L’Armée Romaine En Campagnes Militaires En Germanie

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L'Armée Romaine En Campagnes Militaires En Germanie
L'Armée Romaine En Campagnes Militaires En Germanie

Africa-Press – Congo Brazzaville. Considérés comme des «  »Barbares », les Germains ont opposé une vive résistance aux Romains, dont le point d’orgue est représenté par la bataille de Teutobourg, en l’an 9 de notre ère, au cours de laquelle le général Varus fut défait par une coalition menée par Arminius. Après cette cuisante défaite, les Romains se retirèrent de la rive droite du Rhin, tout en y menant quelques expéditions punitives au cours du 1er siècle. Selon les historiens, il faut attendre le 3e siècle pour qu’ils se risquent à nouveau en terre ennemie en franchissant le limes (la frontière de l’Empire).

Mais jusqu’où se sont aventurées les troupes romaines? L’empereur Caracalla (188-217) s’est vanté d’avoir affronté les habitants de la région de l’Elbe, dans l’est de l’Allemagne actuelle, mais est-il vraiment allé si loin? Oui, le doute n’est plus permis, répondent aujourd’hui les archéologues du Land de Saxe-Anhalt, qui ont mis au jour les vestiges de quatre camps de marche constituant les traces situées les plus au nord-est du passage des Romains en Germanie libre (Germania Magna). C’est la preuve que, contrairement à sa réputation, Caracalla n’était pas un menteur !

Au 3e siècle, l’armée romaine a bien mené des campagnes militaires en Germanie libre

Prenant sa source en Tchéquie, l’Elbe traverse l’Allemagne d’est en ouest, en entrant au sud de Dresde en Saxe, puis en traversant tout le Land de Saxe-Anhalt avant d’atteindre Hambourg et son embouchure dans la mer du Nord. Elle se trouve donc bien plus à l’est et plus au nord que le limes de Germanie Supérieure et Rhétie, construit au 2e siècle, qui reliait le Rhin au Danube, du nord-ouest jusqu’au sud-est. Difficile donc de supposer que les Romains se soient autant éloignés de leur territoire, surtout au moment où l’Empire était menacé, avec la formation de grandes tribus germaniques au 3e siècle. Pourtant l’archéologie vient contredire ce préjugé et confirmer les quelques sources évoquant des campagnes jusque dans l’est de la Germania Magna.

Un champ de bataille mis au jour en Basse-Saxe

En 2008, c’est un champ de bataille qui a même été découvert à Harzhorn, à l’ouest du massif du Harz – ce dernier séparant la Basse-Saxe, à l’ouest, de la Saxe-Anhalt, à l’est. Il témoigne de la victoire d’une grande armée romaine contre des guerriers germaniques bien loin du limes, vers 235-236, c’est-à-dire au début du règne de l’empereur Maximin Ier le Thrace (173-238). Ce qui confirme le récit de l’historien Hérodien, pourtant parsemé d’erreurs et donc jugé peu fiable, qui évoque une campagne militaire d’envergure à travers la Germanie à cette époque. Mais pour arriver jusque-là, les légionnaires romains ont dû parcourir des centaines de kilomètres. N’ont-ils laissé aucune trace en chemin?

Des sites identifiés par télédétection

C’est précisément ce que viennent de trouver les archéologues du Land de Saxe-Anhalt, au cours de plusieurs campagnes menées entre 2020 et 2024 sur quatre sites répartis entre le nord du massif du Harz et l’Elbe. Pour ce faire, ils se sont fiés dans un premier temps à la télédétection, en survolant des zones ciblées où ils présumaient l’existence de camps romains, ou bien en examinant des images satellite et aériennes. Ce procédé est capital pour identifier des modifications du sol, dont le tracé est clairement visible à la verticale.

Une fois les sites potentiels identifiés, des mesures géophysiques et des inspections au sol ont permis de confirmer les soupçons des chercheurs: les quatre sites retenus correspondent à des camps de marche romains.

