
Kanga Koffi, PCA de l’ANAPROCI (Ph KOACI)
À la veille de son Assemblée générale extraordinaire, l’Association nationale des producteurs de café-cacao de Côte d’Ivoire (ANAPROCI), par la voix de son président du Conseil d’administration, Kanga Koffi, livre une analyse nuancée des mesures annoncées par le gouvernement pour résoudre les difficultés de commercialisation du cacao.
Lors d’une conférence de presse tenue récemment, le ministre de l’Agriculture, Kobenan Adjoumani, a présenté la stratégie gouvernementale visant l’écoulement de stocks de cacao estimés à 123 000 tonnes, avec un mécanisme de stockage provisoire et une enveloppe financière de 280 milliards de FCFA. Une annonce accueillie avec prudence par l’ANAPROCI.
Pour Kanga Koffi, l’initiative gouvernementale traduit avant tout l’engagement constant du chef de l’État en faveur du monde paysan.
« Cette décision ne nous surprend pas. Le Président de la République a toujours accordé une attention particulière aux producteurs », reconnaît-il.
Toutefois, le président du PCA de l’ANAPROCI estime que, malgré cette volonté affichée, la solution proposée reste incomplète au regard de la gravité de la situation.
L’un des principaux points de réserve concerne la cohérence des montants annoncés. À un prix bord champ fixé à 2 800 FCFA le kilogramme, avec une cession aux industriels à 2 900 FCFA, 100 000 tonnes de cacao représentent déjà près de 290 milliards de FCFA.
« Pour 123 000 tonnes, le besoin réel avoisine plutôt 344 milliards de FCFA, sans même intégrer les marges des coopératives et des acheteurs », souligne Kanga Koffi. Selon lui, les 280 milliards de FCFA annoncés restent donc en deçà des besoins réels.
Le choix du stockage provisoire à Transcao constitue également une source d’inquiétude pour l’ANAPROCI. Une immobilisation prolongée des stocks risque, selon l’organisation, d’assécher la trésorerie des coopératives et des acheteurs, qui fonctionnent principalement grâce à des lignes de crédit bancaires.
Dans un contexte d’incertitude qui perdure depuis novembre, un retrait des financements bancaires exposerait de nombreux producteurs, notamment ceux qui détiennent encore du cacao dans les villages et campements, à une situation économique difficile.
Sans parler de déception, Kanga Koffi estime que la solution proposée aurait gagné en efficacité si elle avait été élaborée de manière plus inclusive.
« Plusieurs organisations ont alerté l’opinion et les autorités sur l’ampleur de la crise. Pourtant, tous les acteurs n’ont pas été associés à la réflexion », regrette-t-il.
Pour l’ANAPROCI, une réponse partielle à un problème aussi complexe risque de ne pas apporter de solution durable.
Concernant l’Organisation interprofessionnelle agricole (OIA), présentée comme l’unique interlocuteur de la filière, Kanga Koffi rappelle que le décret portant sa création en fait une instance porte-parole, sans exclure les associations, syndicats et organisations de producteurs.
Il indique par ailleurs que, si l’OIA reconnaît aujourd’hui l’existence du blocage, la proposition de sortie de crise n’a pas fait l’objet d’une concertation élargie, ce qui expliquerait certaines zones d’ombre.
Autre sujet de préoccupation : l’évaluation des volumes concernés. Aux 123 000 tonnes annoncées s’ajouteraient des stocks impayés depuis novembre, des quantités détenues par les producteurs et une surproduction venue de l’extérieur.
L’ANAPROCI évoque également des entrées de cacao par les ports d’Abidjan et de San-Pédro sans connaissement, révélant, selon elle, des failles importantes dans le dispositif de contrôle de la filière.
À l’approche de son Assemblée générale extraordinaire, l’ANAPROCI réaffirme que sa priorité demeure le bien-être du producteur ivoirien.
« Peu importe l’interlocuteur institutionnel, l’essentiel est que la solution soit efficace et durable », insiste Kanga Koffi.
Si l’initiative gouvernementale est jugée salutaire, le président de l’ANAPROCI prévient qu’elle reste insuffisante en l’état. Sans correction des insuffisances relevées, le risque est, selon lui, de déplacer la crise plutôt que de la résoudre durablement, au détriment des producteurs de cacao.
Donatien Kautcha, Abidjan




