Les enjeux du contrôle de l’information : Contrôler l’opinion africaine à partir de Paris, Londres, Washington…

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Les enjeux du contrôle de l’information : Contrôler l’opinion africaine à partir de Paris, Londres, Washington…
Les enjeux du contrôle de l’information : Contrôler l’opinion africaine à partir de Paris, Londres, Washington…

Moussa Bolly

Africa-Press – Congo Brazzaville. Au moment où les autorités maliennes semblent avoir fait le choix de sacrifier la presse pour réduire l’impact des sanctions de la Cédéao et de l’Uémoa, ceux qui essayent de nous isoler davantage sur la scène internationale ne lésinent pas sur les moyens pour se doter de médias influents au service de leur diplomatie.

Les grandes puissances sont conscientes de l’importance stratégique des enjeux : Se faire entendre et manipuler l’opinion, africaine notamment ! Et cela d’autant plus que «ceux qui contrôlent le diamètre de votre pensée déterminent la circonférence de vos actions» !

RFI et France 24 que nous venons d’interdire de diffusion sur notre territoire ont été créées pour faire entendre la voix de la France et faire face à CNN, Al Jazeera, BBC… Et ce n’est pas un fait du hasard si le gouvernement britannique dépense 600 millions d’euros par an pour la BBC World Service (la branche internationale de la BBC) qui touche 96 millions de personnes en Afrique chaque semaine. Et selon nos informations, c’est la plus grande audience de la chaîne.

Et selon les mêmes sources, la France dépense chaque année 273 millions d’euros sur 3 supports d’information : 140 millions d’euros pour Radio France Internationale (RFI qui touche 40 millions de personnes par semaine, principalement en Afrique) ; 80 millions d’euros pour France 24 (qui touche 45 millions de personnes par semaine, principalement en Afrique) ; et 63 millions d’euros pour TV5, une chaîne de diffusion de la langue et de la culture françaises des pays francophones du monde, qui touche environ 55 millions de personnes par semaine, principalement sur le continent africain.

Pourquoi le gouvernement britannique dépenserait-il 600 millions d’euros chaque année et la France 273 millions d’euros pour informer les populations africaines ? Ce n’est pas pour nos beaux yeux, mais parce qu’ils sont conscients des enjeux politiques, économiques, culturels, géopolitiques et géostratégiques du contrôle de l’information.

«Le moyen le plus efficace de détruire les gens est de nier et de détruire leur propre compréhension de leur histoire», disait George Orwell (nom de plume d’Eric Arthur Blair mort le 21 janvier 1950 à Londres) qui fut écrivain, essayiste et journaliste britannique. Et comme le démontre si bien un spécialiste des médias (L’Afrique profonde : Décolonisation mentale), ces moyens, déguisés pour informer et amuser le peuple africain, n’ont qu’un seul agenda : «corrompre notre compréhension de nous-mêmes, de notre réalité et du monde en implantant dans l’esprit de nos jeunes des idées et des concepts qui nous amènent finalement à croire en ce qui se passera en période de crise politique ou économique» !

La logique qui sous-tend l’énorme domination des médias en Afrique par ces puissances occidentales, avait-il expliqué, est de préparer les Africains à un rôle d’asservissement dans ce monde. «L’arme la plus puissante dans les mains de l’oppresseur est l’esprit de l’opprimé», nous rappelait déjà Steve Biko en attirant notre attention sur ce «processus de déshumanisation» par le contrôle de l’information…

Autrement, nos gouvernants doivent comprendre que la maîtrise de l’information fait aussi partie de l’expression de la souveraineté nationale. Aujourd’hui, c’est comme si nos autorités veulent se mesurer à des pays qui contrôlent l’opinion nationale par des canaux puissants de communication. Dans le concert des nations, ceux qui contrôlent le mieux l’information domineront toujours les autres. Et ce n’est pas en fragilisant les médias nationaux et en finançant la médiocrité aux dépens du professionnalisme que les dirigeants maliens parviendront à briser cette domination !

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