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Le Haut Conseil de la Communication (HCC) vient de publier son appel à candidature pour remplacer le regretté Simon Pierre Ndouba. Derrière la solennité de l’annonce se cache une réalité qui donne la nausée: 50 000 francs CFA de frais de dossier “non remboursables” pour postuler à une fonction censée servir l’intérêt public. Bienvenue dans la République centrafricaine version septième République des mafieux, où même les institutions de régulation transforment le service public en commerce juteux.
Cinquante mille francs ! Pour déposer un dossier ! Le Haut Conseil de la Communication a visiblement oublié qu’il s’agit d’une fonction publique, pas d’un poste dans une multinationale. Cette somme représente plus du salaire mensuel de nombreux fonctionnaires centrafricains, mais apparemment, c’est le prix à payer pour avoir le privilège de servir son pays. L’institution qui devrait garantir l’équité dans les médias commence par exclure les candidats les moins fortunés. L’ironie est savoureuse.
Les critères de sélection méritent également le détour. “Candidature masculine exclusive“, précise le texte sans la moindre gêne. En 2025 ! Pendant que le monde entier prône l’égalité des sexes, le HCC centrafricain assume tranquillement sa vision moyenâge
use. Les femmes journalistes peuvent aller voir ailleurs si elles y sont. Ici, la régulation des médias reste une affaire d’hommes, point final.
Mais le plus beau reste la liste des pièces à fournir. Casier judiciaire, certificat de nationalité, copies certifiées conformes… L’administration centrafricaine adore la paperasse, c’est bien connu. Chaque document représente des heures d’attente dans les bureaux non climatisés , des frais supplémentaires, des tampons à récolter. Et au final, pour quoi? Pour enrichir un “comité” présidé par un certain Tita samba Solé , coordinateur de la “composante 3 en charge de la réintégration socio-économique”. Un titre à rallonge qui ne dit rien de ses compétences en matière de médias.
L’exigence d’être “intégré dans la fonction publique pour le compte du ministère de la Communication” transforme cette sélection en concours réservé. Exit les journalistes indépendants, les professionnels du privé, tous ceux qui ont bâti leur carrière en dehors du giron étatique. Seuls les fonctionnaires ont droit au chapitre. Une façon élégante de s’assurer que seuls les courtisans du pouvoir pourront postuler.
La condition des “dix ans d’expérience” sonne comme une blague dans un pays où les médias professionnels se comptent sur les doigts d’une main. Combien de journalistes centrafricains peuvent se targuer d’une décennie d’expérience continue dans des structures dignes de ce nom? Cette exigence élimine d’office une génération de professionnels qui auraient pu apporter un sang neuf à l’institution.
Le passage sur les “droits civiques et politiques” et l’interdiction d’appartenir à une “formation politique” relève de l’hypocrisie pure. Dans un pays où tout est politique, où chaque nomination passe par les réseaux partisans, prétendre chercher des candidats “neutres” équivaut à chercher des licornes. Le HCC veut des professionnels dépolitisés dans un système entièrement politisé. Logique imparable.
Au final, cette procédure de recrutement ressemble plus à une opération commerciale qu’à une sélection basée sur le mérite. Cinquante mille francs multipliés par le nombre de candidats, cela fait une jolie somme pour le “comité” organisateur. Pendant ce temps, les médias centrafricains continuent de végéter, faute d’une régulation efficace et indépendante.
Simon Pierre Ndouba doit se retourner dans sa tombe en voyant comment son successeur sera choisi. Lui qui avait tenté d’apporter un peu de dignité à cette fonction se retrouve remplacé par un processus qui transforme le service public en business privé. Le Haut Conseil de la Communication cherche un remplaçant? Il ferait mieux de commencer par se remplacer lui-même.
En attendant, les 50 000 francs CFA continueront de tomber dans les caisses du comité, et la régulation des médias centrafricains restera ce qu’elle a toujours été: une fiction budgétivore au service des intérêts particuliers. Tita Samba Solé et ses collègues peuvent dormir tranquilles, ils ont trouvé le moyen de faire payer leurs salaires par les candidats eux-mêmes.
Source: Corbeau News Centrafrique
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