Africa-Press – Côte d’Ivoire. En pays Baoulé, le week-end de la fête de Pâques, appelé « Pâquinou », est un moment de retrouvailles. Cette année, à Didiévi, dans le centre de la Côte d’Ivoire, les festivités étaient aussi hautement politiques. Tandis que le président du Sénat, Ahoussou Jeannot, y annonçait sa candidature aux prochaines élections régionales, en septembre, un de ses anciens camarades du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), Maurice Kakou Guikahué, se trouvait à quelques kilomètres de là, à l’invitation d’élus de N’Guessankro.
« Le général terrain »
Le secrétaire exécutif en chef du président de l’ex-parti unique, « parrain » de la cérémonie, leur a transmis les salutations d’Henri Konan Bédié. Malgré les différentes déconvenues qu’il a subies depuis le fiasco de la présidentielle de 2020 qui a abouti à un troisième mandat d’Alassane Ouattara en dépit du boycott de Bédié et des autres opposants, Guikahué conserve la confiance du « Sphinx » de Daoukro et demeure un des cadres influents du parti. Parmi ses soutiens, certains de ses anciens camarades du Mouvement des étudiants et élèves de Côte d’Ivoire (Meeci) forment un bloc solidaire autour de lui.
Depuis que Bédié l’a désigné à la tête de son secrétariat exécutif en 2013, Guikahué a contribué à l’ascension interne de plusieurs personnes qui lui sont restées loyales. Artisan majeur de l’organisation et de l’implantation des bases locales du parti, il a longtemps géré les délégations, maillon essentiel du PDCI à travers le pays, avant que celles-ci ne soient attribuées à son adjoint, Georges Phillipe Ezzaley, en novembre 2021.
« Il a le langage facile, une force de mobilisation et un fort caractère. Nous l’appelions affectueusement “le général terrain” », se souvient un cadre qui l’a connu lorsqu’il était membre d’un mouvement estudiantin proche du parti. Pour beaucoup de militants, il reste également celui qui s’est battu pour la « survie » du parti, au moment de la rupture avec le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) en 2018.
Toujours fidèle
Alors que le leadership de Bédié, 85 ans, est de plus en plus remis en question en interne, Guikahué a-t-il l’ambition de succéder celui qu’il a toujours servi ? Malgré des doutes instillés par ses rivaux, l’intéressé ne s’est jamais exprimé sur le sujet et a toujours clamé son indéfectible soutien à son aîné, rencontré au chevet de Félix Houphouët-Boigny dans les années 1990. Alors que certaines figures du PDCI, comme Noël-Akossi Bendjo, qui a été secrétaire exécutif chargé de l’organisation et de la mobilisation, se sont publiquement exprimées pour demander un passage de témoin, lui continue d’affirmer sa loyauté à Bédié avec des méthodes qui ont parfois irrité d’autres cadres.
Ainsi, le 29 septembre 2022, alors que le bureau politique est réuni à Daoukro, une motion de soutien à une candidature unique d’Henri Konan Bédié est lue par ses proches à la surprise générale. Dans la salle, tout le monde applaudi. Mais certains cadres confient rapidement leur gêne sur cette motion, qui renvoie l’image d’un parti aux méthodes archaïques et anti-démocratiques. Guikahué, lui, a réussi à faire passer son message au président. Dans la crise interne qui divise les cadres, sa connaissance des rouages du parti est un atout pour se faire entendre.
Perte d’influence
Après la réélection d’Alassane Ouattara, en octobre 2020, Guikahué avait été arrêté et emprisonné quelques semaines pour avoir participé à la mise sur pied d’un éphémère Conseil national de transition (CNT). Libéré en décembre 2020, son étoile a pâli. Beaucoup lui font porter le chapeau de l’échec de la présidentielle et du ralliement au CNT.
Candidat à sa propre succession à la tête du groupe parlementaire après les législatives du 6 mars 2021, le secrétaire exécutif fait face à des candidatures rivales : celles de Yasmina Ouégnin, députée de Cocody, Jean-Louis Billon, député de Dabakala, ou encore Jean-Paul Koffi, député de Kouassi-Kouassikro. Pour éviter une nouvelle crise interne, Bédié tranche. Il ne retient aucun de ces candidats et sort un joker de sa manche : Simon Doho, un de ses conseillers et député de Guiglo. Pour Guikahué, c’est un premier coup dur. Dans les mois qui suivent, sa rivalité avec Doho éclate au grand jour et les querelles de clans continuent de diviser le parti.
Les réformes entreprises par Bédié conduisent à la répartition de pouvoirs jusqu’alors concentrés entre les mains de Guikahué. Malgré l’opposition de ce dernier, et les discussions parfois houleuses lors desquelles il a mis sa démission en jeu, le président maintient son cap. « Tous les changements se font dans la mélancolie », avait-il ainsi glissé le 23 novembre. Les finances du parti sont désormais gérées par un comité présidé par Bernard Ehouman, directeur de cabinet de Bédié et proche du couple présidentiel. Quant aux élections, elles sont désormais confiées à un comité dédié, présidé par un autre proche du président, Niamkey Koffi.
Même si certains continuent d’affirmer que ces changements n’ont « rien de personnel », ils ont de facto affaibli celui que beaucoup considéraient comme le « numéro deux » du parti. Sauf surprise, Bédié devrait être reconduit à la tête du PDCI lors de son prochain congrès ordinaire, prévu en juin. Reste à savoir quelle place sera confiée à son fidèle compagnon dans le nouvel organigramme.
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