Bilal Mousjid
Africa-Press – Côte d’Ivoire. Après avoir affiché sa volonté de se doter de l’atome pour ses besoins énergétiques à l’horizon 2030, le Nigeria a signé récemment un accord nucléaire avec Pékin. La bataille est-elle gagnée d’avance face à Paris ?
En visite au Nigeria le 9 janvier, le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, n’a pas tari d’éloges sur la coopération « amicale et d’égal à égal » entre Abuja et Pékin. Premier partenaire commercial du continent africain, l’empire du Milieu veut faire de sa relation avec le Nigeria, l’exemple du partenariat « gagnant-gagnant », une vitrine de ses partenariats sud-sud. Pas seulement dans le traditionnel domaine des infrastructures ou le commerce – Pékin est le premier fournisseur du géant africain -, mais aussi dans l’énergie nucléaire.
Lors du Forum sur la coopération sino-africaine (Focac), qui s’est tenu à Beijing en septembre, le président Bola Tinubu et son homologue Xi Jinping ont scellé un protocole d’accord visant notamment « la conception, la construction, l’exploitation, la modernisation, la maintenance et le déclassement de centrale nucléaire ». Pays le plus peuplé du continent avec 233 millions d’habitants – dont seulement 60,5 % ont accès à l’électricité –, le Nigeria affiche sa volonté de se doter, à l’horizon 2030, de l’atome pour pouvoir combler ses besoins énergétiques.
Une aubaine pour le géant China National Nuclear Corporation (CNNC), qui a dominé le marché mondial du nucléaire avec le lancement de sept projets de réacteurs en 2024 (sur neuf au total dans le monde, soit 77 %). Illustration de cette suprématie: « La tendance générale n’a pas changé au cours des cinq dernières années: au total, 40 réacteurs ont été lancés dans le monde, dont 26 (62 %) en Chine, un au Pakistan par des entreprises chinoises et les 13 autres par l’industrie nucléaire russe en Égypte, en Inde, en Turquie et sur son territoire », indique le World nuclear industry status report (WNISR) en janvier.
Un réacteur chinois déjà en service
À l’origine de l’unique centrale nucléaire en fonctionnement sur le continent – construite par EDF en Afrique du Sud –, la France lorgne aussi ce marché stratégique. En perte de vitesse dans plusieurs pays d’Afrique francophone, Paris pourrait ainsi se tourner vers le Nigeria, ce géant économique du continent qui dispose d’une puissance électrique suffisante (plus de 13 gigawatts) pour se doter d’un réacteur nucléaire conventionnel (dont le coût dépasse 10 milliards d’euros).
« L’énergie nucléaire pourrait également bénéficier à des entreprises françaises telles que Spie, EDF, Bouygues, Engie et Orano car la Commission de l’énergie atomique du Nigeria (NAEC) examine actuellement un projet de construction de réacteur nucléaire pour la production d’électricité », indique une note de la direction générale française du Trésor. « Jusqu’à présent, les seuls réacteurs nucléaires se trouvent au Centre de recherche et de formation sur l’énergie (CERT) de l’Université Ahmadu Bello à Zaria et au centre technologique d’Abuja, utilisés à des fins de recherches », précise le document.
C’est justement la Chine qui a fourni à Abuja, pour 1,5 million de dollars, ce premier réacteur de recherche d’une puissance de 30 kW (mis en service en 2004). Un autre atout en faveur de Pékin.
Les SMR au cœur de la compétition
Au-delà du cas du Nigeria, une vingtaine de pays du continent ont fait part de leur volonté de se doter de réacteurs nucléaires pour produire de l’électricité. Ce qui suscite la convoitise de tous les géants du secteur, notamment EDF, CNNC et le russe Rosatom. Seulement, l’écrasante majorité de ces pays ne sont pas en mesure de réaliser un tel projet en raison de l’insuffisance de leur puissance électrique, inférieure à 10 gigawatts. Selon le WNISR, seuls quatre pays du continent – en dehors de l’Afrique du Sud et de l’Égypte – sont désormais capables de se doter d’un réacteur conventionnel (1 000 à 1 600 mégawatts): le Nigeria, l’Algérie, le Maroc, la Libye.
Selon Emmanuelle Galichet, enseignante-chercheuse en sciences et technologies nucléaires au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), le recours aux petits réacteurs modulaires (Smalls modular reactors, SMR) serait ainsi la solution la plus envisageable pour de nombreux pays africains. Dotés d’une puissance ne dépassant pas 300 MW, largement inférieure à celle d’un réacteur conventionnel (jusqu’à 1 600 MW), cette technologie accuse du retard en France.
« À l’échelle mondiale, il n’existe actuellement que trois réacteurs en activité répondant aux critères des SMR: deux sont raccordés à un réseau électrique en Russie, et un autre vient de démarrer en Chine », écrit l’Académie des sciences dans un rapport daté d’octobre 2022. Si leur déploiement industriel ne devrait avoir lieu qu’à l’horizon 2040 ou 2050, selon le Commissariat à l’énergie atomique, ce sont bien les SMR qui seront au centre de la prochaine bataille entre les géants nucléaires.
Source: JeuneAfrique
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