Olivier de Souza
Africa-Press – Côte d’Ivoire. En annonçant ses plans de développement pour 2025, le développeur de projets énergétiques Bboxx a indiqué que l’expansion et un meilleur calibrage des programmes de subventions pourraient être un tournant majeur pour l’accès à l’énergie en Afrique.
En Afrique, 600 millions de personnes vivent toujours sans électricité et des milliards de dollars de subventions sont injectés dans le secteur énergétique chaque année. Si elles sont bien conçues et ciblées, les subventions pourraient effectivement devenir un levier de transformation pour l’électrification en Afrique. Mais dans leur forme actuelle, elles ne sont qu’une solution temporaire, incapable de résoudre durablement les défis structurels du continent.
Les programmes de subventions à l’électrification ont démontré leur efficacité dans divers secteurs pour réduire les barrières financières et accroître l’accès aux services de base. En Afrique, des exemples tels que le programme de mini-réseaux solaires au Kenya et le projet solaire domestique au Maroc montrent que, lorsqu’elles sont bien calibrées, les subventions peuvent améliorer rapidement l’accès à l’énergie. En 2019, le Kenya a déployé des mini-réseaux solaires dans des zones reculées, permettant à plus de 200 000 foyers d’accéder à l’électricité. Ce modèle a permis de contourner les coûts exorbitants liés à l’extension des réseaux électriques nationaux, rendant ainsi l’accès à l’énergie plus rapide et moins coûteux. En parallèle, le Maroc a investi massivement dans l’énergie solaire à grande échelle, en subventionnant l’installation de panneaux solaires pour les communautés rurales et les entreprises, contribuant ainsi à la diversification de son mix énergétique et à l’amélioration de la qualité de vie de milliers de citoyens.
Cependant, l’impact des subventions reste inégal et parfois inefficace. Une étude menée par la Banque mondiale et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a révélé que les subventions énergétiques en Afrique favorisent principalement les ménages les plus riches, tandis que les populations rurales, les plus pauvres et les plus difficiles à atteindre, ne reçoivent qu’une part minime de ces fonds. Par exemple, en Afrique du Sud, les subventions à l’électricité profitent majoritairement aux habitants des zones urbaines, où la consommation d’énergie est plus élevée, laissant les zones rurales dans une situation de vulnérabilité énergétique accrue.
Pour que les subventions deviennent un réel levier de transformation, il est impératif de réformer les politiques publiques en adoptant une approche flexible et technologie agnostique. Autrement dit, au lieu de privilégier uniquement les solutions centralisées ou les extensions de réseau existantes, les gouvernements doivent aussi promouvoir les solutions décentralisées, comme les mini-réseaux ou les systèmes solaires domestiques, en fonction des besoins spécifiques de chaque zone. Cela permettrait de maximiser l’impact des subventions et de répondre aux divers défis géographiques et socio-économiques rencontrés par les populations rurales.
Le programme de mini-réseaux solaires du Kenya (KOSAP), soutenu par la Banque mondiale, illustre bien cette approche: il vise à électrifier plus d’un million de personnes dans des régions isolées en moins de cinq ans, à des coûts largement inférieurs à ceux de l’extension classique des réseaux nationaux.

D’autres modèles internationaux, comme les subventions solaires domestiques en Inde ou l’électrification décentralisée au Bangladesh, montrent également que l’impact peut être considérable si les subventions sont bien ciblées et accompagnées d’une gouvernance efficace. En Inde, le programme National Solar Mission, lancé en 2015, a permis à plus de 30 millions de foyers d’accéder à l’énergie solaire. Au Bangladesh, l’intégration de microcrédits et de subventions a conduit à l’installation de systèmes solaires dans plus de 4 millions de foyers. Ces initiatives, soutenues par des partenariats public-privé solides, pourraient inspirer les décideurs africains à mieux structurer leurs politiques de subventions.
Sans une refonte des modèles actuels, les subventions continueront d’éclairer les zones déjà favorisées et laisser les populations les plus vulnérables dans l’ombre. Par ailleurs, il est nécessaire de souligner que les subventions ne peuvent elles seules résoudre les défis structurels profonds liés à l’électrification en Afrique. C’est par une gouvernance rigoureuse, des réformes structurelles et une meilleure coordination entre les acteurs publics et privés que l’Afrique pourra espérer atteindre l’objectif d’électrification universelle d’ici 2030. À défaut, les subventions ne seront qu’un cautère sur une jambe de bois.
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