En Côte d’Ivoire, des élections locales à double tranchant – par Marwane Ben Yahmed

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En Côte d’Ivoire, des élections locales à double tranchant – par Marwane Ben Yahmed
En Côte d’Ivoire, des élections locales à double tranchant – par Marwane Ben Yahmed

Marwane Ben Yahmed

Africa-Press – Côte d’Ivoire. À deux ans de la présidentielle, les scrutins régionaux et municipaux du 2 septembre promettent de beaux duels. Des affiches qui ne doivent pas faire oublier l’essentiel : la participation des citoyens au jeu démocratique.

Le 2 septembre, les Ivoiriens seront appelés à élire leurs quelque 200 maires, ainsi que les présidents de leurs 31 régions. Ces scrutins locaux, d’ordinaire, ne passionnent guère les foules. Il en va autrement cette année puisqu’il s’agit du plus grand test électoral avant la présidentielle de 2025. La compétition accueille aussi, avec le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), un nouveau venu – même si son chef, Laurent Gbagbo, hante il est vrai le marigot ivoirien depuis des lustres.

Que pèse cette formation, fondée en octobre 2021 à Abidjan et née d’une scission du Front populaire ivoirien (FPI), finalement laissé à Pascal Affi N’Guessan ? La création par l’ancienne première dame, Simone Gbagbo, de son propre mouvement aura-t-elle un impact sur cette gauche déjà divisée ? « Camarade Laurent » est-il toujours cet animal politique hors norme et ce tribun qui, les pieds dans la glaise et le regard rivé sur l’histoire de son pays, mobilisait naguère tant de partisans ?

Gare aux vaincus

Parmi tous les duels qui se profilent, celui qui sera sans doute le plus observé se disputera dans la tentaculaire commune de Yopougon, considérée comme un bastion pro-Gbagbo de l’ouest d’Abidjan.

Le fils de l’ancien président, Michel Gbagbo, élu député dans la circonscription, y est candidat. Face à lui, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) a fait le choix d’un ténor aussi à l’aise sous les ors de la République que sur l’estrade surchauffée d’un meeting : Adama Bictogo, le président de l’Assemblée nationale, qui joue gros avec cette candidature loin d’être une sinécure.

Dans le reste du pays, le parti présidentiel alignera tous ses caciques, des proches d’Alassane Ouattara (ADO) ainsi que de nombreux ministres. En 2018, le RHDP avait raflé plus de la moitié des régions et presque autant des communes. Peut-il pousser son avantage encore plus loin ? C’est en tout cas l’objectif et l’exigence du chef de l’État. Gare donc aux vaincus, à deux ans de la présidentielle…

De son côté, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), d’Henri Konan Bédié (HKB), entend bien freiner la progression du RHDP. Mais, secoué jusqu’à une période récente par de vives querelles internes, parviendra-t-il à se mettre en ordre de bataille d’ici aux prochaines élections­ ? Nouera-t-il des alliances ? Quid de l’épineuse question de la succession d’HKB et du candidat à désigner pour 2025 ?

Sentiment d’impuissance

Dans tous les cas, il faudra observer de près le taux de participation, lequel mesure le degré d’intérêt ou de désaffection des électeurs pour le vote. Une désaffection qui traduirait un sentiment plus ou moins diffus d’impuissance à changer pacifiquement les règles du jeu politique.

Un phénomène qui est sans doute le principal écueil de la démocratie, plus inquiétant encore que le vote communautaire, la violence électorale ou même la fraude, à laquelle nombre de concurrents ont recours, chacun en fonction de ses moyens.

L’attrait des médias ou des observateurs pour les joutes entre « grands quelqu’un » ne doit pas faire oublier que les Ivoiriens, eux, se préoccupent surtout de leur vie quotidienne et de leurs aspirations. À charge pour les futurs élus d’y répondre…

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