Nassuf Ben Amad
Africa-Press – Comores. Un an et demi depuis le crash d’un avion loué par AB Aviation au large de Mohéli, nous avons interrogé son directeur général Ayad Bourhane pour connaitre les nouvelles de ce dossier aux mains de la justice. La question de l’assurance, les 50 millions de francs devant être versés aux familles des victimes en guise de provision, le sort de la compagnie dont l’agrément a été retiré avant d’être restitué…, autant de sujets abordés dans cet entretien accordé à La Gazette des Comores
Question : Un an et demi depuis le crash d’un avion que vous aviez loué auprès de Fly Zanzibar, où en sont les recherches en mer des corps des victimes ?
Ayad Bourhane : Les recherches en mer des victimes ont été stoppés un mois après, à peu près. Après le 22 mars 2022 on avait compris qu’une équipe du BEA a été sollicitée par les autorités comoriennes pour venir reprendre les recherches et aussi ouvrir la partie enquête technique de cet accident. A ce stade on n’a pas eu de retour sur la venue du BEA
Question : Un corps a été retrouvé sur les cotes du lieu supposé du crash. A-t-il été identifié et inhumé ?
Oui il y a eu un corps supposé faire partie des passagers qui a été retrouvé. A notre connaissance ce corps a été pris en charge par les autorités judiciaires de ce pays, notamment le commandement de la gendarmerie nationale au nouveau de Mohéli. A notre niveau, nous n’avons pas eu connaissance de son identification
Question : En dépit des affirmations de l’Anacm qui a confirmé que les passagers étaient bel et bien couverts par une assurance, certains soutienne mordicus le contraire. Que répondez-vous ?
Nous sommes sur la même position que l’Anacm. Il faut savoir qu’une police d’assurance est très simple. La couverture passagers en fait partie. Et cette police d’assurance a été présentée dans le cadre l’assignation au tribunal des familles des victimes contre AB Aviation. Nous avons appelé en garantie aussi bien Fly Zanzibar que l’assureur concerné, Phoenix Tanzania insurance. Ils étaient présents à l’audience et en aucun moment ni Fly Zanzibar ni Phoenix n’ont remis en cause l’authenticité du document d’assurance qui couvrait l’appareil et aussi les passagers. Tout au contraire, Phoenix a trouvé que le nombre d’ayant droit présenté par les familles des victimes était élevé par rapport à son analyse.
Question : Il y avait combien d’ayants droit ?
Il y avait sept victimes dans cette actions en justice contre AB Aviation et cent et un ayant droit. L’assureur a émis des fortes doutes au tribunal par rapport à ce nombre. Nous du coté d’AB Aviation n’avons pas à commenter la position de l’assureur mais ce qui est important à noter, ce que si l’assureur a émis des doutes sur le nombre élevé d’ayant droit, ce que Phoenix a implicitement reconnu le principe que les passagers étaient assurés.
Question : Vous n’avez pas toujours pas versé les 50 millions de francs de provision aux familles des victimes malgré les sollicitations de l’Anacm. Pourquoi ?
Ayad Bourhane : L’Anacm quand elle nous avait parlé de verser les 50 millions de provisions, c’était avant que l’action en justice par les familles des victimes ne soit entamée contre AB Aviation. Nous, en tant que compagnie aérienne, ne pouvions pas verser techniquement 50 millions à des familles des victimes pour la simple raison qu’on n’est pas des assureurs. On ne sait pas qui a droit, qui n’a pas droit, ni comment les calculs sont faits. Seul l’assureur a l’expertise technique pour faire ce type d’opération.
Question : Mais l’assureur finit par rembourser la compagnie tel que prévu par les textes régissant les secteurs aéronautique…
Ayad Bourhane : Quand bien même l’assureur rembourse, mais il va rembourser sur quelle base ? Sur quelle base nous, en tant que compagnie aérienne, nous devions calculer les indemnisations des victimes ? Nous en tant que compagnie aérienne, ne pouvions pas nous substituer à une compagnie d’assurance. Ce que nous essayons de faire en revanche c’est de dire aux familles qu’on est prêts à payer les frais d’avocats et d’expertise. Il faut savoir aussi que dans la foulée de l’accident on avait mis des cellules d’écoute aussi bien à Mohéli qu’à Moroni. On avait pris en charge une psychologue pour accompagner les familles. On a demandé aux familles de s les assister financièrement au niveau de la justice et jusqu’ à maintenant on n’a jamais eu de sollicitation de façon express qu’on aurait refusée.
Question : Depuis le crash de février, vous avez cessé vos activités. Est-ce que vous comptez reprendre ou c’est la fin de la partie ?
Ayad Bourhane : On a eu l’agrément. On est en train de discuter, avec l’entremise de la Chambre de commerce, de la mise en place d’un fond qui sera confié au gouvernement pour ensuite le gérer avec les familles. Les indemnisations aux victimes seront gérées par le gouvernement.
Question : Mais vous venez de dire que vous n’aviez aucune base sur laquelle vous appuyer pour verser ces indemnités…
Maintenant il y a une décision de justice qui somme Phoenix d’indemniser les victimes. Avant, il n’y en avait pas. Donc maintenant on peut payer les 50 millions Kmf en attendant que l’assureur nous rembourse. Il y a eu un reportage de Fcbk FM montrant que AB Aviation n’avait pas assuré ses passagers. Je saisis cette tribune de La Gazette pour alerter et sensibiliser l’opinion de faire attention à ce type d’affirmations qui sont complètement fausses. Fcbk FM n’ont jamais contacté AB Aviation depuis cet accident pour demander à confirmer ou infirmer les informations qu’ils détiennent. Nous constatons que Fcbk FM défendent uniquement les intérêts de Phoenix et non ceux des victimes parce qu’en disant cela ils donnent une force médiatique à l’assureur alors que les informations véhiculées sont fausses.
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