la tech face à la promesse d’un Startup Act

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la tech face à la promesse d’un Startup Act
la tech face à la promesse d’un Startup Act

Africa-Press – Côte d’Ivoire. Dans un bureau situé au rez-de-chaussée de sa villa du quartier chic de Palmeraie à Abidjan, Ange Frédérick Balma se désespère. « Il y a actuellement trop de promesses non tenues dans l’écosystème tech ivoirien », lance le fondateur de Lifi-Led, une start-up spécialisée dans la connectivité des zones rurales et des villes intelligentes. Pour ce membre engagé de la communauté tech abidjanaise, dont les activités rayonnent dans la sous-région et en France, le dernier remaniement ministériel d’avril 2022 qui a entériné la disparition du portefeuille du numérique ne passe pas. Selon lui, il symbolise le coup de grâce des pouvoirs publics porté à l’effort commun en faveur d’un Startup Act ivoirien.

Désintérêt de la classe politique
Ayant très tôt planché sur un projet de loi visant à dynamiser l’entrepreneuriat dans les technologies et l’innovation, le pays d’Afrique de l’Ouest avait pourtant tout pour faire partie des pionniers, aux côtés du Sénégal et de la Tunisie. Pendant trois ans, des discussions ont été menées entre les autorités du pays et les entrepreneurs afin de définir le cadre idéal qui répondrait aux besoins locaux.

Le projet de loi élaboré en concertation avec Côte d’Ivoire innovation 20 (Ci20), une association rassemblant diverses entreprises innovantes comme Lifi-Led, la fintech CinetPay, la plateforme juridique Legafrik ou encore l’application de collecte de déchets Coliba, a été présenté en conseil des ministres le 19 octobre 2021.

Interrogé par Jeune Afrique en avril 2022, Roger Adom se montrait confiant : « Les textes sont prêts, il faut avoir une conversation avec les ministères des PME et celui de l’Innovation pour savoir qui mène le projet », confiait-il quelques semaines avant d’apprendre son éviction du gouvernement.

Pour Ange Frédérick Balma, le remplacement de Roger Adom au profit d’Amadou Coulibaly est un signe du désintérêt de la classe politique pour l’innovation. « Il n’y a personne pour s’occuper du texte en détail. Il attend sur le bureau du Premier ministre », peste le jeune entrepreneur. Ce Startup Act ivoirien prévoit notamment un système de labellisation des entreprises selon plusieurs critères définissant ce qu’est une start-up, une plateforme d’accès préférentiel aux commandes publiques ainsi que des exonérations fiscales.

Un accompagnement nécessaire
Élaborer un cadre propice au développement des jeunes pousses, et plus largement au développement du numérique en Côte d’Ivoire, est une volonté qui vient du sommet de l’État. Début 2022, Alassane Ouattara a ainsi validé une feuille de route gouvernementale, ouvrant la voie à un plan d’investissement de trois milliards d’euros afin de mettre en œuvre « la stratégie nationale de développement du numérique 2021-2025 » qui compte 32 réformes et 96 projets.

En attendant ce sursaut politique, nombreux sont les porteurs de projet qui tentent d’avancer, sans le soutien de l’État. « Ce qui manque ici, c’est l’accompagnement des jeunes entrepreneurs, plus que les financements », assure un ancien responsable de Taxijet, service pionnier de VTC à Abidjan. Selon ce dernier, qui prône un modèle interventionniste à l’image de ce que la France fait avec Bpifrance, « c’est à l’État de mettre à disposition des experts capables de suivre plusieurs entreprises en même temps. Cela rassurerait les banques », estime-t-il soulignant aussi la nécessité de mieux former les fonctions support comme les métiers de la finance, du commerce et de la logistique.

Lever de fonds à l’étranger
D’autres entrepreneurs, comme Régis Bamba et Hassan Bourgui, fondateurs de la fintech Djamo, ne tiennent pas le même discours. « Abidjan dispose des infrastructures suffisantes pour en faire une place attractive, indique Régis Bamba. L’environnement fiscal n’y est pas si lourd, la desserte d’électricité est stable et la ville héberge une classe moyenne prête à consommer », défend l’entrepreneur dont les produits ciblent justement les classes moyennes et aisées de la capitale économique ivoirienne.

Ce discours reste à pondérer puisque Djamo s’est très tôt émancipée de son implantation ivoirienne en allant lever des fonds à l’étranger. Ses fondateurs revendiquent cette indépendance et confient ne pas réellement nourrir d’attentes particulières concernant un futur Startup Act. Il faut dire qu’à partir d’avril 2021, la jeune pousse a bénéficié d’une notoriété particulière puisqu’elle a été sélectionnée pour suivre le programme d’incubation de trois mois de Y Combinator, incubateur star de la Silicon Valley.

Bien que réalisée à distance à cause des restrictions de voyage liées à la pandémie, l’expérience de trois mois lui a permis de se lier à l’écosystème tech américain en présentant notamment son projet à des centaines d’investisseurs américains. Bénéficiant déjà du soutien financier de business angel comme Youcef Es-skouri, directeur des produits chez DropBox, la start-up qui emploie plus de 100 personnes et revendique une croissance mensuelle de 20 %, et qui prépare une première levée de fonds (série A) à six chiffres. Depuis sa création en 2020, Djamo a levé au moins 425 000 dollars sans aucun coup de pouce de l’État.

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