Qu’est-ce qu’un camp de marche?

L’armée romaine en campagne construisait chaque soir un camp de marche protégé par une palissade de bois érigée sur un remblai de terre précédé d’un fossé. Ce type d’ouvrage était construit pour une nuit seulement et se distinguait du camp permanent par un plan légèrement différent et par la légèreté des matériaux employés, dont il ne subsiste rien, d’autant que le camp était détruit dès le lendemain matin afin de ne pouvoir être réutilisé par l’ennemi.

Ce qui reste détectable par l’archéologie, ce sont donc des vestiges de fossés et quelques indices structurels caractéristiques du tracé du camp, comme l’expliquent les chercheurs du Land de Saxe-Anhalt dans un communiqué: « Comme tous les camps romains, les camps de marche étaient des installations hautement standardisées. Les fortifications rectangulaires habituelles y avaient des angles arrondis. Depuis les portes, les routes principales du camp, disposées à angle droit, menaient à l’intérieur de l’installation. Au croisement de ces routes se trouvait le bâtiment du quartier général (Principia). On reconnaît ce type d’ouvrage grâce à une autre caractéristique: le ‘titulum’, qui est un segment de fossé fortifié situé juste devant les portes. »

Quatre camps de marche standards

Sur les quatre sites d’Aken 1 et 2, de Trabitz et de Deersheim, les images aériennes et satellite font apparaître le tracé de structures de ce type: un fossé interrompu par un obstacle d’approche (un titulum donc) à Aken 1, des tranchées parfaitement rectilignes à Deersheim, et même les angles arrondis caractéristiques des camps de marche. Les mesures géophysiques ont complété ces données avec la mise en évidence d’un autre titulum et de coins arrondis à Trabitz également.

Des fouilles sur site ont ensuite permis de révéler sur les quatre emplacements la présence de fossés en V, la forme caractéristique des fossés défensifs romains. Leur taille est même standardisée, oscillant autour de 1,70-1,80 mètre de largeur pour une profondeur de 1,50-1,60 mètre, sauf là où le sol, calcaire, était plus difficile à creuser, les légionnaires s’arrêtant autour d’un mètre.

Des milliers d’artefacts métalliques

Des prospections magnétiques ont également permis de mettre au jour plus de 1.500 artefacts métalliques, la plupart en fer. Il s’agit principalement de clous de sandales (caligae) – les Romains les perdaient régulièrement – et de boulons. Grâce à des fragments de fibules et surtout à des pièces de monnaie, des dates ont pu être avancées, confirmées par la suite par des mesures au radiocarbone.

Les quatre campements datent du début du 3e siècle de notre ère, et comme la pièce la plus récente est un denier de Caracalla mis au jour sur le site de Trabitz, les chercheurs pensent que ce camp serait « lié à une campagne militaire menée par Caracalla en 213 après J.-C., les dimensions presque identiques du camp potentiel d’Aken 2 laissant supposer une proximité temporelle avec le camp de Trabitz ».

L’histoire des campagnes romaines en Germanie libre doit donc être révisée

Combinées avec la découverte du champ de bataille de Harzhorn, ces nouvelles données constituent autant de preuves de la présence des Romains bien au-delà du limes au cours du 3e siècle de notre ère. Elles confirment les récits de certains historiens que l’on croyait exagérés, et contredisent le narratif historique élaboré a posteriori affirmant que les Romains auraient complètement renoncé à entrer en territoire germain après la défaite contre Varus en l’an 9 de notre ère, et que les guerres de Caracalla ne se seraient déroulées qu’à proximité de la frontière de l’Empire.

En réalité, il se pourrait bien que pour contrer les raids de plus en plus offensifs lancés par la nouvelle coalition de tribus germaniques, les Romains n’aient pas hésité à entrer profondément en Germanie libre. Seules les incursions massives des Germains au-delà du limes entre 233 et 260 les feront finalement plier, les obligeant à se retirer au niveau du Rhin et du Danube jusqu’au début du 5e siècle.

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