Sylvain Patassé Rejoindra-t-il Armel Sayo En Prison

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Sylvain Patassé Rejoindra-t-il Armel Sayo En Prison
Sylvain Patassé Rejoindra-t-il Armel Sayo En Prison

Africa-Press – CentrAfricaine.
Dans une interview exclusive publiée ce 12 mars 2026 sur Centrafrica.com, le député sortant Sylvain Patassé, fils de l’ancien président Ange-Félix Patassé et candidat de son parti, le Parti Centrafrique Nouvel Élan (CANE), allié pourtant de la majorité présidentielle, sort de son silence pour parler de sa victoire volée par des juges constitutionnels.

Réélu dès le premier tour le 28 décembre 2025 dans la 2e circonscription de Nana-Bakassa avec 54 % des voix selon les résultats de l’Autorité Nationale des Élections, il voit son succès balayé d’un revers de plume par le Conseil constitutionnel de Jean Pierre Waboué et consorts le 27 février 2026. Motif invoqué: Une accusation portée par son principal challenger, candidat et membre du parti au pouvoir le Mouvement Cœurs Unis. D’après ce farfelu motif, Patassé Sylvain aurait financé à hauteur de 20 millions un groupe armé rebelle pour lui empêcher de battre campagne.

L’annulation du scrutin est donc motivée par des faits d’une « extrême gravité », comme l’admet lui-même Patassé dans l’interview: « On m’accuse d’avoir financé un groupe rebelle, ce qui est une affirmation extrêmement sérieuse, mais à ce jour aucune preuve concrète n’a été rendue publique pour étayer ces allégations ».

Le Conseil constitutionnel, juge unique des contentieux électoraux dans le pays, a donc tranché sur la base d’une simple requête électorale, d’une parole, sans que les éléments de preuve ne soient soumis à une instruction contradictoire.

C’est là que le bât blesse, et Sylvain Patassé le pointe du doigt avec une lucidité rare bien qu’il n’a que le niveau baccalauréat littéraire: « Dans un cas aussi grave, la démarche normale aurait été que le Ministère public s’autosaisisse afin de faire toute la lumière sur de tels faits, plutôt que de se limiter à une annulation du scrutin. »

Pourquoi le parquet n’a-t-il pas été saisi? Pourquoi aucune enquête pénale n’a-t-elle été ouverte sur un délit qui relève du Code pénal, soutien à un groupe armé, potentiellement qualifiable de financement du terrorisme ou de rébellion? Par ce que cette accusation ne vient pas de Wagner?

Le challenger de Patassé n’a déposé qu’une requête en annulation électorale ; aucun dépôt de plainte pénale n’a été rendu public. Le procureur général, pourtant habilité à l’auto-saisine en matière de crimes graves touchant à la sécurité de l’État, est resté muet comme une carpe dans l’eau dans une bassine de Baba Kongoboro. Conséquence: les juges constitutionnels décident et rendent une décision constitutionnelle qui fait office de verdict pénal sans jamais avoir franchi la porte d’un juge d’instruction.

Ce vide judiciaire n’est pas une anodin. En Centrafrique, où les groupes armés ont longtemps fragmenté le territoire, une telle accusation devrait déclencher une cascade pénale immédiate: perquisitions, auditions, saisie des avoirs comme à l’accoutumée. Rien de tout cela. On reste dans le registre électoral, circonscrit à Nana-Bakassa.

Patassé, lucide malgré son état dépressif, menace et annonce de défoncer: « Si les autorités judiciaires ne se saisissent pas de cette affaire, je me réserve le droit de les saisir moi-même afin qu’une procédure permette d’établir la vérité. » Il respecte la décision du Conseil mais refuse le déshonneur sans preuves.

Le contexte politique rend le silence du parquet encore plus suspect. Le challenger de Patassé appartient au MCU, parti du pouvoir. Patassé, via son parti le CANE, est un allié de la majorité mais incarne une figure historique (fils d’un ex-président) et un enracinement local fort. L’annulation permet une reprise du scrutin où le candidat du MCU pourrait, cette fois, l’emporter grâce aux actions de Ngamana. Une rivalité intra-majorité qui se règle par le Conseil constitutionnel plutôt que par les urnes ou les tribunaux ordinaires? Le soupçon de manipulation plane.

Cette affaire s’inscrit en réalité dans une guéguerre plus large au sein du MCU et de la majorité présidentielle, centrée sur la course au perchoir de l’Assemblée nationale.

