A quand l’argent des droits de tirages spéciaux pour l’Afrique?

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A quand l’argent des droits de tirages spéciaux pour l’Afrique?
A quand l’argent des droits de tirages spéciaux pour l’Afrique?

Africa-PressCongo Kinshasa. A l’initiative du président français Emmanuel Macron, un sommet sur le financement des économies africaines post-covid-19, s’est tenu en mai à Paris.

Une trentaine de dirigeants africains conduits par Félix Tshisekedi, président en exercice de l’UA et européens se sont réunis avec les grandes organisations économiques internationales pour réfléchir sur la relance des économies africaines à la fin de la pandémie du covid-19. A quand la fin de la pandémie ? Enigme !

L’idée d’une émission globale des DTS de 650 milliards de dollars par le FMI est soutenue par la communauté internationale. Ces DTS doivent être répartis en fonction des quotes-parts de chaque pays au FMI. La part du lion va aux pays les plus riches. Sur le papier, l’Afrique bénéficierait de 34 milliards de dollars. Le président français juge cette somme modeste. Il appelle les pays riches à allouer à l’Afrique une partie de leurs DTS pour atteindre 100 milliards. La France serait sur cette voie.

L’économie mondiale a subi un grand choc à cause de la pandémie du covid-19. Avec des économies très fragiles, les pays africains devront trouver immédiatement des solutions. C’est curieux que l’idée vienne de Paris car la France elle-même fait face à la crise économique due à cette pandémie. Macron se soucie-t-il plus de l’Afrique que de son pays ? C’est le malade qui cherche le médecin et non l’inverse. En clair, l’initiative aurait dû revenir à l’Afrique et non à la France.

Droits de tirages spéciaux (DTS), une innovation ou une vielle pratique?

Peu importe la démarche, l’Afrique a besoin des financements. La conférenciers se sont appesantis sur les DTS. Mais de quoi s’agit-il ? Les DTS sont une monnaie internationale fictive constituée du dollar américain, de l’euro, du yen, du yuan et de la livre sterling. Le FMI crée la monnaie en s’appuyant sur les grandes banques centrales. Nonobstant l’effervescence de la conférence, l’Afrique attendra encore longtemps les 34 milliards de $ des DTS.

Le rôle des DTS consiste à compléter les réserves financières des pays membres du FMI. Les DTS ont été créés par le FMI en 1969 pour remplacer l’or dans les transactions internationales. La quantité d’or dans le monde étant relativement fixe, alors que les économies des pays membres du FMI augmentent, il est devenu nécessaire de remplacer l’or par cette monnaie commune fictive.

Les pourparlers ont porté sur les aides d’urgence pour contrer «le choc économique». 650 milliards DTS ont été négociés. 250 milliards probables à obtenir dont 100 milliards pour le continent. Au finish, 34 milliards à allouer à l’Afrique. Quand et comment ? Aucune échéance ni modalité n’est fixée.

Macron espère un «accord politique » au sujet des DTS au prochain sommet du G7 ou du G20 entre juin et octobre. Un «accord politique » à la place d’un accord financier ? Etonnement ! Tout est dit. Le défi sera de convaincre les USA qui, sous l’administration Trump s’y étaient opposés. Mais la secrétaire américaine au Trésor Janet Yellen s’est déclarée favorable à une redistribution des DTS sous réserve que l’usage des fonds soit «transparent et responsable».

Encore des promesses

Le FMI estime les besoins de financement pour l’Afrique post-covid à 250 milliards $ US, à 2000 milliards pour les USA et à 750 milliards d’euros pour l’Europe. De tels montants nécessitent de grandes banques. Or, l’Afrique n’en a pas.

Les DTS donnent à un pays la possibilité de tirer jusqu’à un certain plafond des liquidités; c’est-à-dire obtenir de l’argent disponible pour financer sa balance des paiements.

Cependant, tous les Etas membres du FMI n’ont pas le même pouvoir de décision ni les mêmes droits. Ils sont définis par des quotes-parts en fonction de leurs positions dans l’économie mondiale. «En appliquant les quotes-parts, les pays les plus riches auront environ 400 milliards de dollars tandis que les pays africains n’auront que 34 milliards», déclare l’économiste et altermondialiste français Dominique Pilhon.

Les DTS sont-ils une meilleure solution pour l’Afrique ?

Les DTS peuvent être utilisés comme monnaie de réserve qui permet de stabiliser la valeur de la monnaie nationale ou convertis dans des monnaies plus fortes afin de financer des investissements.

