Nadoun Coulibaly, Estelle Maussion, Baudelaire Mieu
Africa-Press – Côte d’Ivoire. Dans l’agro-industrie, la finance ou le contrôle technique, des jeunes entreprises créées à Abidjan ont réussi à déployer rapidement leurs activités à l’étranger.
A2P, fer de lance des intrants
Fondé à Abidjan en 2013, le fournisseur de produits phytosanitaires et de semences a déjà conquis 10 % du marché ivoirien, tout en étendant ses activités au Mali et au Burkina Faso.
L’aventure, commencée il y a tout juste dix ans, réunit un trio d’associés : Romarick Olomon, passé par le spécialiste des solutions agricoles Callivoire, filiale du géant indien de l’agrochimie UPL ; Mohamed Hamza, qui a débuté dans l’informatique, en France, au sein de la société Cortix, avant de rentrer au pays dans les années 2010 ; et Stéphane Apoque, alors à la tête du négociant ivoirien Kineden Commodities, positionné sur le créneau du cacao certifié durable et exportant environ 50 000 tonnes (t) de fèves par an.
Pariant sur l’essor du secteur agricole et désireux de proposer des services adaptés aux besoins locaux, ils créent ensemble le fournisseur de produits phytosanitaires et de semences Afrique Phyto Plus (A2P). Leur objectif : en faire un champion régional. Certifiée ISO 9001, l’entreprise a, en particulier, noué des partenariats avec des leaders mondiaux, comme Bayer et Sakata, et dispose d’un portefeuille d’une centaine de références.
Nouveau site industriel
La PME emploie désormais près de 60 personnes et a réalisé 20 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022, dont 90 % en Côte d’Ivoire, où elle revendique 10 % de parts de marché. Implantée au Mali depuis trois ans et au Burkina Faso depuis fin 2022, A2P entend doubler son chiffre d’affaires dans les trois ans.
Pour ce faire, elle compte notamment sur un financement mezzanine de 5,5 millions d’euros obtenu en décembre 2022 auprès du fonds britannique spécialisé dans l’agriculture africaine AgDevCo. Cet apport financier, qui s’accompagne de l’entrée au conseil d’administration d’A2P de deux représentants d’AgDevCo, Antoinette Kneuss et Ismail Sentissi, va permettre d’avancer sur plusieurs fronts.
A2P s’apprête notamment à quitter son site originel abidjanais de la Zone 4, à Marcory, pour s’installer dans la zone industrielle d’Akoupé-Zeudji (dite PK24), à une vingtaine de kilomètres au nord de la capitale économique. La société prévoit, en effet, de construire une usine de 500 m2, afin de tripler sa capacité de production dès l’année prochaine, pour la porter à 400 t/an. Elle compte aussi étendre et moderniser ses capacités de stockage, visant une surface totale de 7 200 m2. « Cela représente un quintuplement par rapport à l’existant, tout en étant sur un site répondant aux dernières normes internationales », précise Mohamed Hamza, qui pilote le volet opérationnel avec Romarick Olomon.
En parallèle, la société s’est implantée dans un quatrième pays : au premier trimestre 2023, elle a ouvert un bureau au Cameroun, à partir duquel elle projette d’exporter vers le Tchad. Enfin, A2P redouble d’effort pour accélérer les homologations de produits à destination des marchés du Sahel. « Notre objectif est d’améliorer notre organisation et de construire un réseau sous-régional solide », résume Mohamed Hamza.
Estelle Maussion
Comment Witti veut s’imposer face aux leaders de la mésofinance

Après avoir lancé ses activités en Côte d’Ivoire, Witti Finances vient de s’installer au Burkina Faso et voit déjà plus grand. Son objectif : bousculer la hiérarchie du secteur dominé, entre autres, par Cofina.
Pour Didier Logon et Hervé Serge N’Dakpri, les deux ex-associés de la Compagnie financière en Afrique (Cofina), Witti Finances entend bien incarner la nouvelle « success story » de la finance africaine. Le groupe de mésofinance (à cheval entre la banque classique et la microfinance), qu’ils ont créé en Côte d’Ivoire, suite à leur rachat d’Ecocred en avril 2021, connaît des débuts prometteurs.
« Nous jouons déjà les premiers rôles »
Pour démarrer les activités de Witti Finances Côte d’Ivoire, dotée d’un capital de 2 milliards F CFA (plus de 3 millions d’euros), Didier Logon et son associé Hervé Serge Ndakpri ont racheté, en avril 2021, l’institution de microcrédit Ecocred, avant d’obtenir le feu vert de la Commission bancaire basée à Abidjan. L’enseigne est aujourd’hui opérationnelle, dotée d’un siège à Abidjan (Cocody), de 11 agences, dans 6 localités et de panneaux de « branding » (réalisés par l’agence Sharing), et avait déjà octroyé plus de 32 milliards de F CFA de financement au 31 décembre 2022. “Nous avons bien progressé sur le marché ivoirien et y jouons déjà les premiers rôles”, affirme les responsables de l’établissement.
