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La préfecture de la Mambéré, à la frontière du Cameroun, vit dans l’insécurité faute de forces de sécurité suffisantes pour contrôler cette zone stratégique.
Dans la préfecture de la Mambéré, à l’ouest de la RCA, la situation sécuritaire se dégrade jour après jour. Honoré Kinda, gouverneur de la région de l’Équateur, l’a reconnu lors d’un entretien accordé à RNL en mai 2025: la frontière avec le Cameroun reste incontrôlée et les bandits en profitent largement.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le gouverneur compte sur les doigts d’une main les forces disponibles: « trois, quatre, cinq » gendarmes au total, et pas un seul policier. Cette faiblesse numérique transforme d’immenses territoires en zones de non-droit où les criminels agissent sans craindre de sanctions.
Sur l’axe Carnot-Baoro, les attaques contre les commerçants et transporteurs se multiplient. Les malfaiteurs ont trouvé refuge dans les forêts d’où ils sortent pour braquer leurs victimes avant de disparaître à nouveau. Sans moyens de transport ni équipements adaptés, les quelques gendarmes présents ne peuvent pas les poursuivre efficacement.
Pourtant, Honoré Kinda parle de « dispositions » pour améliorer la sécurité, mais reste évasif sur les mesures concrètes à prendre. Cette imprécision montre l’embarras d’une administration qui ne dispose pas des moyens nécessaires pour résoudre le problème.
Le gouverneur reconnaît d’ailleurs que les forces de défense et de sécurité manquent cruellement de moyens logistiques. Cette pénurie les empêche de mener des opérations efficaces contre les groupes criminels qui connaissent parfaitement le terrain et bénéficient de complicités locales.
En outre, l’appui constant de la MINUSCA, régulièrement évoqué par le gouverneur, montre que l’État centrafricain ne parvient pas à assumer seul ses responsabilités sécuritaires. Cette dépendance aux forces internationales pour maintenir l’ordre dans ses propres territoires pose question sur la capacité du gouvernement à exercer sa souveraineté.
La porosité de cette frontière ne facilite pas seulement le banditisme. Elle permet aussi le développement de trafics en tout genre: armes, marchandises de contrebande, personnes, qui échappent totalement au contrôle des autorités.
Il y’a lieu de noter que la Mambéré occupe une position stratégique pour les échanges avec le Cameroun. Cette zone pourrait générer d’importantes recettes douanières et stimuler l’économie locale. Mais l’insécurité décourage les investisseurs et paralyse le commerce légal.
Les habitants vivent sous la menace permanente des bandits armés. Ils limitent leurs déplacements et adaptent leurs activités économiques pour éviter les zones dangereuses. Cette peur constante freine le développement de toute la région.
Le gouverneur organise bien des réunions de sécurité avec les officiers de Carnot et Baoro, mais ces rencontres ne changent rien à la réalité du terrain. Sans hommes, sans véhicules, sans carburant, les bonnes intentions restent lettre morte.
L’État centrafricain abandonne de fait cette région frontalière à son sort. Il reconnaît ses défaillances mais ne mobilise pas les ressources nécessaires pour y remédier. Cette passivité transforme progressivement la Mambéré en territoire de non-droit où les citoyens se retrouvent livrés à eux-mêmes face aux criminels.
Cette situation compromet non seulement la sécurité des populations locales, mais aussi l’intégrité du territoire national. Une frontière non surveillée devient rapidement une porte d’entrée pour tous les trafics et toutes les menaces qui déstabilisent l’ensemble du pays….
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