Maxime Balalou Et La Propagande Wagner

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Maxime Balalou Et La Propagande Wagner
Maxime Balalou Et La Propagande Wagner

Africa-Press – CentrAfricaine. Le cas de l’ancien ministre Armel Sayo n’est plus seulement celui d’un homme disparu, bien au contraire, c’est celui d’un homme enlevé deux fois, livré aux mercenaires russes, et torturé dans une prison sécrète au vu et su du gouvernement centrafricain.

Rappelons les faits dans leur ordre. Armel Sayo, arrêté le 17 janvier 2025 à l’aéroport de Douala et extradé vers Bangui le 5 mai, était détenu à la prison de l’OCRB puis au camp de Roux. Le 7 juillet 2025, il a été extrait de sa cellule sur décision personnelle du président Touadéra, avant de disparaître dans la nuit du 7 au 8 juillet entre les mains des mercenaires de Wagner. C’était le premier enlèvement, et il a déclenché un déluge médiatique avec près d’un millier d’articles publiés à travers le monde.

Face à cette pression, et sous les injonctions conjuguées du président camerounais Paul Biya, de l’ambassade de France et du Comité international de la Croix-Rouge, le gouvernement centrafricain a dû faire quelque chose qu’aucun État souverain ne devrait jamais faire: supplier des mercenaires étrangers de lui rendre l’un de ses propres citoyens. Touadéra et ses hommes ont donc négocié avec Wagner, ceux-là mêmes qui avaient enlevé Sayo, pour obtenir son retour. Ce seul fait dit tout sur qui détient le vrai pouvoir à Bangui.

Ramené et présenté devant le juge d’instruction à deux reprises — ce que le site Corbeau News a documenté, Sayo semblait avoir retrouvé un cadre légal minimal. Mais cette façade judiciaire s’est effondrée aussitôt après ces comparutions. Sans explication, sans décision de justice rendue publique, il a de nouveau disparu. Ni sa famille, ni ses avocats, ni aucun journaliste n’ont pu savoir où il avait été conduit. C’était le deuxième enlèvement, plus discret que le premier, mais tout aussi délibéré.

Aujourd’hui, des sources concordantes signalent Armel Sayo au camp de Mpoko, dans l’enceinte de l’aéroport international de Bangui, un périmètre entièrement contrôlé par Wagner et hermétiquement fermé à tout visiteur extérieur. Ce lieu n’est pas une prison au sens légal du terme — c’est un territoire russe en plein cœur de la capitale, où les lois centrafricaines n’ont aucune prise. Selon plusieurs témoignages recueillis, les détenus qui y sont conduits subissent des sévices quotidiens, loin de tout regard humain.

C’est dans ce contexte précis que Maxime Balalou continue de prendre la parole. Et ce qu’il dit mérite qu’on s’y arrête. Cet homme fait le louange du dictateur de Bangui Faustin-Archange Touadera. Il raconte que ce dernier est un défenseur des droits, un homme de Dieu incapable de faire de mal à quelqu’un. Il parle de Dieu, se drape dans les valeurs de paix et de dignité humaine lors de chacune de ses sorties publiques. Mais pendant que Wagner torture des hommes à quelques kilomètres de son bureau, Balalou répète que la justice suit son cours, que l’État est souverain, que tout est normal.

On peut alors poser la question clairement: où est l’homme de Dieu quand des êtres humains crient sous la douleur dans un camp secret? Où est l’homme de paix quand un ancien ministre est livré à des mercenaires criminels pour y être brisé lentement? Défendre publiquement un régime qui cautionne de telles pratiques, ce n’est pas un acte de loyauté politique — c’est une complicité morale que ni la rhétorique religieuse ni les belles formules ne peuvent effacer.

Rappelons que pour tenter de justifier l’extraction de Sayo, Balalou a brandi des “preuves” découvertes dans sa cellule: des téléphones et un prétendu plan d’attaque contre Bangui. Mais des témoins présents lors de la fouille du 4 juillet affirment que c’est Cédric Gbaka, conseiller en sécurité de Touadéra, qui s’est rendu en personne à la prison accompagné de mercenaires russes pour y déposer lui-même ces objets. La mise en scène était grossière, mais elle a suffi à déclencher la mécanique d’une justice aux ordres.

Le gouvernement avait aussi diffusé, le 18 juillet, une vidéo manifestement fabriquée par intelligence artificielle pour accréditer l’idée qu’Armel Sayo était vivant et en bonne santé. Le lendemain, ces mêmes autorités dénonçaient une photo d’un homme ensanglanté en l’attribuant à des manipulations de l’opposition. Ce retournement révèle jusqu’où le régime est prêt à aller pour façonner la vérité à sa convenance, et combien Balalou sert d’écran entre cette vérité et l’opinion publique.

Ce qui se construit derrière tout cela ressemble à une mort programmée au ralenti. On n’exécute pas Sayo publiquement — on use son corps jour après jour dans un lieu secret, on le prive de soins, on le soumet à des traitements qui détruisent progressivement sa résistance physique. Et quand il mourra, le communiqué officiel parlera de maladie, de mort naturelle en détention, d’un destin regrettable mais inévitable. C’est un scénario que les familles de disparus centrafricains ont appris à reconnaître.

Balalou et ceux qui cautionnent ce traitement ont peut-être calculé que la pression internationale finira par s’essouffler, comme elle s’essouffle toujours. Mais le deuxième enlèvement d’Armel Sayo — intervenu après que le monde entier avait crié lors du premier — montre que le régime ne cherche plus à convaincre. Il cherche à épuiser. À épuiser les familles, les avocats, les journalistes, les diplomates, jusqu’à ce que le silence s’installe de lui-même et que l’ancien ministre disparaisse de la mémoire collective avant même de disparaître physiquement. Et Maxime Balalou, l’homme de Dieu, l’homme de paix, est là pour accompagner cet épuisement avec des mots bien choisis et un sourire de circonstance, pendant que Wagner fait le reste dans le camp de Mpoko.

Source: Corbeau News Centrafrique

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