CEI Mandat ou Prolongation Tacite Flou Constitutionnel

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CEI Mandat ou Prolongation Tacite Flou Constitutionnel
CEI Mandat ou Prolongation Tacite Flou Constitutionnel

Africa-Press – Côte d’Ivoire. Le mandat du président de la Commission électorale indépendante (CEI), Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, arrivé à son terme en principe le 30 septembre 2025, continue d’alimenter les débats politiques et juridiques en Côte d’Ivoire. Alors que le Conseil constitutionnel est préoccupé par la proclamation définitive des résultats des élections législatives du 28 décembre 2025, de nombreuses voix s’interrogent sur la légalité et l’opportunité du maintien de Ibrahime Coulibaly-Kuibiert à la tête de l’organe électoral.

La Constitution ivoirienne de 2016 reconnaît la CEI comme une autorité administrative indépendante, chargée de l’organisation des élections et des référendums. Toutefois, elle ne précise ni la durée du mandat ni les modalités de nomination de son président, renvoyant ces éléments à une loi spécifique.

En l’occurrence, c’est la loi n°2001-634 modifiée, portant organisation, composition, attributions et fonctionnement de la CEI, qui encadre le mandat de son président. Cette loi stipule que le président de la CEI est élu parmi les membres de la Commission centrale, pour un mandat de six ans non renouvelable, et qu’il doit être une personnalité reconnue pour sa probité, sa neutralité et son impartialité.

Élu en 2019, Ibrahime Coulibaly-Kuibiert arrive donc théoriquement au terme de son mandat en septembre 2025.

Dans les faits, le président de la CEI demeure en fonction, en attendant la proclamation définitive des résultats des élections législatives par le Conseil constitutionnel. Une situation qui suscite interrogations et spéculations dans l’opinion publique et chez les observateurs de la vie politique ivoirienne.

Pour certains analystes, cette continuité s’explique par un impératif de stabilité institutionnelle, la CEI ne pouvant connaître une vacance de sa présidence en pleine séquence électorale. D’autres y voient un flou juridique, voire un précédent préoccupant, dans un pays où la question de la gouvernance électorale reste hautement sensible.

La polémique s’est intensifiée à la suite des déclarations du président de la CEI lui-même. Lors d’une rencontre d’information organisée à Abidjan avec des candidats potentiels aux élections législatives de 2025, Ibrahime Coulibaly-Kuibiert avait plaidé pour une refonte complète du système électoral.

« Mon avis est que la Commission électorale indépendante ne doit même plus exister. Après ces élections, il faut voir autre chose. Pour préserver la paix en Côte d’Ivoire, il faut un autre format », avait-il affirmé, en réponse à un candidat indépendant dénonçant l’absence de représentants des indépendants au sein de la Commission.

Ces propos ont été diversement interprétés. Pour ses soutiens, ils traduisent une lucidité institutionnelle et une volonté de réforme. Pour ses détracteurs, ils posent la question de la légitimité d’un président en fin de mandat appelant à la disparition de l’institution qu’il dirige encore.

Plusieurs observateurs estiment toutefois qu’une éventuelle reconduction ou un maintien prolongé d’Ibrahime Coulibaly-Kuibiert ne serait pas une surprise. Ils rappellent le précédent de Namizata Sangaré, restée à la tête de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) malgré l’expiration de son mandat avec, la mise en place d’une nouvelle configuration institutionnelle.

Dans ce contexte, certains estiment que le président de la CEI pourrait bénéficier d’un traitement similaire, surtout si une réforme profonde de l’architecture électorale venait à être engagée après les législatives.

Au-delà de la personne d’Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, cette situation met en lumière les failles du cadre juridique électoral et la nécessité d’une clarification des mécanismes de transition institutionnelle en période électorale.

Alors que la Côte d’Ivoire se projette déjà vers les prochaines échéances politiques, la question demeure: la continuité à la tête de la CEI est-elle un gage de stabilité ou un risque pour la crédibilité électorale? Une interrogation centrale pour un pays où les élections ont souvent été synonymes de tensions politiques majeures.

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