Africa-Press – CentrAfricaine. Six usines blindées d’extraction aurifère ont été installées par Wagner à Ndachima. Ces forteresses sont protégées par des clôtures de fer et des mines terrestres enfouies tout autour.
Les six centres d’extraction se trouvent à environ 5 kilomètres du croisement de Ndachima, dans la préfecture de la Ouaka. Wagner a choisi d’implanter ces installations en pleine forêt pour garantir leur discrétion et limiter les accès. La localité minière située à 60 kilomètres de Bambari abrite désormais ces complexes qui constituent de véritables forteresses impénétrables.
Chaque usine est entourée de clôtures constituées de barres de fer blindées. Ces barrières métalliques forment la première ligne de défense contre toute tentative d’intrusion non autorisée. Mais la protection ne s’arrête pas à ces clôtures visibles.
Dans les forêts environnant les six installations, les mercenaires russes ont enfoui de nombreuses mines terrestres. Ces engins explosifs rendent toute circulation aux alentours extrêmement dangereuse pour quiconque ne connaît pas leur emplacement exact. La combinaison des clôtures blindées et des mines antipersonnel transforme la zone en territoire mortel pour les personnes non habilitées.
Personne ne peut se hasarder à s’approcher de ces sites sans risquer sa vie. Les habitants de Ndachima savent que franchir ce périmètre de sécurité équivaut à un arrêt de mort quasi certain. Seuls les employés recrutés par Wagner peuvent pénétrer dans ces enceintes fortifiées.
À l’intérieur des usines, les mercenaires russes embauchent des jeunes de Ndachima. Ces ouvriers travaillent de 7 heures du matin à 19 heures du soir, soit environ 12 heures de labeur quotidien dans les installations d’extraction. Pour ces longues journées harassantes passées à extraire l’or, chaque employé reçoit la somme de 2 000 francs CFA.
Cette rémunération dérisoire pour 12 heures de travail épuisant ne permet même pas de subvenir décemment aux besoins d’une famille. Après avoir terminé leur service à 19 heures, les ouvriers rentrent chez eux pour revenir le lendemain matin à 7 heures reprendre le même cycle. Wagner impose un contrôle total sur l’activité économique de ses employés.
Les mercenaires interdisent aux travailleurs d’exercer toute autre occupation en dehors du travail dans leurs usines. Quiconque veut gagner sa vie dans la zone doit obligatoirement passer par l’emploi proposé par les Russes. Cette mainmise s’étend même aux déchets générés par l’exploitation minière.
Lorsque Wagner extrait l’or du sous-sol, les ouvriers retirent d’abord plusieurs couches de sable aurifère. Ces premiers résidus sont ensuite transportés et déversés dans des zones que les mercenaires appellent poubelles. Malgré leur appellation, ces tas contiennent encore parfois de minuscules pépites d’or que des jeunes aimeraient récupérer.
Des ouvriers de Ndachima et de localités voisines se regroupent parfois pour aller ramasser ces déchets. Ils lavent ensuite ces résidus dans l’espoir de trouver au moins une bichette d’or de la taille d’une allumette. Mais les mercenaires russes refusent catégoriquement cette pratique de récupération.
Quand Wagner ou les forces de l’ordre travaillant pour eux surprennent ces jeunes sur les sites de déversement, ils tirent sur eux. Certains sont assassinés sur place d’une balle dans le corps. D’autres sont grièvement blessés comme ce fut le cas mercredi dernier pour un jeune ouvrier touché à la jambe.
Les contrevenants capturés vivants subissent un traitement tout aussi terrible. Les Russes regroupent ces jeunes et les emprisonnent dans des conteneurs métalliques qu’ils utilisent comme prisons. À l’intérieur de ces espaces confinés et étouffants, les détenus ne reçoivent que de l’eau sans aucune nourriture pendant plusieurs jours.
Après cette période de détention dans des conditions inhumaines, les prisonniers sont ensuite transférés à la gendarmerie de Bambari. Pour recouvrer leur liberté, chaque détenu doit payer une amende d’au moins 100 000 francs CFA. Cette pratique transforme la simple tentative de survie en infraction passible d’emprisonnement et de sanctions financières.
L’accès aux six usines d’extraction reste totalement fermé à toute personne extérieure au groupe Wagner. Aucun gendarme centrafricain ne peut y pénétrer sans autorisation expresse des mercenaires. Même les ministres du gouvernement n’ont pas le droit d’entrer dans ces installations sans l’aval des Russes.
Pas même le président de la République ne peut franchir ces portes sur simple décision. Cette autonomie totale confère à Wagner un pouvoir absolu sur ce territoire qu’il considère comme son domaine exclusif. Les mercenaires ont transformé Ndachima en État dans l’État où seule leur loi s’applique.
À l’intérieur de ces complexes hermétiquement clos, les Russes transforment l’or brut extrait en lingots. Ils conditionnent le métal précieux par kilos pour faciliter son transport et son exportation. Chaque semaine, des hélicoptères appartenant à Wagner atterrissent sur les sites avec des caisses vides.
Les appareils repartent ensuite chargés de ces lingots d’or soigneusement emballés. La cargaison est acheminée vers Bangui où elle est transférée dans des avions. De la capitale centrafricaine, l’or prend la direction de l’extérieur du pays vers des destinations que seuls les mercenaires connaissent.
Cette exploitation massive trouve sa justification dans la richesse exceptionnelle du sous-sol de Ndachima. La région constitue l’une des bases les plus importantes de gisements aurifères de toute la République centrafricaine. Les réserves d’or enfouies dans cette zone sont évaluées à plusieurs milliards de dollars.
Wagner a obtenu le contrôle exclusif de ce site en échange de son soutien militaire au régime. Les mercenaires russes assurent la protection du président Faustin-Archange Touadéra et en retour ils exploitent librement les richesses minières. Cette transaction leur permet de faire absolument tout ce qu’ils veulent sans rendre de comptes à personne.
Les gendarmes centrafricains n’échappent pas à l’autorité des Russes. Wagner peut arrêter un gendarme, le gifler publiquement, le frapper violemment ou le mettre en prison sans justification. Les policiers subissent le même sort quand ils déplaisent aux mercenaires.
Personne dans le pays ne peut lever le petit doigt devant les agissements de Wagner. Cette impunité totale crée un climat de terreur dans toute la zone minière. Les forces de sécurité centrafricaines censées protéger la population se retrouvent elles-mêmes soumises aux ordres des étrangers.
Dans les quartiers de Ndachima, les habitants expriment ouvertement leur colère et leur désespoir. La population accuse directement le président Touadéra d’avoir amené ces mercenaires sur leur terre. Les résidents considèrent les Russes comme des voyous qui pillent les richesses ancestrales sans aucun respect pour les populations locales.
Les terres que leurs ancêtres exploitaient librement pendant des générations sont désormais confisquées. Les habitants ne peuvent même plus récupérer les poubelles minières pour tenter de survivre. Pour eux, cette situation relève de la criminalité organisée avec la complicité du pouvoir en place
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