D’après l’économiste Thomas Melonio, la première piste est la plus courante:«Pour un pays dont la monnaie est alignée sur le dollar, la banque centrale a besoin d’avoir des dollars en caisse au cas où les gens veulent l’échanger. La banque doit pouvoir faire du change. Cela évite notamment que la monnaie perde de la valeur. Si une banque centrale n’a plus de monnaie forte, la monnaie nationale s’écroule». C’est le cas de la RDC. A ce sujet, Melonio redoute le surendettement de l’Afrique.

Les monnaies fortes dont l’euro, le dollar, la livre, le yen et le yuan sont très fréquemment utilisées dans les économies africaines pour financer les investissements. Le taux d’intérêt des DTS frôle 0,05, alors que sur les marchés traditionnels, il est plus élevé. Il y a peu, le Bénin par exemple a fait une obligation et le taux était de 6%. Le Ghana a contracté des emprunts sur 10 ans à 8%. Le taux des DTS est très alléchant.

La prudence s’impose car, il ne s’agit pas d’argent à guichet ouvert

Si pour Thomas Melonio, la question d’un remboursement des DTS « n’est jamais arrivée dans l’histoire» et ne pourrait se produire que «si un Etat se retirait du FMI», Dominique Pilhon s’inquiète de «l’ambiguïté de la nature de cet instrument car, les DTS étaient des lignes de crédit au départ. Or, un crédit implique automatiquement un remboursement». L’Afrique est donc prévenue.

Par ailleurs, si l’obligation d’un remboursement n’est pas évidente, la soumission à une condition reste masquée. Un pays peut être incité à faire certaines réformes ou à mener une politique jugée conforme (austérité) par le FMI. Des politiques que les pays en développement connaissent bien dans le cadre des programmes d’ajustement structurel de triste mémoire dans la plupart des cas.

Face aux besoins, les 34 milliards prévus pour l’Afrique sont minimes. «Si les DTS sont attribués directement aux pays africains à hauteur de 34 milliards comme les estimations le soupçonnent ou si la France octroie une partie de ses DTS, cela ne fera pas beaucoup», note Pilhon. Le rapport publié en 2009 par Joseph Stiglitz, recommandait que les DTS soient attribués massivement aux pays en développement à des conditions favorables. Une autre conclusion reposait sur la gouvernance de ces fonds. La gestion multilatérale des DTS par le FMI est tout sauf démocratique. Les Etats-Unis y ont un droit de véto et possèdent la quote-part la plus importante. C’est un mécanisme inégalitaire. Les DTS ne sont qu’une partie des financements que l’Afrique doit chercher. Un vœu et non une solution.

A ce jour, il manque à l’Afrique près de 300 milliards de dollars pour couvrir ses besoins massifs en investissement dans les infrastructures, la santé, l’éducation, etc. selon le Fonds monétaire international.

Problématique de la conditionnalité de la dette, une épine

La question a été évoquée par le président sénégalais Macky Sall lors de la conférence de presse à l’issue du sommet. Les Africains ont insisté sur la nécessité de soutenir leur secteur privé. Ils désapprouvent l’assistance publique internationale conditionnée par de dures réformes. Macky Sall a dénoncé le cadre «convenu» des contraintes budgétaires imposées aux pays africains, qui brident leur capacité d’investissement.

L’ONG Oxfam pour sa part, a recommandé au FMI et à la Banque mondiale l’abandon des «conditionnalités fiscales injustes ou régressives dans le cadre de leurs prêts et programmes». Selon cette ONG, les institutions de Breton Woods ont, par exemple, exigé au Nigeria, une hausse de la TVA qui pénalise les ménages pauvres.

Le moratoire sur la dette de l’Afrique n’est pas l’annulation

Certains analystes arguent que les DTS ne sont ni transparents ni ciblés. Ils récompenseront les gouvernements dont les résultats en matière de gestion économique sont médiocres. La dette des pays africains a explosé avec la pandémie malgré le moratoire qui a donné un peu de d’oxygène aux pays les plus endettés.

En 2021, 39 millions d’Africains pourraient tomber dans l’extrême pauvreté selon la BAD. La croissance du continent a connu sa première récession en un demi-siècle l’an passé (-2,1%). Elle rebondirait de 3,4% cette année et de 4% en 2022. Le moratoire sur le service de la dette publique décrété en avril 2020 à l’initiative du Club de Paris et du G20, a suspendu le paiement de 5,7 milliards d’euros d’intérêt au bénéfice d’une cinquantaine de pays. Le G20 aurait convaincu la Chine, le plus grand créancier bilatéral du continent et les créanciers privés de prendre part aux prochaines renégociations sur la dette de l’Afrique.

Loin de l’optimisme avec les DTS, le doute plane encore.

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