Charles Blé Goudé : « Le jour où j’ai été définitivement acquitté par la CPI »

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Charles Blé Goudé : « Le jour où j’ai été définitivement acquitté par la CPI »
Charles Blé Goudé : « Le jour où j’ai été définitivement acquitté par la CPI »

Aïssatou Diallo

Africa-Press – Côte d’Ivoire. Accusé par la justice internationale d’avoir commis des crimes contre l’humanité lors de la crise postélectorale de 2010-2011 en Côte d’Ivoire, l’ancien ministre de la Jeunesse de Laurent Gbagbo a passé six années en détention.

Ce 31 mars 2021, Laurent Gbagbo et moi étions dans l’incertitude. Nos vies se jouaient ce jour-là. Nous étions suspendus aux lèvres d’un juge que nous ne connaissions pas. Mes amis, mes camarades et mes parents étaient venus me soutenir. Nous avons passé la journée ensemble en attendant 14h30, heure à laquelle j’étais convoqué à la Cour pénale internationale (CPI). Tout a été filmé, de mon domicile à la cour.

« Cela commençait mal… »

En première instance, nous avions déjà été acquittés. Mais nous n’avions goûté à la liberté que quelques heures, car la procureure avait fait appel et que celui-ci était suspensif de notre acquittement. À peine acquise après plusieurs années de procès, notre liberté nous échappait. Nous craignions de nous retrouver dans cette configuration. Est-ce que nous allions repartir en prison ? Quelle serait la suite ?

Je me souviens d’un échange téléphonique avec Laurent Gbagbo, la veille. Il m’avait demandé si j’avais des informations. Je lui avais répondu que je pensais que nous allions être définitivement acquittés. Je savais que la procureure, Fatou Bensouda, était partie en voyage. Pourquoi se serait-elle absentée alors que sa carrière se jouait ce jour-là ?

L’audience devait commencer à 15 heures. Mais ce jour-là, exceptionnellement, elle s’est ouverte avec retard. L’attente était longue. Il y avait des problèmes de micro. Aux alentours de 15h45, les juges ont fait leur entrée dans la salle. Le président a commencé par rejeter une requête de la défense de Laurent Gbagbo, qui demandait la déclassification d’un document confidentiel. Cela commençait mal… Personne n’était serein sur son siège.

Et puis, lorsque le président a commencé à lire le délibéré, on s’est rendu compte que c’était plié. Il estimait que la preuve du procureur était extrêmement faible et regrettait que la défense n’ait pas eu l’opportunité de présenter des témoins à la barre en première instance. Avant même qu’il ait donné son verdict, il était clair que nous avions gagné.

« Triomphe modeste »

Lorsque le verdict est tombé, j’ai exprimé mon soulagement en joignant mes deux mains en signe de prière. C’était comme si on m’enlevait un immense poids. Les accusations qui pesaient contre moi étaient très graves, il s’agissait de « crimes contre l’humanité ». Charles Taylor a été condamné à cinquante ans de prison et Bosco Ntaganda à trente ans de réclusion pour ce même motif. Slobodan Praljak, lui, a même avalé du poison en direct lorsqu’il a été condamné.

J’ai pris la nouvelle de cet acquittement avec beaucoup de mesure. Même si je venais d’être blanchi par la justice internationale, il fallait avoir le triomphe modeste, car notre pays avait besoin de cohésion sociale et de réconciliation.

Je me suis ensuite rapproché de Laurent Gbagbo. Nous avons rapidement échangé quelques confidences. Nous avons également essayé de prendre rendez-vous pour évoquer la suite. Chacun s’est alors retiré avec ses équipes d’avocats dans des salles prévues à cet effet. Nous avons célébré cette victoire ensemble. J’ai passé un coup de fil aux membres de ma famille restés à l’extérieur de la CPI. Une fois sorti de la salle, j’ai accordé quelques interviews avant de les rejoindre. Ils étaient là avec des amis, venus de plusieurs pays d’Europe. Nous avons pris un cocktail ensemble puis nous avons marché jusqu’à la prison de Scheveningen pour lui dire symboliquement au revoir.

Après cela, nous avons fait la fête, car nous étions enfin libres. Tout de suite, j’ai rêvé de mon retour et de mes retrouvailles avec mes parents, mes amis, mes collaborateurs… Mais j’ai compris qu’entre nos souhaits et la réalité, il y avait un fossé. Je devais encore attendre un passeport, puis une date de retour en Côte d’Ivoire. Pourtant, tout ce que j’allais faire à mon retour au pays était déjà clair dans ma tête. Et pour cause : j’avais eu onze ans et neuf mois pour y réfléchir. »

La Source: JeuneAfrique.com

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