BAISSE DE PRIX DU COBALT SUR LE MARCHE MONDIAL: la RDC Est-Elle Responsable ? (Analyse de Bodrick MPILA DELA*)

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BAISSE DE PRIX DU COBALT SUR LE MARCHE MONDIAL: la RDC Est-Elle Responsable ? (Analyse de Bodrick MPILA DELA*)
BAISSE DE PRIX DU COBALT SUR LE MARCHE MONDIAL: la RDC Est-Elle Responsable ? (Analyse de Bodrick MPILA DELA*)

Africa-Press – Congo Kinshasa. La tendance baissière de cours du cobalt observé actuellement sur le marché international n’est pas du tout une bonne nouvelle pour la République Démocratique du Congo (RDC), qui en est le plus grand producteur dans le monde, avec une capacité de production de 139.838 tonnes en 2023 selon les chiffres de la Banque Centrale du Congo (BCC), soit plus de 70 % de la production mondiale. Ce nouveau mouvement à la baisse de prix, quoique lent, a commencé à se faire sentir depuis le début du quatrième trimestre de l’année dernière et se poursuit en ce début de l’année 2024. Dans sa note de conjoncture du mois de mars 2023, la BCC fait remarquer que la tonne du cobalt était négociée à 27 924,99 USD jusqu’au 07 mars 2024 contre 32. 750,38 USD à la fin du mois de décembre 2023. Cependant, lorsqu’on remonte dans un passé récent, cet effondrement de prix s’est véritablement cristallisé à partir de mi-2022 où le prix du cobalt était à son top niveau, mais commençait en même temps à subir une forte pression à la baisse en raison du stock important détenu par la Chine, la demande limitée et une production significative provenant de la RDC et de l’Indonésie.

En mars 2022 la tonne était négociée à 81.800 usd. Par rapport au niveau actuel, l’écart entre les deux périodes est tout simplement abyssal, le prix du cobalt a donc chuté d’environ de deux tiers. Par ailleurs, Cobalt institute note qu’en 2022, 73 % de la production du cobalt provenaient une fois de plus de la RDC et celle de l’Indonésie représentait à peine 20 % en glissement annuel. En 2023, malgré l’augmentation de la demande à hauteur de 15 % en glissement annuel, l’offre de cobalt a tout de même surabondé, à tel enseigne que le marché mondial a dégagé son plus grand excédent par rapport aux années antérieures. Un surplus évalué à 12.500 tonnes, soit le double de celui de 2022 (6.300 tonnes) ; ce qui a impacté négativement le prix de la tonne du cobalt, quoiqu’à un rythme lent par rapport à la chute brutale de 2022. La production en hausse de 170 % du Groupe chinois CMOC (Tenke Fungurume et Kisanfu), lequel a vu sa production passée de 20.000 tonnes en 2022 à 56.000 tonnes en 2023, dépassant le niveau de production de Glencore à hauteur de 16.000 tonnes, a fortement contribué à cette situation.

En outre, le caractère erratique des cours des matières premières n’exempte aucun produit, stratégique soit – il, contre les oscillations du marché. Ce serait absolument irrationnel de penser que la dimension stratégique du cobalt comme une matière indispensable dans la transition énergétique serait un facteur qui mettrait à l’abri son cours contre la volatilité qui caractérise les marchés des commodités.

Depuis ces dernières années, la demande du cobalt est en constante augmentation suite au développement des projets à fort connotation environnemental dans le monde, elle reste fortement dominée par le marché de véhicules électriques et des portables avec une part respective de 45 % et 26 % en 2023, après vient le super Alloys 9 % et les autres segments se sont partagés le 20 % restant de part du marché. Portée par la RDC, l’offre de cobalt, quant à elle, s’est accrue de 23 % en 2023, une évolution qui a conduit à un niveau record de surplus et dont les conséquences ont pesé sur le prix.

Évolution de la demande et de l’offre globale du Cobalt

En somme, bon nombre d’analystes estiment qu’un phénomène de renversement de tendance ne pourrait être possible que dans une dynamique de long terme où l’augmentation continue de la demande aura contenu l’offre de cobalt compte tenu du contexte écologique que traverse le monde. Dans ce contexte nébuleux, l’idéal serait d’espérer à une stabilité économiquement acceptable ou à un niveau de prix répondant aux attentes de la RDC.

Il y a lieu que des mesures de restrictions soient prises à l’endroit de grands producteurs du cobalt en RDC, au risque de laisser la possibilité à une production pêle-mêle ayant pour conséquence une inondation du marché alors que la demande n’est pas compatible au volume du cobalt exporté. Ces entreprises doivent essayer de juguler la quantité de leurs exportations selon les besoins du marché en mettant en place un plan bien ficelé. L’ARECOMS (Autorité de régulation et de contrôle des minéraux stratégiques) pourrait solliciter à ces entreprises d’appliquer dans une certaine mesure un système de quota à l’exportation selon qu’il s’agit de la capacité de production d’une mine à une autre et ce, pour des exportations coordonnées qui donne en même temps la possibilité à la RDC de contrôler le marché. Des actions correctives doivent être prises à l’endroit des entreprises dont les activités des productions ont exercé une forte influence sur la surabondance de l’offre de cobalt sur le marché mondial et aussi surveiller des projets miniers en cours. Ceci dans le but de réajuster des exportations qui tiennent compte des enjeux réels du marché.

La règlementation de l’exploitation artisanale et à petite échelle s’impose dans un contexte où ces segments de production du cobalt renforcent l’offre sur marché. Ils ont atteint une capacité de production non négligeable de 12 % de la production mondiale en 2021, soit 14.500 tonnes.

La part de ce secteur dans la production totale de la RDC dépasse le volume de certains pays du monde (Philippines, Australie, cuba…). Cependant, le plus grand défi de ce segment est de formaliser sa commercialisation qui, jusqu’à preuve du contraire demeure incontrôlée, non maitrisée par les instances compétentes faute de mesures d’encadrements structurants et évolue de manière à ne respecter pas la responsabilité sociale, environnementale et de traçabilité. Il y a donc nécessité de rendre véritablement l’EGC (Entreprise Générale du Cobalt) opérationnelle en vue de réguler cette filière dont le rôle dans la chaine d’approvisionnement du cobalt n’est plus à démontrer. Afin l’ARECOMS doit proposer des stratégies claires sur des minerais considérés comme stratégiques à l’instar du cobalt axés sur les conditions d’exploitation, production et la commercialisation pouvant aider la RDC à jouer son vrai rôle dans ce processus de transition énergétique.

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