La Côte d’Ivoire, un exemple de sagesse énergétique

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La Côte d’Ivoire, un exemple de sagesse énergétique
La Côte d’Ivoire, un exemple de sagesse énergétique

Samuel Furfari

Africa-Press – Côte d’Ivoire. À l’heure où la transition énergétique est sur toutes les lèvres en Europe, l’Afrique prend conscience de l’importance d’une énergie abondante et bon marché pour son développement. De nombreuses initiatives sont en cours pour atteindre cet objectif. L’exemple de la Côte d’Ivoire devrait inspirer d’autres pays.

La réunion du G20 qui s’est tenue à New Delhi le 9 septembre a consacré l’accession de l’Union africaine au statut de membre permanent de ce forum international. Le G20 a reconnu que l’Afrique joue un rôle important dans l’économie mondiale et que son industrialisation doit être soutenue. Mais sans énergie abondante et bon marché, il n’est tout simplement pas possible de se développer. C’était d’ailleurs le mot d’ordre de l’Union européenne depuis sa création jusqu’à récemment.

C’est la révolution énergétique qui a permis la révolution industrielle, laquelle a conduit au progrès et à la prospérité dans les pays de l’OCDE. Si elle désire se développer, l’Afrique doit suivre la même voie et imiter les pays développés : utiliser une énergie abondante et bon marché.

La dernière COP, qui s’est tenue à Sharm el-Sheikh en novembre 2022, a montré que les dirigeants africains sont déterminés à utiliser toute l’énergie possible pour améliorer la qualité de vie de leurs citoyens, industrialiser leurs économies et mettre un terme à l’exode des jeunes et des personnes formées.

Baleine, le champ gazier qui change tout

Le cas de la Côte d’Ivoire nous invite à l’optimisme. Le pays est connu pour être l’un des grands pôles économiques de l’Afrique de l’Ouest, notamment en matière d’agriculture. Mais il est également intéressant pour sa vision énergétique. L’ambition de ses dirigeants est d’en faire un pays émergent donc un utilisateur d’énergie et d’un maximum de ressources énergétiques. Le pays se porte plutôt bien dans le secteur de l’énergie, à tel point qu’il ambitionne de devenir un centre énergétique pour l’Afrique de l’Ouest. Il produit de l’énergie conventionnelle depuis des années et même si sa production de pétrole et de gaz naturel n’était pas la plus importante, les choses ont changé récemment.

En septembre 2021, le groupe italien ENI a découvert le champ Baleine 1X, situé à environ 50 kilomètres au large d’Abidjan, à près de 1 200 mètres de profondeur. Le projet est réalisé par l’entreprise publique italienne en coopération avec Petroci, la compagnie pétrolière nationale de Côte d’Ivoire. Baleine est la plus grande découverte d’hydrocarbures dans le bassin sédimentaire de la Côte d’Ivoire. Il contient 2,5 milliards de barils de pétrole et 93 milliards de mètres cubes de gaz associé (du méthane présent dans les gisements de pétrole).

Moins de deux ans après la découverte, la production du champ a commencé le 27 août 2023. À pleine capacité, il produira environ 150 000 barils de pétrole et quelque 5,6 millions de mètres cubes de gaz naturel par jour. Le champ pétrolier de Baleine soulagera immédiatement le pays en lui permettant de limiter ses importations. Il sera, selon Eni, « le premier projet zéro émissions » en Afrique, qui compte s’appuyer sur « les meilleures technologies disponibles pour réduire les émissions ». Celles qui restent seront compensées par différentes initiatives, « notamment la fourniture de fours améliorés aux communautés locales qui éliminent la consommation de bois ou de charbon pour la cuisine ».

Maintenant que le champ de Baleine est en production, le pays doit progressivement penser à développer son réseau de gaz naturel. Celui-ci étant l’énergie de ce siècle, la Côte d’Ivoire devrait être équipée de tout le nécessaire pour utiliser cette énergie qui génère relativement peu de pollution atmosphérique. D’ailleurs, le pays a déjà compris l’intérêt d’utiliser le gaz naturel comprimé pour alimenter une cinquantaine de bus à Abidjan. Ce gaz permettra de limiter drastiquement la pollution du système de transport de cette métropole de 5,6 millions d’habitants. Il ne reste plus qu’à espérer que cette expérience soit étendue à l’ensemble des transports lourds du pays.

Depuis 2018, Petroci importe du GPL (gaz de pétrole liquéfié) par bateaux, lequel est distribué dans des bouteilles afin de fournir au secteur domestique une énergie moderne pour la cuisson, ce qui est essentiel dans la métropole pour éviter la pollution.

Les prémices de l’export

Les progrès réalisés dans le secteur de l’électricité sont également impressionnants. La Côte d’Ivoire possède le troisième plus grand réseau électrique d’Afrique de l’Ouest. Et depuis 1990, le gouvernement ivoirien s’efforce de faire du pays une plaque tournante régionale de l’électricité grâce à des partenariats public-privé. Il a compris que la production d’électricité à partir du gaz naturel présentait d’énormes avantages et a misé sur ce mode de production. Il a construit des centrales électriques fonctionnant au gaz naturel qui produisent 70 % de l’électricité du pays.

La Côte d’Ivoire dispose également d’un certain nombre de centrales hydroélectriques, qui produisent les 30 % restants. De nombreux projets solaires et de biomasses (notamment pour l’utilisation de feuilles de palmier) sont en cours, mais la majeure partie de l’énergie renouvelable continuera à provenir de la production hydroélectrique, qui présente l’énorme avantage non seulement de produire de l’électricité propre et modulable, mais aussi de permettre une bonne gestion de l’eau.

Grâce à ses centrales électriques, la Côte d’Ivoire a suffisamment d’électricité pour couvrir ses besoins actuels. Elle peut même exporter de l’électricité vers huit pays voisins ou proches : Togo, Bénin, Burkina Faso, Ghana, Guinée-Conakry, Liberia, Mali et Sierra Leone. Cependant, même si son taux d’électrification est supérieur à la moyenne des pays africains, la Côte d’Ivoire n’a pas encore atteint une couverture totale. La priorité est donc d’étendre le réseau électrique pour couvrir l’ensemble des zones rurales mais aussi de permettre à toute sa population de consommer davantage d’électricité, élément essentiel de la vie active moderne. Le gouvernement prévoit que le réseau électrique couvrira 99 % de la population d’ici 2035. Il est donc nécessaire d’investir dans les infrastructures.

La Côte d’Ivoire est sur la bonne voie en matière d’énergie : loin du manichéisme de certains, elle mise sur une énergie abondante et bon marché. Elle mise aussi intelligemment sur l’entreprise privée pour contribuer à faire du pays la plaque tournante de l’énergie en Afrique de l’Ouest.

Source: JeuneAfrique

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