Mamadou Touré : « Au RHDP, nous abordons les élections avec beaucoup de sérénité »

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Mamadou Touré : « Au RHDP, nous abordons les élections avec beaucoup de sérénité »
Mamadou Touré : « Au RHDP, nous abordons les élections avec beaucoup de sérénité »

Aïssatou Diallo

Africa-Press – Côte d’Ivoire. Le ministre ivoirien de la Promotion de la jeunesse, porte-parole adjoint du parti présidentiel et du gouvernement, explique comment se concrétise le « plan Marshall » pour la jeunesse annoncé par Alassane Ouattara. Et décrypte les enjeux des scrutins locaux du 2 septembre prochain.

Porte-parole adjoint du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), Mamadou Touré est l’un des quadras les plus médiatiques du parti au pouvoir et du gouvernement, au sein desquels il a connu une ascension fulgurante ces dernières années. Depuis juillet 2018, il occupe le poste de ministre de la Promotion de la jeunesse, de l’Insertion professionnelle et du Service civique, des questions sur lesquelles le président Alassane Ouattara a décidé de porter une attention toute particulière en 2023, qu’il a consacrée « année de la jeunesse ».

Lors de son discours devant le Congrès sur l’état de la nation, le 25 avril dernier, le chef de l’État a ainsi annoncé un « plan Marshall » pour la jeunesse, assorti de plusieurs milliards de francs CFA d’investissements. Comment ces ressources sont-elles mobilisées et utilisées ? Mamadou Touré, qui sera par ailleurs candidat aux élections régionales dans le Haut-Sassandra – dont il est originaire –, fait le point sur ce vaste programme.

Il aborde le climat politique actuel, la préparation et les enjeux des élections régionales et municipales fixées au 2 septembre prochain, ainsi que la place des jeunes sur la scène politique.

Jeune Afrique : Après avoir déclaré 2023 « année de la jeunesse », le président a annoncé, en avril, la création du programme jeunesse du gouvernement [PJ Gouv]. Quelle part de financement est déjà mobilisée, et quelle est la contribution de l’État ?

Mamadou Touré : À la suite de l’annonce du chef de l’État, le gouvernement s’est mis au travail, sous le leadership du Premier ministre, Patrick Achi, et après concertation avec les jeunes. Le programme jeunesse du gouvernement se chiffre à un peu plus de 1 118 milliards de F CFA [environ 1,7 milliard d’euros) sur la période 2023-2025 et doit toucher 1,5 million de jeunes. Pour la seule année 2023, 600 000 jeunes, en plus de 110 000 boursiers, soit un total de 710 000 jeunes, seront concernés par ce PJ Gouv, pour un montant de 361 milliards de F CFA.

Une partie des ressources sera mobilisée avec l’appui des partenaires techniques et financiers, mais la majorité le sera par le gouvernement : dix-sept ministères interviennent dans la mise en œuvre du programme, et chacun d’entre eux a déjà intégré dans son budget un volet en rapport avec les jeunes. C’est donc une mise en cohérence de toutes ces initiatives sectorielles qui a permis de sortir le PJ Gouv 2023-2025.

Concernant l’apport des partenaires extérieurs, la Banque mondiale, par exemple, interviendra sur cette même période à hauteur de 86 milliards de F CFA, qui bénéficieront à environ 400 000 jeunes. L’Agence française de développement [AFD] contribuera quant à elle à travers le Contrat de désendettement et de développement [C2D], pour un montant de 53 milliards de F CFA.

Pouvez-vous citer quelques projets en cours et leur incidence sur la réduction du chômage des jeunes, qui reste très élevé en Côte d’Ivoire ?

Concernant le volet formation professionnelle, sur l’ensemble du territoire national, près de 44 établissements seront soit réhabilités, soit construits, et équipés. Avec le Premier ministre, nous avons procédé à la pose de la première pierre de lycées professionnels, dont certains dans le domaine de l’agriculture. Il faut aussi citer le programme de l’École de la deuxième chance, qui permettra de former des jeunes en apprentissage. Enfin, en matière d’insertion professionnelle, nous mettrons l’accent sur les programmes de stages : validation de diplômes, qualification, etc. Le secteur privé est au cœur de cette stratégie.

Nous avons également un important volet relatif à l’entrepreneuriat des jeunes sur la période 2023-2025 : 150 000 jeunes Ivoiriens vont bénéficier d’un accompagnement – à travers des financements, des formations, des encadrements, etc. –, qui sera apporté aussi bien par l’Agence emploi jeunes que par le guichet unique de développement des entreprises [GUDE-PME] avec l’agence Côte d’Ivoire PME.

