Africa-Press – Congo Kinshasa. Alors que l’attention internationale reste focalisée sur d’autres foyers de crise, une tragédie humanitaire majeure se déroule depuis plusieurs mois à la frontière entre la République Démocratique du Congo (RDC) et le Burundi. Entre décembre 2025 et janvier 2026, plus de 115 000 Congolais ont fui les violences armées dans le Sud-Kivu pour trouver refuge au Burundi. Face à ce drame largement sous-documenté, le Collectif des Mouvements des Jeunes de l’Est du Congo a publié un rapport sommaire sur la situation humanitaire des réfugiés congolais au Burundi, couvrant la période de décembre 2025 à janvier 2026.
Ce rapport, destiné aux gouvernements de la RDC et du Burundi, à l’Union africaine, à la CEEAC, au HCR, aux agences humanitaires et aux médias, se présente comme un outil d’alerte citoyenne. Il vise à rompre le silence, la désinformation et l’indifférence entourant une crise qualifiée par ses auteurs de « dévastatrice et silencieuse ».
Des constats alarmants documentés et chiffrés
Au cœur du rapport figure une description détaillée de la saturation critique des camps de réfugiés, en particulier celui de Busuma, dans la province de Ruyigi. Conçu pour environ 20 000 personnes, ce camp accueille aujourd’hui plus de 78 000 réfugiés, soit une surpopulation de près de 300 %.
Les données recueillies révèlent des conditions de vie largement en dessous des normes humanitaires internationales: 1,6 litre d’eau par personne et par jour, contre 15 litres recommandés ; plus de 90 personnes par latrine ; une seule structure médicale assurant jusqu’à 2 000 consultations quotidiennes. Le rapport fait état de plus de 90 décès en deux mois à Busuma, majoritairement des enfants de moins de cinq ans, et documente l’apparition d’épidémies de choléra et de rougeole.
Au-delà des chiffres, le document intègre de nombreux témoignages directs, décrivant la promiscuité extrême, la faim, la peur de la maladie et le sentiment d’abandon ressenti par les réfugiés. Ces récits donnent une dimension humaine à des statistiques qui, seules, ne suffisent pas à rendre compte de l’ampleur de la souffrance.
Un outil de plaidoyer et de redevabilité
Le rapport ne se limite pas à dresser un constat. Il se veut également un instrument de plaidoyer et de redevabilité à l’égard des États et des acteurs humanitaires. Ses auteurs dénoncent un déni systémique des droits fondamentaux, notamment le droit à l’eau, à la santé, à une alimentation suffisante et à la liberté de mouvement.
Dans sa troisième partie, le document formule une série de recommandations opérationnelles à court et moyen terme: ouverture de couloirs humanitaires sécurisés, financement immédiat de l’appel d’urgence du HCR, extension des sites d’accueil, renforcement des services de santé, respect du principe de non-refoulement et publication régulière de données transparentes sur la situation dans les camps.
Le Collectif appelle également les organisations régionales, dont la CEEAC, la SADC et l’Union africaine, à inscrire cette crise à l’agenda politique régional et à œuvrer activement à une solution politique durable dans l’Est de la RDC, identifiée comme la cause structurelle des déplacements forcés.
Documenter pour ne pas oublier
En définitive, ce rapport se présente comme une tentative de documentation citoyenne face à une crise qui risque d’être normalisée par l’habitude et l’indifférence. Ses auteurs reconnaissent les limites liées aux ressources disponibles, mais revendiquent la valeur de ce travail comme base d’analyse, outil d’alerte et point de départ pour des investigations plus approfondies.
Dans un contexte où les chiffres s’accumulent sans toujours susciter de réponse à la hauteur, ce rapport rappelle une évidence: derrière chaque donnée se cache une vie humaine. Ignorer ses conclusions reviendrait à accepter que des milliers de réfugiés congolais continuent de survivre dans des conditions indignes, loin des regards et de la conscience du monde.