Witti Finances vient par ailleurs de démarrer les opérations de sa nouvelle filiale dans capitale burkinabè (dotée d’un capital de 500 millions de F CFA, qui sera porté plus tard à 2 milliards) et entend s’y imposer sur le marché très porteur de la mésofinance, où ACEP-Burkina, Cofina Burkina, Coris Méso Finance, Baobab et Atlantique Finance font figure de pionniers.
Dans la sous-région, Witti Finance aura fort à faire pour faire détrôner la concurrence, en particulier celle de Cofina, jusqu’à présent leader incontesté du secteur sur le continent. Selon nos sources, le duo Logon-N’Dakpri travaille sur un projet de « scaling », avec une recapitalisation programmée de Witti Finances Côte d’Ivoire. Il n’exclut d’ailleurs pas de s’attaquer à de nouveaux marchés en Afrique de l’Ouest, convaincu que ces développements permettront la naissance d’un géant – et rappelant les liens quasi-familiaux du jeune établissement avec Cofina.
Nadoun Coulibaly, à Abidjan
Mayelia défie le géant suisse SGS et Bureau Veritas

Le spécialiste ivoirien du contrôle technique automobile s’est lancé dans une vaste opération d’expansion continentale. Le jeune groupe est déjà présent en Guinée, au Cameroun, au Sénégal et, bientôt, au Bénin et au Gabon.
Après moins de trois ans d’activité en Côte d’Ivoire, Mayelia Logistics and Automotive, spécialisé dans le contrôle technique des véhicules et la sécurité routière, a déjà des envies d’ailleurs. L’entreprise ivoirienne fondée par l’homme d’affaires David Fofana – un ancien de Bolloré Transport & Logistics, également passé par la société publique abidjanaise de mobilité urbaine Sotra et la Société de transport lagunaire (STL), une filiale du conglomérat Snedai –, vient d’acquérir la filiale du suisse Webb Fontaine au Cameroun.
En vertu du contrat de cinq ans conclu entre Webb Fontaine et l’État camerounais (entré en vigueur en mars 2022), Mayelia Logistics and Automotive est chargé de mettre en œuvre un dispositif de contrôle technique des véhicules et engins d’occasion importés sur tout le territoire camerounais. Un créneau déjà occupé par le groupe suisse Société générale de surveillance (SGS), leader mondial du secteur, implanté dans le pays depuis 1988.
Fourrière administrative et stations de contrôle
Avant le Cameroun, l’entreprise ivoirienne s’était déjà lancée hors de ses frontières, au deuxième trimestre 2022, en obtenant en Guinée la première concession privée dans le secteur, pour une durée de quinze ans. L’objectif est de contrôler et de certifier l’état d’environ 600 000 véhicules répertoriés pour une flotte automobile de 1,5 million de véhicules en circulation. Mayelia, qui doit mettre à la disposition de l’État une fourrière administrative et fabriquer des plaques d’immatriculation, a prévu de réaliser deux stations de contrôle fixe ainsi qu’un poste mobile, dans un premier temps à Conakry et à Kamsar, avant de s’étendre progressivement dans toutes les régions administratives du pays. Un investissement de 5 millions d’euros pour la première phase et de 15 millions sur la totalité du contrat. Des sommes déjà contractualisées auprès des banques, selon nos informations.
L’entreprise de David Fofana a également obtenu une concession au Sénégal, où elle se mesurera à Bureau Veritas, installé depuis plus de quinze ans dans le pays, où elle dispose d’une exclusivité sur la ville de Dakar. Mayelia compte sur les autres régions pour lancer ses opérations : « Nous mettrons l’accent sur la sécurité routière en mettant à la disposition du gouvernement des instruments fiables », explique son fondateur et directeur général.
L’Ivoirien, qui a également des vues sur le Bénin et le Gabon, estime le coût de son expansion africaine à environ 50 millions d’euros, financée notamment par un emprunt bancaire. Plusieurs établissements panafricains se sont positionnés pour son accompagnement, dont BGFI, Société générale, la Banque nationale d’investissement (BNI) ou encore Mansa Bank…
40 % de part de marché en Côte d’Ivoire
En Côte d’ivoire, depuis le démarrage de ses activités en 2020 en pleine pandémie, Mayelia avait réussi à s’octroyer 15 % de parts de marché face à l’opérateur historique Sicta, filiale locale du Bureau Veritas qui totalise plus de 40 ans de présence. Aujourd’hui, Mayelia, dont la qualité des prestations avec des équipements aux standards internationaux est assurée par son partenaire français Muller Automotive, revendique 40 % de part de marché grâce au déploiement de stations mobile dans tout Abidjan.
Sa capacité de traitement est passée en deux ans de 200 à 700 véhicules par jour sur l’ensemble de ses sites, une croissance que l’opérateur juge « encourageante ». Si son ambition, assure-t-il, n’est de devenir le leader du marché, le nouveau venu entend bien s’imposer comme un concurrent d’importance à Sicta.
Baudelaire Mieu, à Abidjan
La Source: JeuneAfrique.com
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