Africa-Press – Congo Brazzaville. Située sur la côte adriatique, la ville italienne de Fano est en train d’inscrire son nom sur la carte des sites romains incontournables. En effet, comme l’a annoncé le ministre italien de la culture, Alessandro Giuli, lors d’une conférence de presse en date du 19 janvier 2026, une basilique romaine vient d’y être mise au jour, et pas n’importe laquelle, car elle a été construite par l’un des plus célèbres architectes de l’Antiquité, Vitruve. Recherché depuis longtemps sans succès, l’édifice est ausculté avec minutie afin de prouver son authenticité, et il apparaît qu’il correspond au centimètre près au plan que l’on en connaît. Pour les autorités italiennes, cette découverte marque donc un tournant dans l’histoire de l’architecture et dans la connaissance de l’architecture romaine.
Découverte historique en Italie de la basilique construite par l’architecte romain Vitruve
La ville de Fano est située dans la région des Marches, sur la côte est, au centre de l’Italie, entre Ravenne, au nord, et Ancône, au sud, non loin de la célèbre station balnéaire de Rimini. Son port remonte à l’Antiquité, et elle doit son importance au fait qu’elle se trouvait à un endroit décisif de la Via Flaminia, construite au 3e siècle avant notre ère, entre Rome et Rimini: c’est là en effet que la voie atteignait la côte adriatique avant de remonter vers le nord en longeant le littoral. Sous le règne de Jules César (63-44 avant notre ère), la ville s’est d’abord appelée Fanum Fortunae, d’après le nom d’un temple dédié à la déesse de la chance, puis sous le règne d’Auguste (27 avant notre ère-14 de notre ère), elle prit le nom de Iulia Fanestris. C’est précisément à cette époque qu’a vécu Marcus Vitruvius Pollio, dit Vitruve.
Vitruve est considéré comme le père de l’architecture
Né vers 80 avant notre ère et mort environ 65 ans plus tard, cet architecte et ingénieur aurait d’abord conçu et construit des machines de guerre sous les règnes de Jules César et d’Auguste. Il aurait également participé aux travaux d’extension du réseau d’acheminement d’eau vers Rome. Mais le mystère règne quant aux édifices qu’il a pu construire, alors même que son ouvrage consacré à l’architecture – De architectura, publié vers 30-20 avant notre ère – est devenu une référence, car il s’agit du seul traité d’envergure datant de l’Antiquité qui nous soit parvenu dans son intégralité. La redécouverte des écrits antiques au cours de la Renaissance a permis de diffuser l’ouvrage, dont les principes ont fortement influencé des architectes tel Andrea Palladio et des créateurs tel Léonard de Vinci, comme le démontre le célèbre dessin surnommé « l’Homme de Vitruve », dans lequel les proportions du corps humain sont mises en relation avec les formes géométriques du carré et du cercle, constituant une parfaite harmonie.
Vitruve n’évoque la construction que d’un seul bâtiment
Selon Vitruve, les trois principes fondamentaux de l’architecture sont la solidité, impliquant la pérennité (firmitas), l’utilité ou la fonction (utilitas) et la beauté (venustas). Mais a-t-il lui-même réussi à se conformer à ces critères théoriques? Difficile de le savoir car le seul édifice dont il s’attribue la paternité dans le Cinquième Livre de son ouvrage est une basilique érigée à Fanum Fortunae – qui était peut-être sa ville natale – et achevée en 19 avant notre ère, dont l’emplacement n’était plus connu et qui était donc recherchée depuis des siècles.
De récentes fouilles dans la ville de Fano ont fait naître un premier espoir avant de se révéler concluantes. En effet, en 2022, des travaux de rénovation dans la via Vitruvio, une rue du centre-ville, avaient permis de mettre au jour des murs imposants datant de l’époque romaine, ainsi que des sols en marbre précieux, laissant entendre qu’il y avait là autrefois des « bâtiments publics luxueux », selon les termes du ministère de la Culture italien.
