Luc-Roland Kouassi
Africa-Press – Côte d’Ivoire. En Côte d’Ivoire, le ministre de la Promotion de la jeunesse et le vice-président exécutif du PPA-CI s’affronteront dans les urnes, le 2 septembre, pour la présidence du conseil régional. Un match décisif pour l’avenir politique de ces deux ambitieux, respectivement fidèles à Alassane Ouattara et à Laurent Gbagbo.
Dans un pays habitué à la rivalité entre les anciens présidents Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo, plus de 200 ans à eux trois, ce duel incarne le renouvellement générationnel réclamé par beaucoup. Le 2 septembre, Mamadou Touré, 47 ans, affrontera Stéphane Kipré, 43 ans, pour la présidence du conseil régional du Haut-Sassandra, dans le centre-ouest de la Côte d’Ivoire.
Le premier est ministre de la Promotion de la jeunesse dans le gouvernement de Patrick Achi et porte-parole adjoint du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). C’est aussi le fils de Yamoussa Touré, un des vieux compagnons de route de Félix Houphouët-Boigny. Le second, ex-gendre de Laurent Gbagbo, dont il est resté très proche malgré son divorce avec l’une de ses filles, est le vice-président exécutif du Parti des peules africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), chargé de l’implantation nationale du parti de l’ancien président.
« Cette élection promet d’être épique », prédit le politologue Geoffroy-Julien Kouao. Le Haut-Sassandra, riche région cacaoyère, a longtemps été considéré comme un bastion de Laurent Gbagbo avant son basculement aux mains du RHDP depuis l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara, en 2011. Pour la faire revenir dans le giron du PPA-CI, on mise sur Stéphane Kipré, né à Bouaké mais originaire d’une famille bétée de la région. Bien que ses parents soient originaires du Nord, Mamadou Touré, lui, est né et a grandi à Daloa, la capitale régionale, où il a été élevé par Martial Kipré (qui n’a pas de liens de parenté avec Stéphane), frère de l’ancien ambassadeur Pierre Kipré, ex-militant du Front populaire ivoirien (FPI) et proche de la famille Gbagbo.
Ancrage local et notoriété nationale
Porte-parole adjoint d’Alassane Ouattara à la présidentielle – tendue – de 2020, aujourd’hui ministre et soutenu par l’appareil d’État, Mamadou Touré part favori… et a donc beaucoup plus à perdre que son concurrent. Depuis quelques années, le quadragénaire souriant semble nourrir des ambitions croissantes. Il cumule un ancrage local et une notoriété nationale : rompu à l’exercice de la communication, il est devenu ces dernières années une personnalité très médiatique, qui ne boude pas les interviews et les plateaux télévisés.
De quoi s’attirer des critiques, notamment au sein de son propre parti, où certains de ses détracteurs considèrent l’ascension rapide de ce diplômé de Sciences Po Paris comme un parachutage. Certes, Touré n’a pas connu le parcours classique du militant de base du Rassemblement des républicains (RDR, l’ancien parti de Ouattara). Mais c’était un habitué des débats de la « Sorbonne », cette agora de la rue sous les années Gbagbo, durant lesquelles il a rodé ses discours pro-Ouattara face aux sympathisants du FPI.
TOUT SEULS, ON GAGNE… MAIS AVEC LE PDCI, ON ÉCRASE !
Après son exil au Mali puis en France, entre 2002 et 2008, il est revenu au pays sous l’aile de son mentor, l’ancien Premier ministre Amadou Gon Coulibaly. Après avoir contribué à la réélection de Ouattara en 2020 malgré les critiques sur son troisième mandat, puis avoir été lui-même réélu député de la circonscription de Daloa en 2021, il est parvenu à glaner une place importante dans le dispositif présidentiel. Mais sa position reste fragile : perdre les élections municipales serait pour lui un échec personnel, et la confirmation attendue par le PPA-CI que le Haut-Sassandra n’a jamais cessé de rester fidèle à Gbagbo. « Une défaite de Touré serait aussi préjudiciable pour le RHDP en vue de 2025 », explique Geoffroy-Julien Kouao.
Véritable test
Face à lui, Stéphane Kipré a tout à gagner. Homme d’affaires prospère à la carrure imposante d’ancien basketteur, diplômé de la Sorbonne, la vraie, il a fait fortune dans les domaines de la finance, du BTP, des mines et du numérique. Doté d’importants moyens financiers, il a conquis une place stratégique au sein du PPA-CI et a toute la confiance de Laurent Gbagbo. Il est aujourd’hui l’un de ses proches collaborateurs, et gère parfois son protocole. En 2021, lors du retour de l’ancien président à Abidjan, c’est lui qui l’avait protégé et accompagné à l’aéroport. Plus récemment, en octobre 2022, il avait empêché le célèbre chanteur Asalfo de saluer son ex-beau père pour non-respect des mesures de sécurité sanitaire.
Pour Kipré, qui n’a jamais été élu, le Haut-Sassandra sera un véritable test. Idem pour le PPA-CI, qui mise beaucoup sur cette région pour incarner son opération reconquête. Reste un dernier protagoniste : le président sortant du conseil régional, Alphonse Djedje Mady. Vieux briscard de la politique, figure historique du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), c’est peut-être face à lui que devront s’incliner les deux jeunes ambitieux. À moins qu’il ne fasse liste commune avec le PPA-CI… En coulisses, les négociations suivent leur cours. Si elles aboutissent, « une telle alliance sera la favorite des régionales et même des communales », prédit Geoffroy-Julien Kouao. La balance pencherait alors en faveur de Stéphane Kipré. Son entourage est confiant : « Tout seuls, on gagne… Mais avec le PDCI, on écrase ! » De son côté, le RHDP a annoncé une liste commune avec le FPI de l’ancien Premier ministre Pascal Affi N’Guessan.
La Source: JeuneAfrique.com
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