Gabon-Congo : « titrisation des dettes », mode d’emploi

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Gabon-Congo : « titrisation des dettes », mode d’emploi
Gabon-Congo : « titrisation des dettes », mode d’emploi

Africa-PressCongo Brazzaville. Les deux pays recourent à un mécanisme rare pour régler leurs créances au secteur privé et soulager la trésorerie des entreprises. Explications. Le Gabon compte se servir de son emprunt obligataire de 175 milliards de F CFA (267 millions d’euros), dont la période de souscription s’est achevée le 3 juin, pour apurer une partie de sa dette intérieure validée par la Task Force pilotée par Nourredin Bongo Ondimba. À la fin de mars 2021, ces créances étaient estimées à 407 milliards de F CFA.

Au total, 300 entreprises gabonaises sont concernées par ce mécanisme, pour un montant de 87,5 milliards de F CFA de créances dues par Libreville. Pour y parvenir, le Gabon a opté pour la « titrisation » de ces créances.

Rendu tristement célèbre lors de la crise des « subprimes » aux États-Unis, ce mécanisme financier a une longue histoire et une utilité pratique qui dépassent de loin le contexte de sa « médiatisation ».

Liquidité nécessaire

Concrètement, il s’agit de transformer des actifs peu liquides en titres financiers pouvant être échangés plus librement. Par exemple, une entreprise d’électricité ayant un pool de clients engagés contractuellement sur plusieurs années peut transformer ce futur « flux de revenus » en des titres financiers qu’elle peut céder – avec une décote – à d’autres acteurs pour des espèces sonnantes et trébuchantes ; de quoi dégager la liquidité nécessaire pour poursuivre ses autres activités, tandis que les acquéreurs des titres (assureurs, banques, boursicoteurs…) acceptent de réaliser leur plus-value sur du plus long terme.

Ce mécanisme permet de donner un peu d’oxygène aux entreprises Dans le cas des créances dues par Libreville et Brazzaville aux entreprises privées, plutôt qu’une dette de court terme dont le remboursement peut-être incertain, Libreville propose aux entreprises privées de transformer les sommes qui leur sont dues en des obligations de moyen terme, plus sûres, ou alors à les céder avec une décote aux souscripteurs de l’emprunt obligataire.

« Pour schématiser, une entreprise ayant une facture de 1 million de F CFA due par l’État apporte 1 million de F CFA supplémentaire, en espèces, pour obtenir des titres obligataires d’une valeur de 2 millions de F CFA. Si l’entreprise ne dispose pas du cash nécessaire, elle peut céder sa créance de 1 million de F CFA à une banque, qui la paiera moyennant une décote. À charge pour la banque d’ajouter le cash nécessaire pour souscrire à l’emprunt », explique un analyste financier.

Mécanisme de sûreté

Ce mécanisme de titrisation permet de donner un peu d’oxygène aux entreprises en soulageant leur trésorerie. En plus, ces dernières peuvent obtenir rapidement de l’argent frais en cédant les nouvelles obligations aux banques qui, à leur tour, pourront les revendre à la Banque centrale.

L’autre avantage, et non des moindres, offert par l’emprunt obligataire est la garantie du paiement, à travers le mécanisme de sûreté (l’ouverture d’un compte séquestre à la Banque centrale) et l’imposition faite à l’émetteur de se conformer à l’échéancier de remboursement. « Cela n’existe pas forcement dans le cadre d’une dette bilatérale entre État et entreprises. Et même quand cela est le cas, les États ne respectent pas toujours ces contraintes, contrairement à ce qui se passe avec les emprunts obligataires », pointe notre analyste.

Cette solution permet à la fois de réduire la pression de court terme sur les finances publiques et de donner aux créanciers de l’État la liquidité dont ils ont besoin. Les États sortent également gagnants en étirant dans le temps, sur cinq années en l’occurrence, le remboursement de leur dette.

En 2017, déjà, Libreville avait eu recours à un mécanisme similaire pour renflouer les entreprises, en convertissant leurs créances en obligations, à hauteur d’environ 50 milliards de F CFA. La démarche pourrait faire des émules dans la région

Cette démarche a été également adoptée pour la première fois par le Congo, en mars, pour un montant anticipé initialement à 50 milliards de F CFA dans le cadre de l’opération « EOCG 6,25 % Net 2021-2026 » visant à lever 100 milliards de F CFA.

Finalement, cet emprunt obligataire a été sursouscrit à environ 113 milliards de F CFA, dont 69 milliards de F CFA consacrés à la titrisation des créances bancaires et commerciales. La démarche pourrait faire des émules dans la région. Dans les deux cas, Emerald Securities Services Bourse (ESS Bourse), fondé par le Camerounais Christian Din Dika, a été l’arrangeur des opérations.

Réinjecter les fonds

Pour leurs nouvelles obligations, Libreville comme Brazzaville assortissent la transformation des créances d’une obligation de réinjecter les fonds dans l’économie.

Les entreprises visées sont essentiellement celles du BTP impliquées dans les projets d’infrastructures. Libreville accorde une priorité à celles engagées dans les infrastructures du Plan d’accélération de la transformation (PAT 2021-2023) élaboré par McKinsey.

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