Africa-Press – Côte d’Ivoire. Plusieurs camions en stationnement, discussions et altercations aux différents postes de contrôles, douanes, Eaux et forêt et police des frontières à Nigouni. Ce décor est devenu le quotidien des usagers et des populations au poste de contrôle de Nigouni à environ 8 km de la ville de Tengrela depuis la fermeture des frontières décidées par la CEDEAO pour contraindre la junte au pouvoir au Mali à lui proposer un calendrier électoral raisonnable.
Un agent des Eaux et Forêts en colère explique les difficultés relativement à la fermeture de la frontière. Selon lui, chaque force reçoit des consignes de sa hiérarchie. Mais les instructions ne parviennent pas toutes au même moment sur le terrain. Pendant que les douaniers, laissent passer un camion en raison des instructions reçues, les agents des Eaux et forêts peuvent le bloquer conformément aux instructions reçues de leur hiérarchie.
Mais, à la fin, c’est le poste de police des frontières qui a le dernier mot. Surtout quand il s’agit des camions en partance pour le Mali. Dans le sens Côte d’Ivoire-Mali, plus d’une centaine de camions poids lourd attend. Les plus pressés rebroussent chemin ou cherchent à liquider leurs chargements pour rentrer vides au Mali voisin.
Quelques trois à six camions, avec immatriculations ivoiriennes sont stationnés, de l’autre côté de la frontière. Ils viennent du Mali, et ont été contraints de stopper leur voyage à la frontière. La raison : Ils sont chargés d’engrais à destination de Yamoussoukro. Or ce produit n’étant pas un produit de première nécessité, ils ne pourront pas rentrer, explique un agent de la police des frontières.
Selon le responsable du poste de police des frontières, le lieutenant Lath Bressou, les consignes sont claires. En dehors des camions vides et des camions chargés de vivres, ou de produits de première nécessité, aucun usager n’est autorisé à fouler le sol ivoirien depuis le 09 janvier 2022.
« Nous avons reçu une liste des produits autorisés à circuler à notre niveau. Je vous envoie la liste par Whatsapp. Mais ici nous avons un sérieux problème de réseau. Laissez-moi votre numéro des que c’est possible je vous envoie la liste des produits autorisés à sortir et à rentrer en territoire ivoirien », a-t-il indiqué.
Quelques deux heures après, le document est là. Equipement sanitaires et produits pharmaceutiques, produits pétroliers, produits alimentaires, produits et matériel de lutte contre le Covid19, sont entre autre les produits qui peuvent faire l’objet de transaction entre la Côte d’Ivoire et le Mali conformément à la décision portant sanction contre le Mali, décision rendue publique le 09 janvier 2022 à Accra.
Seuls quelques paysans et autres petits commerçants ambulants sont visibles sur la route. Ce qui donne une ambiance chaude au poste de Nigouni avec les bruits abasourdissants des klaxons de camion ou le vrombissement des moteurs des camions refoulés en pleine manœuvre pour se faire une place de stationnement sur le côté de la route.
Un vieillard d’environ 60 ans se signale au poste de police des frontières à moto. Sans mot dire, l’agent lui ouvre la route. A la question de savoir pourquoi, l’usager à moto n’a pas été questionné ou empêché en raison de la fermeture de la frontière, l’agent de police répond que : « Nous connaissons ce monsieur. Son champ se trouve de l’autre côté de la frontière. Il a même de la famille là-bas. Il passe là tous les jours. Un type comme lui, vous voulez que je lui dise que la frontière est fermée ? » Se demande le policier avant de répondre que lorsqu’on vous envoie, il faut savoir s’envoyer.
Le poste de police de Nigouni est situé entre deux villages : Nigouni dernier village ivoirien et le premier village Malien Kacoli. Les deux villages, unis par l’histoire sont pourtant divisés par la frontière. Ils sont distants de trois km. La fermeture de la frontière est difficile à appliquer aux populations de Kacoli et de Nigouni.
De fait certains habitants de Nigouni ont leur champ à Kacoli et vice versa. Comment faire comprendre à ceux-ci qu’ils ne peuvent plus circuler entre leurs deux villages ?
Outre les difficultés liées à la fermeture de la frontière, certains commerçants craignent de perdre leur clientèle constituée essentiellement de conducteurs des poids lourds reliant les deux pays. Koné Natogoma, restauratrice à Tengrela « La fermeture de la frontière est difficile pour nous commerçants car, plus ça circule entre les deux pays, plus nous gagnons de l’argent, moins la circulation est dense, moins nous gagnons de l’argent ».
Dans le village Nigouni, les populations redoutent plutôt une insécurité grandissante. «Les camions stationnés sont conduits par des personnes qui ne sont pas toujours sans risque pour nous. Ils sont garés depuis quelques jours et sont désœuvrés. Ils peuvent être en quête de quelques sous pour survivre. Ce qui provoque souvent des vols dans notre village » s’est inquiété Traoré Mamadou, un habitant de Nigouni.
Depuis début 2020, les frontières étaient déjà fermées en raison de la propagation de la pandémie de Covid 19. La fermeture a provoqué la rupture de la circulation des cars et autres véhicules de transport en commun entre les deux pays.
Reportage réalisé par Soro Sionfolo, AIP Korhogo, et Kouassi Charles Koffi, AIP Tengrela
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