Africa-Press – Congo Kinshasa. L’Église catholique se dresse fermement contre la délocalisation du lycée Lubusha, menacé par les activités minières des sociétés Excellent et Comilu. Dans une déclaration sans détour au cours d’un point de presse, ce 27 août, l’archevêque de Lubumbashi, Mgr Fulgence Muteba, a lancé une véritable croisade pour défendre ce symbole de l’éducation au Haut-Katanga.
En marge d’une manifestation organisée par les communautés à Luisha, une localité située dans la province du Haut-Katanga, Mgr Fulgence Muteba a également pris la parole. Pour lui, l’église va mettre en place tous les mécanismes pour contrer cette délocalisation.
« Le lycée ne bougera pas. »
Pour l’archevêque, la délocalisation du lycée n’est pas négociable. Il rappelle que l’article 279 du règlement minier donne au gouverneur du Haut-Katanga la possibilité de protéger l’établissement. Celui-ci peut le déclarer zone interdite à l’exploitation. Pourtant, les autorités tardent à agir.
« Ce n’est pas normal que ceux qui devraient prendre leurs responsabilités ne le fassent pas. Nous irons jusqu’au bout », a-t-il martelé.
Vers un patrimoine éducatif protégé?
Au-delà des dénonciations, l’Église prépare aussi un plaidoyer national et international. Elle compte, à travers ce mécanisme, transformer le lycée en patrimoine éducatif reconnu. Des démarches diplomatiques sont déjà en cours avec des partenaires en Belgique afin d’obtenir l’inscription du site au patrimoine de l’Unesco.
« Le lycée Lubusha a formé des générations au Congo, en Afrique et dans le monde. Il mérite d’être protégé », a insisté Mgr Muteba.
Recours judiciaire et mobilisation diplomatique
L’église prévoit également de porter plainte contre Excellent et Comilu, accusées de défier l’État. En 2022, par exemple, ces deux entreprises avaient poursuivi leurs activités malgré une suspension décrétée par la ministre des Mines, Antoinette N’Samba.
En parallèle, le dossier sera porté au niveau de l’Union africaine, auprès de son organe dédié à la promotion de l’éducation des jeunes filles. L’église envisage également d’interpeller les places financières internationales, comme la Bourse de Hong Kong, pour mettre la pression sur les compagnies.
En outre, l’Église prévoit aussi de porter plainte au niveau local. « Bientôt une plainte va être déposée aux instances judiciaires locales », a-t-il expliqué. Toutefois, elle ne se voile pas la face sur l’issue de cette démarche.
La communauté en résistance
La population locale, les parents d’élèves et les enseignants restent mobilisés. Depuis des années, ils multiplient marches et plaidoyers pour défendre le lycée. En 2022 déjà, des manifestations avaient éclaté, mais les décisions gouvernementales n’avaient pas été suivies d’effet, faute de volonté politique et de surveillance.
« C’est une remise en cause de l’autorité de l’État. La corruption est à la base de ce laisser-aller », a dénoncé Mgr Muteba, soulignant l’urgence de mettre fin à l’impunité.
À l’heure actuelle, les communautés autour de Luisha sont vent debout contre la délocalisation du lycée Lubusha. Le mercredi 27 août, par exemple, une manifestation a été organisée sur place pour dire non à cette délocalisation.
Plus qu’un lycée, un symbole
Pour de nombreux habitants du Haut-Katanga, le lycée Lubusha est plus qu’un simple établissement scolaire. C’est un symbole de la lutte pour l’éducation face aux logiques minières. Sa disparition serait perçue comme un sacrifice de l’avenir des jeunes au profit d’intérêts financiers.
« Nous allons secouer le cocotier », a conclu l’archevêque, annonçant une mobilisation à la fois spirituelle, judiciaire et diplomatique pour sauver ce patrimoine.
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