comment Alassane Ouattara a mis la main sur la Bicici

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comment Alassane Ouattara a mis la main sur la Bicici
comment Alassane Ouattara a mis la main sur la Bicici

Africa-Press – Côte d’Ivoire. La décision de racheter la filiale ivoirienne de BNP Paribas via un consortium d’établissements publics a été, semble-t-il, prise par Alassane Ouattara lui-même. Selon nos informations, pour atteindre son objectif, le chef de l’État a, dès l’annonce du départ du groupe bancaire français du continent, mis en place une task force, laquelle a travaillé durant plusieurs semaines dans la plus grande discrétion.

Composé du vice-président, Tiémoko Meyliet Koné, du Premier ministre, Patrick Achi, du secrétaire général de la présidence, Abdourahmane Cissé, et du ministre de l’Économie et des Finances, Adama Coulibaly, ce quatuor s’est appuyé sur Youssouf Fadiga, le directeur général de la Banque nationale d’investissement (BNI), qui pilotait officiellement l’opération.

Un levier solide

C’est Adama Coulibaly, le ministre des Finances, qui a été chargé d’informer la BNP de la volonté du gouvernement ivoirien de racheter la Banque internationale pour le commerce et l’industrie de la Côte d’Ivoire (Bicici). « L’État n’a pas vocation à concurrencer le secteur privé. Mais, compte tenu de ses fortes ambitions et de ses importants besoins de financement, il avait besoin d’un levier solide pour compléter son dispositif d’accompagnement », a confié à Jeune Afrique un membre du cabinet présidentiel.

Dans un premier temps, seules la BNI et la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) étaient concernées par l’opération. Mais rapidement, ce duo a été renforcé par la Caisse générale de retraite des agents de l’État (CGRAE), le fonds de pension de retraite des fonctionnaires de l’administration publique et la Caisse de dépôts et consignations (CDC-CI). Ce qui a permis à l’État de présenter une offre ferme de 80 milliards F CFA (environ 121 millions d’euros) couvrant, en plus des parts détenues par BNP Paribas (59,79 %), celles de Proparco (7,7 %). À noter que dans le cadre de cette transaction, la filiale de l’Agence française de développement (AFD) dédiée au secteur privé a délégué tous ses pouvoirs de négociation à la BNP.

Sous réserve de la validation de l’opération par le régulateur et la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), le nouvel actionnariat de la Bicici se décomposera comme suit : BNI (21,5 %), CNPS (21,5 %), Sunu (19 %), CGRAE (12,5 %) et CDC (12,5 %), soit un total de 87 %. À leurs côtés, on retrouvera plusieurs petits actionnaires privés, comme Jean-Marie Ackah, le président du patronat ivoirien, ou encore Françoise Remarck, la ministre de la Culture, qui siégeait comme administratrice dans le conseil d’administration jusqu’à sa nomination en avril dernier au gouvernement. Elle a depuis renoncé à ses mandats sociaux.

AFG, Sunu, Vista Bank…

Pour parvenir à l’accord du 30 septembre avec le groupe bancaire sis dans la capitale française, l’État ivoirien a dû s’imposer face à plusieurs groupes privés. Atlantic Financial Group avait ainsi imaginé un rapprochement avec la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), sans succès. « Je ne peux pas engager le groupe AFG dans une opération sur laquelle l’État ivoirien a des visées. Nous avons donc préféré nous concentrer sur le développement futur de notre établissement bancaire », explique son patron, l’homme d’affaires Bernard Koné Dossongui.

De même, Pathé Dione, patron du groupe Sunu, récent acquéreur de la filiale sénégalaise (Bicis) de BNP Paribas et déjà actionnaire à 19 % de la Bicici, espérait pouvoir compter sur ses excellentes relations avec le président Alassane Ouattara, et certaines autorités ivoiriennes, pour rafler la mise. Tout comme AFG, Sunu s’est rapproché de la CNPS pour mettre en place un consortium. Ce à quoi, la direction du fonds de pension lui a répondu qu’il fallait d’abord obtenir le feu vert du président Alassane Ouattara. Lors d’un déjeuner avec Tiémoko Meyliet Koné, le vice-président ivoirien, Pathé Dione a finalement annoncé à ce dernier qu’il se retirait de la course.

Quant à Vista Bank, son patron, le Burkinabè Simon Tiemtoré, a misé sur l’entregent et les entrées à la présidence ivoirienne de Stéphane Ouédraogo, son nouveau directeur du développement pour l’Afrique. Là aussi, sans succès.

Désormais passée dans l’escarcelle de l’État, la Bicici entamera une période de transition en attendant que ses nouveaux actionnaires nomment une nouvelle direction. Cette étape franchie, l’un de leurs principaux défis sera de garder dans le portefeuille clients de la banque les grands groupes qui profitaient de son réseau à l’international, mais aussi de ses banques correspondantes pour leurs transactions.

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