Africa-Press – CentrAfricaine. Il a le vent en poupe depuis plusieurs années. Pourtant, quand on passe en revue les études scientifiques, le jeûne intermittent a de quoi décevoir. La méthode ne montre pas de résultats supérieurs aux méthodes diététiques classiques ches les personnes en surpoids et obèses. Pire, dans certains cas, les effets sont à peine mieux que si… l’on ne fait rien du tout, selon la revue publiée par Cochrane, un réseau mondial, indépendant et à but non lucratif de professionnels de santé. « Pour perdre du poids, le jeûne intermittent montre des résultats similaires aux approches diététiques classiques. Ce n’est pas mieux, ni moins bien », explique Luis Garegnani, premier auteur de l’étude et membre du réseau Cochrane. « Ajouté à cela, lorsqu’on compare le jeûne intermittent au fait de ne rien changer du tout à sa façon de manger, on ne voit qu’une infime différence. Les participants perdent environ 3% de leur masse corporelle, ce qui est bien en dessous des 5% considérés comme un seuil clinique parlant. » Plusieurs types de jeûne intermittent évalués Le jeûne intermittent fait partie des sujets difficiles à évaluer. En effet, la plupart des études se concentrent sur des périodes de temps courtes, quelques semaines à quelques mois. Pour l’évaluer sur un temps long, il faut s’assurer que les participants continuent d’adhérer à ce régime alimentaire sans perdre en motivation et laisser cette routine de côté. Dans ses travaux, le réseau Cochrane s’est concentré sur 22 études randomisées, comprenant 1995 adultes en surpoids ou obèses à travers le monde, et suivis sur un total d’une année. Plusieurs types de jeûne intermittent ont été inclus dans l’étude. Le jeûne durant plusieurs heures de la journée d’abord. Concrètement, il s’agit, pour commencer, d’étaler ses repas sur 12 heures de la journée, puis de jeûner les 12 suivantes. Des variantes plus extrêmes consistent à manger sur une période de 8 heures dans la journée, puis d’en jeûner 16. Un autre type de jeûne inclus dans l’étude s’appelle le jeûne 5: 2 ; après avoir mangé normalement pendant cinq jours, la pause alimentaire se fait ensuite sur deux jours consécutifs. Enfin, le jeûne un jour sur deux a aussi été pris en compte. Un régime populaire, dont les preuves restent faibles Pourtant, le jeûne intermittent reste une méthode très populaire pour essayer de perdre du poids. « On en parle partout dans les médias et sur les réseaux sociaux. Il est aussi de plus en plus utilisé dans un cadre clinique. Mais malgré cette visibilité, les preuves scientifiques restent très faibles », expliquent les chercheurs. Dans un premier temps, les personnes qui jeûnent commencent par voir une perte de poids, « ce qui crée chez elles du renforcement positif et des témoignages enthousiastes. » Ajouté à cela, la méthode se caractérise par sa simplicité. La seule règle consiste à ne pas manger. « Certains trouvent que c’est plus facile à suivre qu’un régime traditionnel. » En parallèle, de nombreuses personnes rapportent se sentir plus énergiques, avoir plus de clarté mentale ou un appétit réduit. « Mais rien de tout cela n’est démontré scientifiquement. Nous n’avons mesuré aucun progrès sur la qualité de vie des participants puisqu’aucune des 22 études n’a inclus ce paramètre dans la recherche », regrette Luis Garegnani, qui insiste sur l’importance d’intégrer cette variable dans de futurs travaux. « Pas une méthode miracle » Mais alors, pourquoi le jeûne intermittent ne montre-t-il que des résultats mitigés? « La perte de poids est influencée par de nombreux facteurs, le comportement, l’environnement, l’adhésion à long terme, pas simplement les habitudes de prise alimentaire », rappelle Eva Madrid, responsable de la branche Cochrane du Chili et autrice de ces travaux. « Ce qu’il faut retenir de nos travaux, c’est que le jeûne intermittent n’est pas une méthode miracle. Mais il peut représenter une piste pour essayer de contrôler son poids. Les médecins et leurs patients doivent prendre une décision au cas par cas. » Reste donc à comprendre quels mécanismes rendent le jeûne intermittent si inefficace. Parmi les pistes possibles figurent le rôle du rythme circadien sur le métabolisme, ou encore une possible sédentarité accrue au moment de jeûner, lorsque le corps dispose de moins d’énergie. Autant de facteurs à évaluer lors de prochaines études sur le sujet. Pour plus d’informations et d’analyses sur la CentrAfricaine, suivez Africa-Press
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