie, et la junte malienne au pouvoir envisage de recourir aux services de ces paramilitaires.

Le déploiement de ces mercenaires ferait « perdre le soutien de la communauté internationale » au Mali, qui leur « abandonnera des pans entiers de sa souveraineté », a averti la ministre des Armées Florence Parly devant le Sénat. Et Emmanuel Macron a appelé mardi à ce « que l’État revienne » au Mali.

« Ce genre de groupe est illégal en Russie »Le 23 septembre, en marge de la 76e session de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, avait également alerté son homologue russe, Sergueï Lavrov.

Pour autant, le ministre russe des Affaires étrangères confirmait, peu après, que les autorités maliennes avaient effectivement approché « des sociétés privées russes ».

Il a précisé que Moscou n’était pas impliqué. Sur les différents théâtres d’opération où il intervient, le groupe Wagner sert pourtant au final les intérêts russes.

« Il est décrit comme une entreprise militaire privée par les Russes eux-mêmes, confirme Vincent Tourret, chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique.

Ce qui est très intéressant, c’est que ce genre de groupe est illégal en Russie. Le mercenariat c’est même anticonstitutionnel et inscrit dans le Code pénal.

Mais il y a une acception de groupes de sécurité privés : du gardiennage à la lutte contre la piraterie. » Une histoire complexe et opaqueEn toute logique, donc, le groupe Wagner ne devrait pas exister. Mais les sociétés militaires privées (SMP) gravitent depuis de nombreuses années autour du pouvoir russe.

Leur « histoire est complexe et opaque : jamais légalisées, sans point de départ unique, sans agence ou organisation originelle… », explique Sergey Sukhankin dans une étude (2) pour l’Institut français des relations internationales (Ifri).

Elles interviennent « dans les conflits régionaux dans les anciens pays de l’Union soviétique puis les Balkans, l’Ukraine et dans les printemps arabes en Libye ou en Syrie ».

Le recours au déniPrivées d’existences légales et de liens officiels avec le pouvoir, ces sociétés permettent au Kremlin « d’externaliser les coûts financiers… et politiques des opérations, explique Vincent Tourret.

Si une action se passe mal, la Russie peut toujours prétendre après qu’aucune force ne s’est jamais déployée » et continuer d’affirmer qu’elle n’a aucun lien avec elles.

« Le groupe Wagner a solidifié son activité en Syrie, acquérant une spécialité dans l’infanterie d’assaut.

Dans la logique russe, ces groupes sont envoyés en première vague, pour faire le sale boulot. » Ils opèrent parfois en lien avec les autorités locales, mais comme unités indépendantes.

Sollicités et employés directement par les États en place, ces groupes sont ensuite souvent « payés en nature ». En Syrie, par exemple, « le régime el-Assad paye le groupe Wagner par des concessions d’exploitation minières et de gaz. Idem en Centrafrique.

» Logique d’influence et opportunisme« Depuis 2014, la Russie a sérieusement accru son engagement en Afrique, se joignant à la course aux marchés locaux et aux opportunités offertes par un continent en pleine mutation », explique Sergey Sukhankin dans son rapport pour l’Ifri.

« Il y a des flux logistiques, reprend Vincent Tourret. Une grande partie du parc des armées africaines est constituée de matériel russe.

Il y a donc une demande de contrats de maintenance, notamment au Mali. Après, il y a de l’opportunisme. Tout en voulant prouver le rôle global de la Russie sur la planète, il peut être question d’acquérir des parts de marché.

C’est une expansion d’influence à faible prix. » S’exonérer du poids politique des OccidentauxEnfin, pour certains pouvoirs politiques africains, avoir recours à une société privée russe et ne pas compter sur les alliés Occidentaux a ses avantages.

« Il y a une logique de contournement de certains pays africains. Quand on signe un contrat avec un groupe de mercenaires russes, on n’a pas tout le poids contre-politique porté par les Occidentaux.

On n’est pas obligé, par exemple, de réformer son outil de pouvoir. » Au final, « l’État russe est très content de cette situation parallèle. Cela lui permet d’exporter une sorte de hard power (pouvoir de contrainte) et de tester les limites de ses adversaires.

Chaque fois qu’une limite est franchie, le groupe privé va en subir le coût mais pas l’État russe. Comme quand le groupe Wagner a franchi l’Euphrate (en mars 2018 contre des forces loyalistes syriennes), les Russes n’ont aucun problème à les lâcher et à laisser les Américains les détruire.

» (1) Au Sahel, où elle intervient militairement depuis 2013 contre les groupes djihadistes, la France a entrepris en juin de réorganiser son dispositif militaire en quittant notamment les bases les plus au nord du Mali (Kidal, Tombouctou et Tessalit) et en prévoyant de réduire ses effectifs dans la région d’ici à 2023 à 2.500-3.000 hommes, contre plus de 5.000 aujourd’hui.

(2) « Sociétés militaires privées russes en Afrique subsaharienne : atouts, limites conséquences ». Russie. Nei. Visions n° 120, Ifri, septembre 2020.

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