Quelle est la politique en matière de service civique, et pourquoi avez-vous présenté devant le Sénat, le 2 février, un projet de loi modifiant a loi existante ?

Nous avons pour objectif de finir la construction de 14 centres de service civique, chacun doté d’une capacité d’accueil de 1 000 jeunes, dans les dix-huit prochains mois. Pour l’année 2023, quatre nouveaux centres seront fonctionnels.

En ce qui concerne le projet de loi, c’est parce que nous avons tenu compte des événements auxquels nous avons été confrontés, notamment en 2022, avec les « congés anticipés », lors desquels des mineurs avaient été mêlés à des actes de violence. Selon nous, il faut modifier la loi afin d’accueillir dans le service civique des mineurs à partir de 14 ans, alors qu’il fallait par le passé avoir entre 18 et 35 ans. En ramenant l’âge à 14 ans, cela permettra de réduire la violence et la délinquance chez certains jeunes.

La modification prend également en compte le cas du volontariat en réciprocité ; il sera ouvert à des étrangers et inversement, les jeunes Ivoiriens pourront faire du volontariat dans d’autres pays. Nous avons ainsi signé un partenariat avec France Volontaires : 15 jeunes Ivoiriens se déplaceront en France, et nous accueilleront 15 jeunes Français sur notre sol.

En janvier 2022, le gouvernement avait lancé officiellement le « programme spécial d’insertion des jeunes des régions frontalières des pays en proie au terrorisme », doté d’une enveloppe de 9,602 milliards de F CFA pour cette même année. Quel bilan peut-on en tirer ?

Nous projetions de prendre en charge 22 000 jeunes dans les six régions frontalières du Nord [Bagoué, Bounkani, Folon, Kabadougou, Poro, Tchologo]. Finalement, au 31 décembre 2022, plus de 23 000 jeunes ont été pris en compte. Pour la deuxième phase de ce programme, la projection initiale était de 14 000 jeunes pour l’année, mais, dans le cadre du PJ Gouv, nous allons finalement prendre en charge 30 000 jeunes. Le lancement se fera début juin dans ces mêmes régions.

Ces investissements sont-ils, aussi, une façon d’éviter de tomber dans le tout militaire en matière de lutte contre le jihadisme ?

La stratégie antiterroriste du gouvernement est très claire. À côté de l’indispensable réponse militaire à apporter, parce qu’il faut rassurer les populations, il est nécessaire d’apporter une réponse sociale afin d’éviter que les personnes qui se trouvent dans une extrême précarité basculent.

En plus de ce que nous faisons au sein du ministère de la Promotion de la jeunesse à travers ce programme de formation et d’insertion, de nombreux investissements dans les infrastructures sont réalisés, en cours ou prévus dans ces régions : routes, écoles, électricité, eau potable…

Comment s’assurer que les fonds mobilisés pour les jeunes leur bénéficient vraiment ?

Nous avons mis en place une gouvernance locale gérée par les préfets, qui associent tous les acteurs, dont les représentants des jeunes. En plus de cela, il y a de la transparence autour de ce processus, dont tous les bénéficiaires sont connus puisque la liste est publique.

Des missions de suivi de la mise en œuvre de ces activités ont également été créées. Je me réjouis d’avoir organisé au cours du dernier trimestre 2022 une grande mission de suivi avec tous nos partenaires techniques, tels que le Bureau international du travail [BIT], l’AFD, le programme des Nations unies pour le développement [Pnud], l’Unicef, le Fonds des Nations unies pour la population [UNFPA], etc.

Le 2 septembre prochain auront lieu les élections locales. Comment y intéresser les jeunes, qui sont nombreux à s’abstenir lors des différents scrutins ?

En décembre 2022, le gouvernement a adopté en Conseil des ministres une loi d’orientation sur la jeunesse, que j’ai défendue le 15 mai dernier devant le Parlement : elle doit favoriser la participation des jeunes aux processus de décision et leur prise en compte dans les assemblées élues. Outre cela, il revient aux acteurs politiques, tous bords confondus, non seulement de faire de la place aux jeunes, mais aussi de leur donner envie de faire de la politique en prenant en compte leurs préoccupations. Enfin, il revient aux jeunes eux-mêmes de s’engager pour des causes.

