Faux Candidats Empêchent Formation Militaire en Ouganda

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Faux Candidats Empêchent Formation Militaire en Ouganda
Faux Candidats Empêchent Formation Militaire en Ouganda

Africa-Press – CentrAfricaine.
L’insertion frauduleuse de 700 faux candidats par l’état-major compromet l’envoi de 1 400 jeunes centrafricains en formation militaire en Ouganda.

Le programme de formation militaire en Ouganda risque de virer au fiasco. Ce qui devait être une chance pour 1 400 jeunes centrafricains devient un échec retentissant à cause des manœuvres de l’état-major des Forces armées centrafricaines (FACA).

Rappelons le, en juillet 2024, une délégation militaire ougandaise dirigée par le général ougandais Patrick Ocen avait effectué une mission de sélection des candidats à Bangui. Accompagnés de médecins spécialisés, les experts ougandais ont passé au crible des milliers de candidatures déposées par des jeunes de toute la République centrafricaine. Après des examens médicaux approfondis, des tests physiques rigoureux et la vérification psychologique , ils ont retenu 1 800 jeunes: 1 400 destinés à la formation en Ouganda et 400 pour une formation locale à Bouar, située à 452 kilomètres de Bangui.

Cette sélection rigoureuse garantissait des candidats authentiques et qualifiés selon les standards militaires ougandais. Chaque dossier avait été vérifié minutieusement, chaque identité confirmée par des procédures de sécurité. La mission ougandaise repartie avec satisfaction, il ne restait à l’état-major centrafricain qu’à finaliser les formalités administratives: établissement des passeports, obtention des visas et organisation du transport vers Kampala.

Mais dès le départ de la délégation ougandaise, la situation s’est dégradée au camp Kassaï, situé dans la capitale centrafricaine. Les jeunes sélectionnés ont vécu un calvaire administratif et humain. Ils patientaient des heures entières sous la pluie dans des conditions déplorables. Les officiers responsables du traitement des dossiers ne validaient que 10 à 20 candidatures par jour, obligeant les jeunes à revenir sans cesse au camp jusqu’à épuiser leur maigre ressources familiales.

Cette lenteur volontaire frappait particulièrement les candidats venus des zones périphériques de Bangui. Beaucoup, originaires de PK11, PK12, Bimbo ou d’autres localités éloignées, ne disposaient pas des moyens financiers pour effectuer quotidiennement le trajet vers le camp Kassaï. Épuisés par ces allers-retours coûteux et humiliants, quelques jeunes impatients ont fini par abandonner leurs démarches. Plus grave encore, certains officiers notaient délibérément “absent” des candidats pourtant présents, ouvrant ainsi la voie à des remplacements discrets par des personnes de leur choix.

Les conditions imposées aux candidats légitimes au camp Kassaï suivaient une logique précise et calculée. Les témoignages recueillis par la rédaction du CNC auprès de l’État-major de l’armée centrafricaine convergent tous sur les mêmes pratiques: tête rasée, attentes interminables dans la cour du camp, humiliations quotidiennes de la part des sous-officiers. Les responsables militaires limitaient volontairement le traitement des dossiers à quelques unités par jour, alors qu’ils auraient pu en valider des centaines. Cette stratégie d’usure visait un objectif bien défini: décourager les candidats légitimes pour libérer leurs places au profit d’autres personnes.

Ces lenteurs et ces obstacles n’avaient rien de fortuit dans l’esprit des responsables militaires centrafricains. Elles préparaient l’opération majeure que le général Mbetibangui, directement responsable du dossier de recrutement, allait mettre en place dans les semaines suivantes. Profitant du découragement des vrais candidats et des places ainsi libérées, environ 700 noms fictifs ont été discrètement ajoutés à la liste initialement validée par les experts ougandais. Ces nouveaux “candidats fantômes” provenaient majoritairement des cercles familiaux du président Faustin-Archange Touadéra, de ministres influents et de responsables militaires haut placés dans la hiérarchie des FACA. Quelques vrais candidats subsistaient encore dans cette liste modifiée, mais ils se trouvaient désormais noyés dans cette masse considérable de faux dossiers.

