Africa-Press – Congo Kinshasa. La filière aurifère congolaise entre dans une phase de restructuration majeure. Lors de la 79e réunion du Conseil des ministres, le Président Félix Tshisekedi a demandé au Gouvernement de concevoir et déployer en urgence un mécanisme national de captation et de sécurisation des flux d’or.
Derrière cette décision se profile un constat clair: une part significative de la production nationale échappe encore au Trésor public. Selon le porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya, l’exploitation artisanale dominante, la porosité des frontières, les écarts fiscaux avec certains pays voisins et l’existence de circuits informels de commercialisation fragilisent la capacité de l’État à tirer pleinement profit de cette ressource stratégique.
La réforme envisagée vise à intégrer progressivement la production artisanale et semi-industrielle dans des circuits officiels. L’objectif est double: accroître durablement les recettes publiques et sécuriser les réserves en devises, dans un contexte où la stabilité macroéconomique demeure une priorité.
Le schéma proposé repose sur quatre leviers structurants.
D’abord, la mise en place d’un système national de traçabilité, incluant l’identification systématique des acteurs de la chaîne, l’obligation de vente via des comptoirs agréés interconnectés avec l’administration minière et la Banque centrale du Congo, ainsi que la centralisation des paiements dans le circuit bancaire formel.
Ensuite, l’introduction d’incitations économiques destinées à rendre le marché officiel plus compétitif que le marché parallèle: ajustements fiscaux ciblés, mécanisme de prix indexé sur les cours internationaux et paiements rapides et transparents aux producteurs.
Troisième axe: le renforcement des contrôles aux points de sortie stratégiques, appuyé par des audits réguliers et une coopération accrue avec les services de lutte contre les flux financiers illicites.
Enfin, la dimension régionale occupe une place centrale, avec un accent mis sur l’échange d’informations douanières et l’harmonisation des systèmes de certification afin d’éviter les transferts de flux vers les frontières les moins contraignantes.
Compte tenu de l’enjeu financier et souverain de la filière, le chef de l’État a confié la coordination de cette stratégie à la Première Ministre Judith Suminwa, en mobilisant les ministères régaliens concernés: Intérieur, Économie nationale, Finances, Mines et Commerce extérieur.
À travers cette initiative, l’exécutif entend réduire la fraude, limiter la contrebande et repositionner l’or comme un levier central de souveraineté économique. L’enjeu dépasse la seule collecte fiscale: il s’agit de réorganiser en profondeur la gouvernance d’un secteur clé pour consolider les finances publiques et renforcer la crédibilité économique du pays.





