Par Aurélie M’Bida
Africa-Press – Côte d’Ivoire. À l’heure de la transition énergétique, le continent découvre que la ressource la plus rare n’est pas tant dans son sous-sol que dans la solidité de ses institutions.
À en croire certains discours, l’Afrique serait devenue incontournable. Ses minerais critiques – cobalt, cuivre, lithium, manganèse, platine – seraient la clé de la transition énergétique mondiale. Les investisseurs n’auraient plus le choix. Ce récit est flatteur. Il est aussi trompeur. À l’ouverture de la conférence Mining Indaba 2026, une vérité s’impose: l’Afrique est courtisée, mais elle n’est pas indispensable. Du moins pas encore.
Le cas du cobalt illustre parfaitement ce paradigme. Quelque 70 % de la production mondiale sont extraites en RDC. Et Kinshasa a montré que ses décisions pouvaient peser. Car, après avoir gelé ses exportations en 2025, le pays a basculé vers un système de quotas (en annonçant un plafond de 96 600 tonnes en 2026–2027). Simultanément, l’État tente de « nettoyer » la chaîne, et l’Entreprise générale du cobalt (EGC) a présenté une première cargaison de 1 000 tonnes de cobalt artisanal traçable. Une démarche de bon sens sur le papier puisque, sans traçabilité, il n’y a pas d’accès durable aux « acheteurs premium ».
En réalité, cette initiative se heurte à un fait têtu. Pendant que l’Afrique organise sa souveraineté, les industriels mondiaux, eux, organisent leur diversification. Et si les projets avancent plus vite ailleurs, et si les prix chutent… la tentation de se passer de l’Afrique augmente.
Mali, Niger, Burkina… Les bras de fer se multiplient
Le problème, c’est que le continent a parfois transformé la souveraineté minière en bras de fer permanent sans convertir ce rapport de force en contrat de confiance. Les exemples se multiplient. Au Mali, la production d’or a diminué de près de 23 % en 2025, sapée par les tensions avec Barrick et par l’instabilité réglementaire. Au Niger, la confrontation avec Orano s’est soldée par la nationalisation de la Somair et par l’ouverture de contentieux internationaux. Au Burkina Faso, la reprise en main à vitesse accélérée des actifs miniers a rassuré une partie de l’opinion… tout en refroidissant certains investisseurs.
L’Afrique ne gagnera pas en répétant qu’elle est riche, mais quand elle deviendra prévisible.
Ces choix ne sont pas illégitimes. Ils sont politiques. Mais ils ont un coût économique immédiat, avec leur lot de projets gelés, d’arbitrages repoussés ou de financements plus onéreux. Or la transition énergétique ne suspend pas le calcul du risque. Même avec du cobalt congolais, du graphite mozambicain, du manganèse gabonais ou des MGP (métaux du groupe platine) sud-africains, un investisseur évaluera toujours la stabilité fiscale, la rapidité d’octroi des permis, la sécurité, la logistique, la justice commerciale… Sur ce dernier point, le continent affronte une concurrence silencieuse: celle du Canada, de l’Australie ou encore des pays d’Amérique latine, plus lents à se réformer mais plus prévisibles sur le long terme. Et dans une industrie où l’horizon se décline en décennies, la prévisibilité est un atout.
L’Afrique ne gagnera pas en répétant qu’elle est riche. Elle gagnera quand elle deviendra prévisible. Les partenariats dont Mining Indaba a fait le thème central de sa grand-messe de cette année devraient donc être considérés comme un impératif. Il ne s’agit plus seulement de mieux répartir la rente, mais de mieux prévenir le risque. Partager la valeur suppose d’abord de partager les garanties – de la transparence des licences à la stabilité des règles fiscales en passant par la mutualisation d’infrastructures et par la crédibilité des projets industriels, ceux-ci incluant la transformation. Faute de quoi le continent restera dans une position inconfortable: très convoité, mais contournable.
Alors, pourquoi répéter que l’Afrique est indispensable si c’est pour finir par découvrir que le monde peut composer sans elle? Mieux vaut accepter la réalité: avoir des ressources n’est plus suffisant ; aujourd’hui, le vrai minerai critique, c’est la compétitivité institutionnelle ou le cadre qui, sur le long terme, rend les États désirables.
Source: JeuneAfrique
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