Crise au PDCI-RDA, quand la gouvernance contestée et les querelles internes fragilisent un géant de la politique ivoirienne

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Crise au PDCI-RDA, quand la gouvernance contestée et les querelles internes fragilisent un géant de la politique ivoirienne
Crise au PDCI-RDA, quand la gouvernance contestée et les querelles internes fragilisent un géant de la politique ivoirienne

Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire- Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA), pilier historique de la vie politique ivoirienne, traverse l’une des périodes les plus critiques de son existence. Jadis reconnu pour la qualité de son débat interne, la solidité de ses cadres et sa culture démocratique, le parti apparaît aujourd’hui miné par des divisions profondes, des querelles internes et une gouvernance de plus en plus contestée.

Incapable, selon de nombreux militants, d’incarner une opposition crédible et structurée face au pouvoir du RHDP, le PDCI-RDA semble s’enliser dans des luttes intestines, au détriment de ses priorités politiques et de son rôle historique.

Au cœur de cette tempête politique figurent Jacques Gabriel Ehouo, député-maire du Plateau, Sylvestre Emmou, député-maire de Port-Bouët, et Jean-Marc Yacé, député-maire de Cocody. Ces trois cadres influents du parti font l’objet de vives attaques internes, notamment sur les réseaux sociaux, après avoir exprimé des réserves sur la gouvernance actuelle du PDCI-RDA.

Selon plusieurs sources internes, des cyberactivistes se réclamant du parti, appuyés par des responsables agissant en coulisses, auraient entrepris de jeter ces élus en pâture à l’opinion publique. Leur faute présumée : avoir osé dénoncer ce qu’ils considèrent comme une gestion clanique, autocratique et peu inclusive du parti, pilotée par une direction éloignée des réalités du terrain.

Le point de rupture s’est cristallisé autour de la désignation de Me Blessy Chrysostome à la tête du groupe parlementaire PDCI à l’Assemblée nationale. Plus que la personne elle-même, c’est la méthode employée qui a suscité une vive contestation. Contrairement à la version relayée par certains cercles, les députés concernés n’ont jamais caché leurs réserves. Ils estimaient que la démocratie interne avait été bafouée. En effet, un consensus s’était dégagé en faveur de Jérémie N’Gouan pour présider le groupe parlementaire. Ce choix, largement partagé, n’a pas été respecté.

Pour leurs détracteurs, refuser cette désignation relèverait de la dissidence. Pour eux, il s’agissait simplement de défendre les principes fondamentaux du parti et d’éviter que le PDCI-RDA ne donne l’image d’une formation dominée par des logiques de népotisme ou de repli identitaire.

Le débat soulève également une question sensible mais centrale, celle de la représentativité. Pour la première fois, le président du parti, le président du groupe parlementaire et même le candidat du PDCI au perchoir appartiendraient au même groupe ethnique, une configuration jugée dangereuse par certains cadres.

« La Côte d’Ivoire est belle quand elle est hétéroclite », rappellent-ils, invoquant l’héritage des présidents Félix Houphouët-Boigny et Henri Konan Bédié, qui avaient su bâtir un parti fort en respectant les équilibres sociopolitiques du pays.

Au-delà des querelles, les conséquences pourraient être lourdes. Les trois élus mis en cause dirigent des bastions électoraux stratégiques pour le PDCI-RDA. Des informations concordantes indiquent que, si leur position venait à se durcir, d’autres députés pourraient leur emboîter le pas.

Un tel scénario ferait planer le risque d’un groupe parlementaire affaibli, voire résiduel, à l’Assemblée nationale, une perspective humiliante pour un parti de cette stature. D’où une question centrale qui traverse les rangs militants : pourquoi sacrifier des cadres clés au nom d’intérêts personnels ou de calculs internes ?

Pour de nombreux militants, la crise actuelle est la conséquence directe de mauvais choix stratégiques, notamment lors des dernières législatives du 27 décembre, qui ont coûté au PDCI-RDA plus de trente sièges parlementaires. Au lieu d’un examen lucide et d’un changement de cap, la direction du parti donnerait le sentiment de persister dans des stratégies inefficaces et de se réfugier dans des querelles fratricides.

À l’heure où le paysage politique ivoirien se recompose, une chose apparaît certaine : le PDCI-RDA joue une partie décisive de son avenir. Sans une remise en question urgente, inclusive et courageuse, les fractures internes pourraient laisser des traces durables sur l’héritage d’un parti qui a façonné l’histoire politique de la Côte d’Ivoire.

Wassimagnon

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