Les Ivoiriennes toujours aussi peu présentes sur les listes des élections locales

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Les Ivoiriennes toujours aussi peu présentes sur les listes des élections locales
Les Ivoiriennes toujours aussi peu présentes sur les listes des élections locales

Aïssatou Diallo

Africa-Press – Côte d’Ivoire. En Côte d’Ivoire, en dépit d’une loi censée leur favoriser l’accès aux assemblées élues depuis 2019, les femmes sont encore trop souvent absentes des listes de candidats pour les scrutins municipaux et régionaux du 2 septembre.

Lorsque les partis politiques ont rendu publiques leurs listes pour les élections municipales et régionales du 2 septembre, certains l’ont vite remarqué : les femmes s’y comptent sur les doigts de la main. Au Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le parti d’Alassane Ouattara, seule la ministre de la Fonction publique Anne Ouloto est tête de liste sur 31 régions en jeu – elle vise sa réélection au conseil régional du Cavally (Ouest). Idem au Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo, où seule une femme dirigera une liste : Aya Marie-Rose, dans le N’Zi (Centre).

Du côté du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), elles ne sont que deux, dont la fille adoptive de Thérèse Houphouët-Boigny, Véronique Aka, qui tentera de reprendre à Pascal Affi N’Guessan le siège qu’elle a longtemps occupé dans le Moronou (centre-est).

Le Front populaire ivoirien (FPI) de l’ex-Premier ministre fait à peine mieux que ses concurrents, en alignant six femmes pour diriger des listes régionales. Parmi elles, l’ex-ministre chargée de la lutte contre le sida entre 2005 et 2010, Christine Adjobi, dans le Sud-Comoé (Sud-Est).

Les Ivoiriennes votent autant que les hommes

En attendant que ces différents partis – à l’exception du PPA-CI – dévoilent l’intégralité de leurs listes, le constat se profile : la loi du 14 octobre 2019 favorisant la représentation des femmes dans les assemblées élues semble, une fois de plus, loin d’être respectée. Celle-ci impose théoriquement la présence de 30% minimum de femmes sur les listes électorales, ces dernières devant respecter l’alternance des sexes « de telle sorte que si deux candidatures du même sexe sont inscrites, la troisième soit de l’autre sexe ».

Cette loi, émanant d’organisations de la société civile et portée par le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, s’est basée sur plusieurs constats. « Il y a environ 48% de femmes dans le corps électoral. En 2017, elles étaient même plus nombreuses que les hommes. Les statistiques montrent qu’elles votent autant que les hommes. Pourtant, dans les assemblées élues, leur nombre n’évolue pas : il n’a jamais atteint les 20%, ce qui est bien en dessous du seuil préconisé par les standards internationaux », explique Marguerite Yoli-Bi Koné, conseillère technique au ministère de la Femme et commissaire centrale à la Commission électorale indépendante (CEI), qui a été l’une des initiatrices de la loi.

Selon un classement de l’Union interparlementaire sur la parité, la Côte d’Ivoire se classe en 2023 à la 151e place mondiale sur 193. Lors des législatives de 2021, elles n’étaient que 35 à avoir été élues à l’Assemblée nationale, sur 255 députés, soit environ 13%. Pourquoi un si faible score malgré l’instauration de la loi sur le quota de 30% de femmes deux ans plus tôt ?

Car l’article 78 du code électoral a permis aux partis de se soustraire à leurs obligations. Celui-ci stipule en effet qu’« aucune liste de candidature à l’élection des députés pour les circonscriptions de plus de deux sièges ne peut être acceptée si elle comporte moins de trente pour cent (30%) de candidatures féminines ». Problème : sur les 205 circonscriptions du pays, seules sept ont plus de deux sièges.

« Compétence féminine »

Pour les locales du 2 septembre, la donne semble différente. Lors d’une rencontre avec les partis politiques, le 20 juin, le président de la CEI, Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, a tenu à leur rappeler leurs obligations en matière de parité. « Si vous ne faites pas ce que la loi dit, votre liste sera invalidée et vous serez sanctionnés. Il n’y a pas de compromis là-dessus. C’est au minimum 30% de femmes ! », a-t-il insisté.

Le message a-t-il été entendu ? Dans les états-majors des différents partis, on refuse pour l’instant de communiquer sur le détail des listes, tout en assurant que des efforts sont faits pour se conformer à la loi, sans pour autant être certain d’atteindre le seuil minimum partout. Pour tenter de les convaincre, l’article 4 de la loi prévoit que « tout parti politique ou groupement politique dont la liste atteint au moins 50% de femmes candidates (…) bénéficie d’un financement public supplémentaire. »

« Les partis disent souvent qu’il y a un manque de personnel politique féminin. Elles sont pourtant nombreuses à participer à la mobilisation et sont présentes aux élections. Dans les régions, même si la campagne n’a pas encore commencé, on voit des femmes qui prennent la parole et défendent leurs partis Elles battent campagne pour d’autres. Il y a vraiment une compétence féminine », conclu Arsène Brice Bado, analyste politique.

La Source: JeuneAfrique.com

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