Par Louise Margolin
Africa-Press – Côte d’Ivoire. Contrairement à l’économie chinoise, qui marque le pas, les investissements miniers de Pékin en Afrique ne faiblissent pas. Mais la nouvelle offensive occidentale pourrait rebattre les cartes.
Dans la deuxième édition de notre classement qui présente les pays les plus attractifs pour les investisseurs du secteur minier, la donne change au-delà du quatuor de tête. Ces évolutions reflètent le dynamisme du secteur, porté par la course aux minerais critiques et les prix stratosphériques de l’or et du cuivre.
En 2025, les groupes chinois ont multiplié les acquisitions minières en Afrique. En décembre, Norin Mining, branche minière du géant chinois de la défense Norinco, a accru sa participation de 45 à 80 % dans le projet d’exploitation de l’or soudanais de Gabgaba, codétenu avec le marocain Managem, pour 420 millions de dollars (356 millions d’euros).
En octobre, la junior canadienne Loncor Gold, exploratrice d’or dans le nord-est de la RDC, annonçait une offre de rachat par Chengtun Mining pour 261 millions de dollars canadiens (161,5 millions d’euros), tandis que le groupe public Sinomine Resources Group, basé à Pékin, entrait au capital de l’australien Cobre, aux riches projets cuprifères botswanais.
Un peu plus tôt dans l’année, Shenghe Resources (415 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024) rachetait un projet de terres rares en Tanzanie pour 195 millions de dollars australiens (111 millions d’euros). En avril, Zijin Mining – troisième capitalisation boursière mondiale dans le secteur minier – acquérait la mine d’or ghanéenne d’Akyem auprès du numéro un du métal jaune, l’américain Newmont. Une opération à 1 milliard de dollars.
Et l’investissement minier chinois ne se contente pas d’opérations de fusion-acquisition. Cmoc, premier producteur de cobalt du monde, prévoit 1,1 milliard de dollars de dépenses pour accroître les capacités de sa mine de Kisanfu, en RDC.
Motivations économiques et stratégiques
L’offensive minière de Pékin se poursuit donc à plein régime en Afrique, malgré une croissance chinoise en berne, minée par une consommation intérieure en baisse et une crise de l’immobilier tenace depuis 2020. Christian-Géraud Neema Byamungu, analyste au China-Global South Project, explique: « Les mines sont essentielles à l’économie chinoise. Les banques publiques, comme la China Exim Bank et la China Development Bank, continuent donc de financer le secteur. On voit aussi l’émergence de capitaux privés, mobilisables en Bourse. »
L’économie chinoise s’appuie largement sur ses exportations de voitures électriques, de panneaux solaires et de composants électroniques, gourmands en minerais africains, comme le cuivre, le cobalt, la bauxite ou le lithium.
Au-delà des métaux critiques, la stratégie économique chinoise, fondée sur une vision de long terme, permet le financement de projets d’envergure comme le fer guinéen du Simandou, malgré la stagnation actuelle de la demande en acier. Le groupe public China Baowu Steel Group a ainsi été essentiel à la concrétisation de ce projet, d’un coût total évalué à près de 20 milliards de dollars.
Les entreprises chinoises percent aussi dans l’or. Outre Zijin au Ghana et Chengtun en RDC, la compagnie Zhaojin Mining, originaire de la province de Shandong (au sud de Pékin), a acquis la mine d’Abujar, en Côte d’Ivoire, en 2024. « La banque centrale chinoise a besoin d’or pour diversifier ses réserves monétaires et réduire sa dépendance au dollar », ajoute notre interlocuteur. Une position qui devrait se renforcer dans un contexte de guerre commerciale déclarée entre Washington et Pékin.
La géopolitique redessine la carte minière
Le contexte géopolitique reste en effet l’un des principaux moteurs de l’intérêt de la Chine envers l’Afrique, un continent où ses ambitions connaissent moins de résistance qu’ailleurs. Pékin s’est ainsi positionné sur Simandou pour diversifier ses approvisionnements en fer, alors que les tensions étaient vives avec l’Australie, son principal fournisseur. Ses entreprises ont aussi misé sur la bauxite guinéenne car l’Indonésie en avait interdit l’exportation brute en 2014.
L’investissement chinois sur le continent s’envisage également comme une réponse aux avancées des Occidentaux sur le terrain. L’an dernier, Pékin s’est engagé à financer la rénovation du corridor ferroviaire de Tazara, qui relie les mines de cuivre et de cobalt zambiennes à la Tanzanie, pour 1,4 milliard de dollars. Avec l’idée d’offrir une alternative à celui de Lobito, qui rejoint l’Atlantique via l’Angola, et d’encourager ainsi l’exportation vers la Chine.
Christian-Géraud Neema Byamungu entrevoit en ce sens une reconfiguration en RDC: « Avec l’accord entre Washington et Kinshasa, on peut anticiper une chute des nouvelles arrivées de groupes chinois. La RDC a créé un cadre ad hoc pour les intérêts américains, restreignant l’espace pour que d’autres acquièrent des projets miniers dans le pays. » Le chercheur Raphaël Deberdt confirme: « La pression américaine a joué contre les Chinois, par exemple sur le projet Chemaf », où la compagnie publique Gécamines s’est opposée à un rachat par Norin.
Mais une possible baisse des investissements chinois dans le cobalt, dont la RDC détient les premières ressources mondiales, sera plutôt liée, selon lui, au fait que les batteries constituées de ce métal sont désormais minoritaires sur le marché par rapport à celles composées de lithium, de fer et de phosphates. « De manière générale, en Afrique, l’intérêt occidental ne va pas pousser les Chinois dehors, juste créer plus de mines », conclut-il.
Adaptation et maturité des investisseurs chinois
Un boulevard pourrait s’ouvrir pour les acquisitions sur le continent, notamment chinoises, en cas de désertion de certains géants miniers. Barrick Mining, actif dans l’or et le cuivre, songe à créer une entité dédiée à ses actifs africains ou même à les vendre, le continent étant considéré comme trop risqué. Les entreprises chinoises, en particulier à capitaux publics, ont une forte tolérance au risque, n’hésitant pas à investir dans des juridictions jugées difficiles par d’autres.
Néanmoins, la Chine n’en est plus à son baptême du feu en Afrique. Elle a appris de ses plus de deux décennies sur le terrain, et ses entreprises ne financent plus ce qui n’est pas viable ou ce qui est trop risqué. Le ministère chinois des Affaires étrangères a ainsi recommandé aux entreprises du pays d’éviter certaines régions de l’est de la RDC, malgré la richesse minière du sous-sol, au regard des troubles opposant Kinshasa à l’AFC/M23 et à ses soutiens rwandais.
Un interlocuteur bien informé estime que Ganfeng Lithium, propriétaire de la mine de lithium malienne de Goulamina, suit avec une grande attention l’évolution des opérations du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) dans le pays. Par ailleurs, depuis toujours, les groupes chinois se positionnent sur des projets déjà explorés, où les ressources sont prouvées, via des co-entreprises ou des fusions-acquisitions, plutôt que sur du pur « greenfield ».
Les groupes chinois font aussi désormais plus attention à leur image, ainsi qu’aux relations avec les communautés et les gouvernements, devenues essentielles pour se maintenir à long terme dans un pays. « Cmoc a obtenu le label Copper Mark », qui certifie une production responsable du cuivre, rappelle Raphaël Deberdt, alors que « d’autres entreprises chinoises cherchent à s’aligner sur les standards et les bonnes pratiques américains ou européens ». De quoi assurer une plus grande longévité aux investissements chinois en Afrique.
Source: JeuneAfrique
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