Vous êtes candidat aux élections régionales dans le Haut-Sassandra (Ouest). Votre adversaire Stéphane Kipré, candidat du Parti des peuples africains de Côte d’Ivoire (PPA-CI, de Laurent Gbagbo), dit avoir été empêché d’accéder à certains villages pour rencontrer des électeurs. Avez-vous été confronté à de tels incidents ?

J’ai en effet entendu dire qu’il avait été empêché d’organiser des activités à Vavoua et à Kani. Mais j’ai aussi entendu d’autres personnes parler d’actes de provocation de sa part, qui ont conduit à cette situation. Je ne veux pas porter de jugement de valeur, mais il est de la responsabilité de tous les acteurs politiques d’avoir un discours et un comportement qui apaisent. Nous allons aborder ces élections avec beaucoup de sérénité, d’autant que, au RHDP, nous avons une longueur d’avance sur les autres partis.

Lors des dernières législatives [en mars 2021], qui ont vu la participation de tous les partis politiques, y compris du PPA-CI – lequel avait concouru à l’époque sous la bannière EDS [Ensemble pour la démocratie et la souveraineté] –, le RHDP a remporté dix sièges de député sur les quinze en lice dans le Haut-Sassandra. Un candidat indépendant, qui était un transfuge du RHDP, est revenu dans ses rangs, ce qui porte le nombre de députés RHDP dans la région à onze sur quinze et en fait le parti le plus représenté et le mieux implanté.

Tous ces atouts, en plus des actions de développement menées par le gouvernement en faveur des populations dans les régions, nous donnent l’assurance que nous ferons une bonne campagne et que nous allons assurer la victoire au RHDP.

Le PPA-CI a mis en place des « sentinelles antifraudes » pour les élections locales. Lors d’une rencontre à Daoukro, le 29 avril, avec les candidats à ces scrutins, Henri Konan Bédié a également émis des doutes sur la fiabilité des listes électorales et sur l’indépendance de la Commission électorale indépendante (CEI). Simone Gbagbo a même demandé un report des élections de quelques mois le temps d’organiser un dialogue. Partagez-vous les inquiétudes de ces personnalités de l’opposition ?

La CEI a toujours organisé les élections, et nous nous sommes tous accordés, en 2021, pour dire que les législatives s’étaient déroulées dans les conditions de transparence et d’inclusivité. Tout le monde avait salué le fait qu’elles se soient déroulées sans heurts. Nous souhaitons que l’atmosphère qui a prévalu pendant ces législatives soit la même pour les élections locales de 2023.

Les procès d’intention contre la CEI peuvent cacher une volonté dilatoire de la part d’une certaine opposition qui n’arrive pas à mobiliser les Ivoiriens face au bilan positif du président Alassane Ouattara et, aussi, parce qu’elle est en manque d’offre politique et en perte de vitesse.

Des opposants continuent de demander l’application de résolutions issues du dialogue politique, dont la cinquième phase a eu lieu en décembre 2022. Ils regrettent que, récemment, des arrestations de militants aient mis fin à l’apaisement qui prévalait jusque-là. Que leur répondez-vous ?

C’est leur interprétation de la mise en œuvre des résolutions du dialogue politique. Une réconciliation, c’est tout un processus. On ne peut pas dénier au chef de l’État cette volonté ferme de faire en sorte que les Ivoiriens consolident la réconciliation nationale. Il a posé plusieurs actes dans ce sens.

Par exemple, le retour de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé s’inscrit dans ce cadre. L’application des résolutions du dialogue a permis le dégel des avoirs de Laurent Gbagbo. Elle a également permis à son parti d’avoir un siège à la CEI, garantissant ainsi sa représentation au sein de l’instance chargée d’organisation des élections. Tout cela est fait pour apaiser le climat politique.

Dans le fonctionnement normal de la démocratie, il faut aussi que chacun se conforme à la loi. Ainsi, même aux États-Unis, à la suite des actions menées au Capitole, certains partisans de l’ancien président Donald Trump sont aujourd’hui sous le coup de procédures judiciaires. Partout où les libertés fondamentales sont garanties, elles s’exercent dans le respect des lois en vigueur.

D’ailleurs, au cours du dialogue politique, nous nous sommes accordés sur la nécessité de mettre fin à l’impunité des acteurs politiques, car c’est là l’une des causes des crises à répétition que le pays a connues par le passé.

La Source: JeuneAfrique.com

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