Le bâtiment mis au jour correspond au plan de la basilique au centimètre près
La place Andrea Costa ne se trouve qu’à quelques mètres de la via Vitruvio, et c’est au cours de fouilles préalables à la rénovation de son dallage qu’une importante structure a été excavée. Les archéologues italiens ont attendu d’en être entièrement certains avant d’affirmer qu’il s’agissait sans nul doute de la basilique construite par Vitruve.
Leur certitude se fonde sur la coïncidence entre l’ouvrage mis au jour et le plan, ainsi que les mesures indiquées par Vitruve dans son ouvrage: « la basilique romaine décrite par Vitruve a été identifiée avec certitude, avec son plan rectangulaire et sa colonnade périphérique: huit colonnes sur les côtés longs et quatre sur les côtés courts, rapporte le communiqué du ministère de la Culture. La confirmation définitive est venue d’une dernière étude, qui a mis au jour la cinquième colonne d’angle, confirmant l’emplacement et l’orientation du bâtiment. »
Des colonnes hautes de 15 mètres
La basilique est un ouvrage monumental qui occupe tout l’espace de la place. Les colonnes, dont il ne reste que les bases, étaient particulièrement massives, avec un diamètre de 150 cm pour une hauteur d’environ 15 mètres. Les archéologues ont reconstitué qu’elles étaient adossées à des piliers et des pilastres porteurs qui soutenaient un étage supérieur.
Tous ces éléments correspondent au plan connu de la basilique de Vitruve, mais ne sont néanmoins pas forcément décisifs. C’est pourquoi il a fallu corroborer ces indices par une preuve incontestable: les chercheurs ont ainsi calculé – en se basant sur les données fournies par le traité de Vitruve – l’emplacement où aurait dû se situer une colonne d’angle par rapport à la petite colonnade, et ils ont bien trouvé une colonne à cet endroit précis. En fait, « la reconstruction planimétrique, basée sur la description de Vitruve, correspondait au centimètre près », déclarent-ils. Andrea Pessina, le surintendant de l’archéologie, des beaux-arts et du paysage pour les provinces d’Ancône et de Pesaro Urbino, a même confié à l’agence Reuters: « Il y a peu de certitudes en archéologie… mais nous avons été impressionnés par la précision de cette coïncidence. »
Des fouilles pour redécouvrir le patrimoine de l’ancienne colonie romaine
Pour les autorités italiennes, cette découverte ne constitue pas seulement une sensation archéologique, elle marque un tournant: « Nous attendions cette découverte depuis plus de 2.000 ans », a ainsi déclaré le maire de Fano, Luca Serfilippi, lors de la conférence de presse. Pour le ministre de la Culture, Alessandro Giuli, il y a désormais « un avant et un après », car la basilique offre désormais l’occasion de comprendre les principes architecturaux énoncés par Vitruve dans leur réalité concrète et tangible. Sans oublier que cette découverte indique également que la ville de Fano comptait à l’époque des bâtiments d’envergure, donnant à présent l’occasion de réenvisager le patrimoine archéologique de la ville à l’aune de cet édifice, comme l’a souligné le surintendant de l’archéologie Andrea Pessina: « Aujourd’hui, nous disposons enfin d’une clé de lecture décisive pour interpréter des preuves connues depuis des années, comme les bâtiments enfouis sous le couvent de Sant’Agostino, et pour mettre en relation de manière plus claire les traces, les structures et les témoignages de notre passé, car la ville compte un patrimoine considérable, qui attend depuis longtemps d’être étudié et valorisé. »
La basilique elle-même avait à l’époque une fonction plurielle puisque, selon les écrits de Vitruve, elle servait aussi de tribunal. Sa redécouverte promet de redonner ses lettres de noblesse à la ville de Fano, grâce à de nouvelles fouilles qui auront pour objectif de retrouver le faste architectural de la colonia Fanum Fortunae.





