Africa-Press – CentrAfricaine. Ce mardi 7 avril 2026, l’entrée de la mairie de Bimbo ressemblait de nouveau à un champ de bataille: chants, cris, sifflets et une foule d’usagers bloqués devant des portes hermétiquement fermées. Le personnel municipal a officiellement lancé une grève illimitée, marquant une nette escalade dans leur mouvement de protestation.
Les agents ne supportent plus la situation. Depuis 12 mois, ils travaillent sans percevoir le moindre salaire. Douze mois d’arriérés couvrant les années 2024 et 2025. Douze mois où ces employés continuent d’assurer (quand ils le peuvent) des services essentiels comme la délivrance d’actes de naissance, les légalisations de documents et autres formalités administratives, tout en rentrant chez eux les mains vides.
Des usagers venus ce matin pour faire enregistrer la naissance de leurs enfants témoignent de leur impuissance:
« Nous sommes venus pour les actes de naissance et ils nous ont dit qu’ils sont en grève car depuis 12 mois ils ne sont pas payés. On ne sait plus quoi faire. » Une pancarte posée à l’entrée résume tout: « Réclamation de 12 mois d’arriérés de salaire ».
Fabien Arsis-Songo, délégué du personnel, est clair et ferme:« C’est la troisième ou quatrième phase de notre grève. Nous avons été patients. On nous a demandé d’attendre avant les élections, puis après les élections, puis jusqu’au 25 mars pour que notre situation soit décomptée. La base a décidé qu’elle ne peut plus supporter. S’il n’y a pas de salaire, il n’y aura rien. Sans paiement effectif des salaires dus, aucune reprise d’activité n’est envisageable. »
La grève avait déjà commencé par étapes depuis le 3 février 2026, avec des préavis et des arrêts de travail progressifs. Aujourd’hui, ils passent à la vitesse supérieure: grève illimitée.
Comment est-il possible, en 2026, qu’une administration publique laisse ses agents travailler pendant un an entier sans les payer? Comment peut-on exiger d’eux qu’ils assurent un service public vital pour les citoyens (surtout pour des actes de naissance, documents indispensables dans la vie quotidienne) tout en les condamnant à la précarité la plus totale?
Ce n’est pas une exception dans le pays depuis des nombreuses années. Les mêmes problèmes de paiement chronique des salaires touchent d’autres mairies dans la capitale centrafricaine Bangui et dans plusieurs communes de province. La mairie de Bimbo n’est que l’exemple visible d’une gestion défaillante qui se répète.
Dans un pays qui sollicite régulièrement l’aide internationale, on est en droit de se poser des questions:
Où passent les ressources allouées aux collectivités territoriales?Pourquoi les autorités locales et nationales ne trouvent-elles pas de solution durable?N’est-il pas temps de solliciter ouvertement les partenaires techniques et financiers (Union européenne, Banque mondiale, autres bailleurs) pour assainir les finances municipales, mettre en place des mécanismes de paiement fiables et éviter que ce genre de crise ne paralyse régulièrement les services de base?
La réalité du pays apparaît ici: des agents publics qui font preuve d’une patience remarquable finissent par craquer après un an sans salaire, tandis que les citoyens ordinaires, déjà confrontés à de multiples difficultés, se retrouvent bloqués dans leurs démarches administratives les plus élémentaires.
Source: Corbeau News Centrafrique
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