Simplice Mathieu Sarandji, président sortant de l’Assemblée et proche historique du président Touadéra, fait face à l’ambition dévorante d’Évariste Ngamana, premier vice-président de l’Assemblée, porte-parole du MCU et député Anti-Balaka de Carnot. Ngamana, ancien chef milicien Anti-Balaka à Carnot, nourrit depuis des années l’objectif de s’emparer du fauteuil de président de l’Assemblée. Selon nos informations concordantes issues de la scène politique Bangui et relayées dans les coulisses du pouvoir que la Rédaction du CNC a pu obtenir, Sylvain Patassé est perçu par le clan Ngamana comme un proche ou un pro-Sarandji. L’annulation de son élection via le Conseil constitutionnel, sur requête de son challenger MCU, viserait ainsi à affaiblir l’influence sarandjiste en installant un député loyal à Ngamana, ce dernier ayant juré allégeance à ce dernier et promis son vote pour lui comme futur président de l’Assemblée.

Ironie du sort: Évariste Ngamana lui-même est un ancien chef de milice Anti-Balaka à Carnot, un passé trouble souvent évoqué dans la presse centrafricaine, sans que le Conseil constitutionnel n’ait jamais invalidé son élection ou ouvert d’enquête approfondie sur d’éventuels liens armés. Le même Conseil qui a annulé le scrutin de Patassé pour une accusation similaire ferme les yeux sur le cas Ngamana, illustrant un deux poids, deux mesures flagrant au sein de la majorité. Cette sélectivité renforce le soupçon d’instrumentalisation institutionnelle dans la lutte pour le contrôle de l’Assemblée, où Sarandji et Ngamana se disputent âprement le leadership, avec des alliances et des règlements de comptes qui passent par les urnes, les contentieux électoraux et les tractations internes au MCU.

Armel Sayo, neveu de l’ancien président Ange-Félix Patassé, ancien chef du mouvement rebelle Révolution et Justice (RJ) et ex-ministre, croupit depuis son extradition du Cameroun en janvier 2025 à la prison militaire du camp Roux, poursuivi pour crimes de guerre présumés. Deux figures de la famille Patassé, deux accusations liées aux groupes armés, deux trajectoires qui pourraient converger vers les mêmes geôles. Sylvain Patassé risque-t-il le même sort?

Pour l’heure, rien ne le prouve: aucune poursuite pénale n’est engagée contre lui, et le groupe armé visé n’est même pas nommé dans la décision. Mais le précédent Sayo montre que, en Centrafrique, une accusation de lien avec les rebelles peut suffire à briser une carrière politique sans que la justice ordinaire ait toujours le dernier mot.

Sylvain Patassé se dit serein pour le scrutin de reprise: « Mon engagement auprès des populations de ma circonscription est ancien, constant et connu de tous. » Il n’a pas tort de miser sur son ancrage. Mais le vrai test pour la démocratie centrafricaine n’est pas là. Il est dans cette question restée sans réponse: pourquoi le parquet reste-t-il aux abonnés absents face à une accusation de financement d’un groupe armé? Tant que cette faille persistera, et tant que des figures comme Ngamana bénéficieront d’une impunité sélective, l’annulation électorale ressemblera moins à une victoire de l’État de droit qu’à un coup de force institutionnel habillé de légalité, au service des ambitions personnelles au sein du pouvoir. Et Patassé, comme Sayo avant lui, pourrait bien découvrir que, en Centrafrique, la présomption d’innocence s’arrête aux portes du Conseil constitutionnel de Waboué.

Il est fortement conseiller de rappeler que ce n’est pas aujourd’hui que la Cour constitutionnelle et les tribunaux du régime se comportent de cette manière. Si le régime veut faire chuter un candidat, il fabrique des raisons bidon, souvent sans preuves tangibles ni instruction contradictoire. Cela ne concerne pas seulement Sylvain Patassé. Dans la localité de Boire, un ex-chef rebelle devenu candidat du parti au pouvoir a déposé un recours devant le tribunal administratif qui a miraculeusement invalidé son concurrent ; le Conseil constitutionnel a ensuite validé cette décision sans sourciller. C’est incroyable, mais cela se passe bel et bien ainsi.

Les faits graves devraient normalement pousser le tribunal de grande instance à se saisir du dossier pour enquêter sérieusement. Or, même en l’absence totale de preuves solides, on avance sans poursuites contre l’accusateur ni contre l’accusé. L’un devrait produire des éléments concrets pour étayer ses dires, l’autre devrait pouvoir se défendre devant une juridiction pénale ordinaire. Au lieu de cela, silence radio, invalidation rapide, et on passe à autre chose. Quelle est cette histoire? Vraiment, ces pratiques répétées montrent que les institutions judiciaires servent trop souvent des intérêts politiques plutôt que la justice elle-même.

 

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