L’Ouganda, habitué aux standards internationaux de coopération militaire, a immédiatement repéré cette supercherie administrative. Les services de renseignement ougandais ont constaté que les nouveaux noms ne correspondaient à aucune des personnes examinées lors de leur mission à Bangui. Face à cette découverte, l’avion militaire ougandais prévu pour le premier transport de recrues vers Kampala a été purement et simplement annulé. Les jeunes officiellement sélectionnés et convoqués s’étaient pourtant rassemblés à l’aéroport international Bangui M’Poko, bagages en main et pleins d’espoir. Ils ont attendu plusieurs jours dans l’incompréhension totale avant d’être finalement renvoyés chez eux sans explication claire.

Un deuxième groupe de candidats a connu exactement le même sort quelques jours plus tard, confirmant le blocage total du programme de coopération. Cette répétition a définitivement convaincu les autorités ougandaises que le problème ne venait pas d’un malentendu technique, mais bien d’une manipulation délibérée de la part de l’état-major centrafricain.

La position de Kampala reste inflexible et compréhensible du point de vue de la coopération internationale. L’Ouganda refuse catégoriquement de prendre en charge des candidats qui n’ont pas été validés lors de sa propre mission de sélection à Bangui. Cette fermeté oppose désormais directement les capitales des deux pays partenaires. D’un côté, l’Ouganda exige le respect strict de la liste de 1 400 jeunes qu’il a personnellement sélectionnés selon ses critères militaires. De l’autre, l’état-major centrafricain s’obstine à maintenir coûte que coûte ses 700 ajouts frauduleux, espérant sans doute que Kampala finira par céder sous la pression diplomatique.

Cette manipulation grossière menace désormais l’ensemble de la coopération militaire entre les deux pays, alors que d’autres nations de la sous-région ont réussi leur intégration sans difficulté. Le Congo-Brazzaville et le Gabon ont envoyé leurs contingents respectifs en Ouganda selon le calendrier prévu, leurs jeunes vont débuter d’ici le 2 septembre prochain leur formation dans les académies militaires ougandaises. Seule la République centrafricaine butte sur ses propres combines internes et ses réseaux de corruption, transformant une opportunité régionale en casse-tête diplomatique.

Les académies militaires ougandaises vont officiellement commencer d’ici mardi prochain leur année de formation 2025-2026 sans aucun représentant centrafricain dans leurs rangs. Cette absence constitue un camouflet diplomatique pour Bangui et prive la jeunesse centrafricaine d’une formation militaire de qualité reconnue dans la sous-région.

Les conséquences de cette manipulation frappent durement et injustement les vrais candidats qui avaient respecté toutes les procédures de sélection. Beaucoup avaient vendu des biens personnels ou contracté des dettes auprès de leurs familles pour financer les démarches administratives nécessaires: photos d’identité, frais de transport, établissement de documents. Ils voient aujourd’hui leur avenir professionnel suspendu aux tractations opaques entre militaires corrompus. Certains candidats avaient même quitté leur emploi ou interrompu leurs études, convaincus de partir prochainement en formation militaire en Ouganda.

À quelques kilomètres du palais présidentiel de la Renaissance, au camp Kassaï où tout a commencé, l’amertume grandit chaque jour parmi les jeunes dupés. Ces derniers comprennent progressivement qu’ils paient le prix des appétits personnels de l’état-major et de son incapacité à respecter les engagements internationaux. Leur rêve légitime de formation militaire professionnelle s’effrite dans les couloirs du ministère de la Défense nationale, situé au centre-ville de Bangui.

Si l’entêtement de l’état-major centrafricain persiste dans les semaines à venir, l’Ouganda pourrait décider d’annuler purement et simplement l’ensemble du programme de coopération de formation avec la République centrafricaine. Ce qui devait représenter une opportunité historique de formation pour la jeunesse centrafricaine deviendrait alors un échec diplomatique et militaire total. Une fois de plus, l’incapacité chronique du commandement centrafricain à gérer un dossier stratégique sans corruption priverait des centaines de jeunes d’une chance réelle de formation professionnelle et d’avenir dans les forces armées.

 

Source: Corbeau News Centrafrique

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